PARTIE THXQEIQUE. — GHAP. I
Quel est l'objet de cette souveraine volonté par rapport à l'homme? Puisqu'elle l'a créé, elle a voulu qu'il existât; puisqu'elle le conserve, elle veut qu'il subsiste, qu'il vive de toute sa capacité, qu'il se développe dans toutes ses facultés, qu'il se maintienne à son rang dans la chaîne des êtres et dans ses rapports naturels, afin que l'ordre, fondement de l'univers, soit maintenu dans le monde. La loi universelle, émanant du Créateur, est la vie même qu'il donne à sa créature. Dieu veut que l'homme vive et qu'en vivant il jouisse de tous les droits de la vie.
Il y a deax moyens de savoir ce que Dieu veut relati- Yement à Thomme. Le premier, la révélation, est transcendant et objectif ; car Dieu a parlé à l'homme dès Torigine, à travers les siècles et au milieu des temps ; il lui a dit pourquoi il Ta créé et ce qu'il demande de lui ; il a promulgué lui-même la loi fondamentale sous plusieurs formes, de la manière la plus solennelle, au milieu du tonnerre et des éclairs sur le Sinaï, et plus tard, avec moins d'appareil, mais plus complètement, par Jésus- Christ. L'ancienne et la nouvelle loi sont deax formules de la loi universelle, données à Thumanité entière, repré- II. - 3
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PAKTIB THÉORIQtJEr — CHAP. I. 37
VOUS soit le plus petit , c est-à-dire le serviteur de ses frères. Servus servorum, voilà le titre véritable du pouvoir le plus haut placé sur la terre.
Si ce rapport naturel est renversé , si le pouvoir, au lien de se dévouer au sujet , s*impose au contraire en Topprîmant et pour l'exploiter à son profit , si l'inférieur est absorbé par le supérieur qui s'engraisse de sa substance au lieu de le nourrir, Tordre est troublé, il n y a plus que le semblant de la loi , et la prévarication domine. Les choses sont à rebours de la tolonté souveraine ; et le pouvoir, infidèle à sa mission , sentira tôt ou tard qu'on ne s'écarte point en vain de la loi divine , et que Fautorité qui n'en est point Texpression n'a point de force profonde et durable. C'est le despotisme par lequel un individu, s'appropriant la puissance donnée d'en haut, détourne la loi à son profit et prévarique à la fois contre Dieu et contre les hommes; contre Dieu, car il s'attribue ceqa'il doit lui rapporter, il se fait centre de l'autorité au lieu d'en être le rayon et l'organe, il veut être l'égal de Dieu an lieu d'en être le représentant : contre les hommes, parce qu'il garde ce qu'il devrait leur transmettre , les épuisant au lieu de les nourrir et s'appropriant leur soumission et leur hommage, qui ne s'adressent à lui que pour aller plus haut. Le despotisme est l'abus de la plus excellente chose, l'autorité; c'est la perversion delà loi, la corruption des voies de la vie. Exwcer le despotisme, c'est renouveler l'acte de Satan s'égalant à Dieu. Le subir est un des plus grands malheurs qui puissent accabler l'homme ; le flatter et l'encourager est une bassesse profonde ou même une espèce d'idolâtrie.
La loi universelle, expression de la Tolonté souveraine , 3e prononce en chaque créature par la tendance innée d'attirer à elle ce qui est nécessaire à sa conservation, de s'unir à ce qui peut la soutenir. De là le besoin général de la nourriture, si divers suivant les genres et les espèces. Or, rhomme étant composé de deux substances unies en lui par un moyen terme, sa loi vitale s'exprime par le besoin d'une triple nourriture. Si donc, conformément à la volonté qui l'a créé et qui le conserve, l'hommedoit vivre de toute sa capacité, dans, son àme , dans son esprit et dans son corps , il lui faut un aliment analogue à chacun de ces trois termes ; car l'âme ne vit pas du pain matériel, et l'homme animal ne goûte point les choses de l'esprit.
