‹ Philosophie; [microform] extraitsChapitre 2 sur 28 · PREMIÈRES REMARQUES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES REMARQUES

SUR LES PENSÉES DE M. PASCAL

Voia des remarques critiques que j'ai faites depuis longtemps sur les pensées de M. Pascal. Ne me comparez pom ICI, je vous prie, à Ézéchias, qui voulut faire brûler tousies hvres de Salomon. Je respecte le génie et l'éloquence de M, Pascal ; mais plus je les respecte, plus je suis persuadé qu 11 aurait Im-méme corrigé beaucoup de ces Pensées, qu'il avait jetées au hasard sur le papier pour les examiner ens^te • et c est en admirant son génie que je combats quelques-unes de ses idées.

n me parait qu'en général, l'esprit dans lequel M. Pascal écrivit ces Pensées, était de montrer l'homme dans un jour odieux; û s acharne à nous peindre tous méchants et malheureux ; il écrit conh-e la nature humaine à peu près comme U écrivait contre les jésuites. Il impute à l'essence de notre nature ce qui n'appartient qu'à certains hommes : il dit eloquemmcnt des injures au genre humain.

J'ose prendre le parti de l'humanité conti^e ce misanthrope

subUme ; j ose assurer que nous ne sommes ni si méchants

m SI malheureux qu'U le dit. Je suis de plus très persuadé que

s 11 avait SUIVI, dans le Uvre qu'il méditait, le dessein qui pandt

dans ses Pensées, ilaurait fait un Uvre plein de paralogismes

éloquents, et de faussetés admirablement déduites. On dit

même que tous ces Uvres qu'on a faits depuis peu pour

prouver la religion chrétienne, sont plus capables dVsca^.

liser que d édifier. Ces auteurs prctcndent-ils en savoir plus

que Jesus-Christ et ses apôtres? C'est vouloir soutenir un

chêne en 1 entourant de roseaux inutiles sans craindre de

laire tort a 1 arbre.

J'ai choisi avec discrétion quelques Pensées de Pascal j'ai mis les réponses au bas. Au reste, on ne peut trop répéter ici

VOLTAIRE

combien il serait absurde et cruel de faire une affaire de parti de cet examen des Pensées de Pascal : je n'ai de parti que la vérité : je pense qu'il est très vrai que ce n'est pas à la métaphysique de prouver la religion chrétienne, et que la raison est autant au-dessous de la foi, que le fini est audessous de l'infini. Il ne s'agit ici que de raison, et c'est si peu de chose chez les hommes que cela ne vaut pas la peine de se fâcher.

Page 1