‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 10 sur 199 · PARTIE TEUBOBIQUE. — GHAP. I · texte numérisé non relu

PARTIE TEUBOBIQUE. — GHAP. I

lion, leur place dans l'ensemble, et oe^a*ila sont appelés à représenter de la perfection et de la bonté suprême , la divine Yolonté , toujours une et uniyerselle en ellemême , s'applique diyersement à des degrés divers , et se trouve modifiée par les genres, les espèces et les individus, comme en des prismes multiples. Aussi, pour connaître les lois qui gouvernent les rè^es de la création, il ne suffit pas de savoir en général que tout s'y fait par la volonté de Dieu ; il faut descendre des hauteurs de la sagesse divine , en marquant les intermédiaires par où elle passe et les transformations qu'elle y subit, sans être altérée au fond; ou remonter du fait présent à ceux qui Font précédé, poussant l'induction de la causalité aussi loin qu'il est possible , jusqu'à ce qu'on arrive à une loi, où tous ces faits se résument, et à la détermination dune force, qui échappe à l'observation sensible. Et audessus de ces lois particulières et dérivées, se multipliant avec les degrés hiérarchiques de l'univers, avec les règnes, les ordres, les genres, les espèces et les individus, plane la loi universelle, qui subsiste dans chacune , toujours la même et toujours autre, les vivifiant, les légitimant, les sanctionnant, et finalement les rattachant toutes par un anneau d'or au pied du trône de l'Éternel , comme disait Platon. Toute loi remonte donc à Dieu comme, toute vie, et elle n'est sacrée et obligatoire qu'à ce titre. Hors de là , il n'y a plus que le fatum ou le hasard pour expliquer l'univers, où les choses sont de toute éternité et se déroulent fatal^nent en vertu d'une nécessité dont rien ne peut rendre raison; où tous les mouvements sont fortuits , selon les affinités ou les

,fcs àrin-

PARTIS THiOâlQtlE. — GHAP. I. 31

civiles. C*est FÉvaDgile qui a enseigné an monde légalité devant la loi , eonséçpienee nécessaire de l'égalité devant Dien ; c'est lui qni a fait passer Thomme des temps modernes de Feselavage an servage , du servage à la commune , de la commune à la dté. Tant que les institutions et les lois out eu leur racine dans la foi chrétienne, dies avaient du sens et de l'autorité; il y avait en elles quelque chose d'élevé , de généreux , qui ne se bornait pas aux dioses de la terre , et qui dans Thomme de la cité préparaient l'homme du del. Elles durèrent , parce qu'il y avait en elles un rayon de l'éternité. Aujourd'hui que la parole divine est négligée ou contestée, tout ce que nous étabMssons n'a plus de base, et n'étant point rattachés en haut par le lien surnaturel de la foi , nous ne savons oà jffendre les principes de nos spéculations ni la sanction de nos décisions. Tout manque par les fondements, nous paissons par défaut d'autorité. Ne la voyant plus au-dessus de nous, nous la cherchons œ nousmêmes j et nous tournons dans un earele videux , sans trouver m pmit de départ ni t^rme. C'est pourquoi nos loift actuelles n'ont point de vertu intrinsèque. Elles nous apparaissent comme des conventions, des fictions qn'U faut accepta pour ^trer en société; on les subit à l'instar éeA nécessités physiques. Un peuple qui prétend s'imposer des lois, au nom de sa propre souveraineté, n'est pas plus soM^nent étdrii comme peuple, que Findividu qui veut n'obéir qa*k sa raison , et ne faire que ce qu'il se conunande à lui-même. Il est aussi insensé de vouloir s'obliger par soi-même, que de s'appuyer sur son propre corps pour le soulever. La loi vraiment

32 PHILOSOPHIB HOaALE.

naturelle \ient de plos haut ; elle est imprescriptible et toujours vivante 9 même quand les hommes la méconnaissent ou la violent. Aux êtres inintelligents , elle commande avec la rigueur du destin. La dignité des êtres moraux est de Tobserver en la connaissant et la youlant , avec conscience et liberté ; ce que tout honune doit lâcher de faire dans sa vie privée et publique. La moralité est plus haute à mesure que la coascience est plus éclairée, la liberté plus développée, et la perfection du citoyen , dans le sens le plus élevé de ce mot, est de n'obéir qu'à des lois librement acceptées. Sous ce point de vue, le gouvernement constitutionnel est un progrès. Quoique souvent la délibération et le consentement de la loi soient une vaine forme , au moins a-t-on reconnu, dans la politique, la prérogative de l'être moral qui consiste, non pas à n'obéir qu'à soi-même, ce qui est absurde, mais à acquiescer par l'esprit à ce qui lui parait vrai, et par sa volonté à ce qui lui semble bien. Dès-lors les hautes exigences de la nature humaine sont satisfaites. A un commandement intelligent et désintéressé , s'il est vraiment l'expression d'une loi naturelle correspond une soumission raisonnable et voulue. Lie citoyen sait pourquoi et jusqu'où il doit obéir; il voit dans les lois les conditions mêmes de son existence civile], du développement de la société, et les formules vivantes de la volonté souveraine, ou du gouvernement providentiel , dont relèvent les nations et qui les mène.

Page 1