La loi étant le rapport du eopérieur à l' inférieur , il j a dans chacun de ces deux termes quelque chose dont elle procède et qui en est la racine. Dans le supérieur, l'autorité s'impose eo vertu de sa nature et de sa position , et domie en s'imposaot. L'inférieur au contraire dépend par nature et par situation ; il ne peut rien sans celni Aan\ il relève ; car il n'a que ce qui lui est transmis, ue son caractère essentiel est la réceptivité, effet de la loi, «'appliquant à la créature, est
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done de la disposer à Fadmettre, et conune ce que rétoe créé admet le &it TiTie, il a le désir instinctif de reeeroir pour Yi^re, et pat ùonséciilmit attire natareUeiMat ee qui loi est néoessû^ Le rapport ayec son anpéneof est done irilal poor la eréutore; die défaille» s*il libogoit en quand elle le néglige; elle s'évanouirait) a*il ponvait œssrar entièrement ; ee qai revient à dire qu'elle ne peirt snbsiiiter sans l'actioa eontinnèUe de celniqni l'a posée, on sans Dien. Tonte cïéatare^ et l'homme pllis qa'anonne aatre j est donc dotiMement poussée vers Dieu* La kni souTeraine le sollicite par deux T<^es, objectiTemeut dt sobjeetiyement ; d'un cAté par Tinflaence de l'infini, tou^ joors prévenante , parœ qu'elle veut se donner à tous poor les TivifiiW tous, et là est h sourde de Teûhtenoe et de la vie dans la création ; de l'autre par le besoin de l'être fini qui, af^irànt à l'infini, le désire et l'attire d'autant plus énergiquement qu'il sent et sait mieux œ qui lui manque. L'être fini , ne se suffisant point à loi-m^e , ne peut subsista sans être soutenu du dehors ; et c'est pourquoi il absorbe avidement es qui lui est donné, el se l'assimile pour le transformer, autant qu'il est possible , en sa propre substance. La fin de la loi dans ta créature est donc la nutrition. La nutrition est la fonction principale de la vie, et toutes les autres en sont des mo jens on des conséquences , ce qui n'est pas sans importance pour la physiologie. L'histoire de chaque existence vivante est tout entière dans la manière dont elle se nourrit, on dans l'expositicm de son développement sous l'influence des termes dont elle dépend, et par Tapplication de la loi vitale à won organisme et à sa constitution. La
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noarritore d'un être indique sa natare et son degré. Or si Qoe crâttnre , composée de plusieurs âéments, tient à plusieurs sphères, il est évident qu'elle deyra être en rapport avec chacune pour vivre, et ainsi isa loi, toujours une et la même dans son essence, deviendra malti[de et variée par ses relations et ses applications. De là des lois subordonnées, qui sont à la loi-principe ce que les conlenrs sont à la lumière, les individus à l'espèce , les espèces an genre. Ainsi dans l'homme, existence synthétique qui réunit en elle tous les éléments de l'univers, outre la loi fondamentale qui le lie à Dieu son auteur, il y a une loi secondaire qui l'unit au monde physique par son oorps, et une autre qui le rattache au monde intelligible par son esprit. Le corps et l'esprit dépendent sans doute de l'âme , comme le monde physique et le monde intelligible rassortent du monde divin, et c'est ce qui met de l'harmonie, de Funité, entre tous ces termes. Mais comme Us sont cependant distincts dans leur manifestation et leur subsistance , il y a lieu à reconnaître plusieurs lois , correspondantes à chaque sphère et à chaque terme. Ce qui fait pour l'homme trois genres de vie , et par conséquent trois sortes de nourriture , analogues aux trois parties constitutives de sa personne, dont diacune, tout en se fondant dans l'ensemble pour en former l'unité , ne peut se plier à la manière de l'autre. La variété dans l'unité fait à la fois l'ordre et l'harmonie ; chaque terme doit être à sa place, dans ses rapports naturels, recevoir ce qui lui convient et fonctionner à sa façon. Quoique l'homme intellectuel ait besoin de se nourrir comme l'homme animal , il ne se nourrit point par les mêmes moyens, ni