PAETIE PRATIQUE. — CHAP. IV
famille^ da citoyen ei de tous les devoirs d'état : mais noas ne pourrons donner que des exposés généraux, des tableaux, des descriptions ; chacun de nos lecteurs en prendra ce qu*il pourra ou ce qu'il voudra ; et nous ne serons point en mesure de faider à se reconnaître dans ce qui sera dit , et encore moins de le soutenir dans Tobservance des préceptes posés. Éclairer chacun sur son état intérieur, le rendre capable de se connaître, le porter à détester le mal qu'il voit en lui , à désirer vivement le bien qui lui ibanque , à rougir de se trouver si itiauvais , à regretter d'avoir souvent violé ses deVoirs, à former de bonnes résolutions pour l'avenir, et enfiii lui communiquer par la parole , par l'exemple et par Tascendant de l'autorité et de l'affection , la force nécessaire pour lutter Avec les inauvaises habitudes , se surmonter et revenir au bien : voilà le véritable enseignement moral et pratique qu*un cours de philosophie ne peut donner. Quand le maître a dit ce qu'il faut faire ou omettre , reste à chacun de l'entendre selon sa disposition , et de le réaliser comme il l'entend. Si Ton est réduit à soimême pour se juger, on risquera fort de s'ignorer toujours , et ainsi de faire une application fausse des préceptes ou de n'en faire aucune. On n'est point juge dans sa propre cause. Nous sommes naturellement si amoureux de nous-mêmes, que nous sommes presque toujours dans l'illusion sur noé défauts, sur nos vices ; et si l'on parvient à les discerner, ce qui est bien rare , on ne les corrigera point par sa propre force ; car le malade ne peut se traiter , et celui qui est tombé ne se relève point en s'appuyant sur lui-même. Chaque homme a he-
soin d'ane lumière supérieure qui dissipe robscurtté de sa conscience et le révèle à lui - même ; il lui faut un miroir où Tœil de son âme puisse se voir, un guide qui marche devant lui , lui fraye la voie , le soutienne et Tencourage. C'est ce que Tenfant trouve dans la famille , et le citoyen dans FEtat. Cependant l'homme ne peut pas toujours rester enfant , et la loi sociale atteint les actes extérieurs, mais non la volonté avec ses intentions , ses mouvements et ses passions. C'est au fond du cœur, à Forigine de r acte, qu'il faut la saisir; et pour cela, il faut une prise intérieure, une vertu qui pénètre F âme. Il faut une parole d'autorité , qui ait le droit de nous dire ouvertement ce que nous sommes , ce qui nous convient , et en outre , la puissance de faire exécuter ou omettre ce que la loi prescrit ou défend ; et cette parole , pour être efficace et imposer à propos , suppose la connaissance intime de celui qu'elle dirige. Od trouver cette parole qui doit être le flambeau de notre conduite? cette autorité , aimée et crainte à la fois , qui arrête notre entraînement au mal , et stimule notre lâcheté pour le bien ? Quel homme osera nous dire franchement que nous avons mal agi , que nous sommes vicieux ou méchants ? Qui aura le courage de nous reprocher nos fautes, nos crimes, nos passions grossières , notre égoîsme , et de nous signaler les occasions et les circonstances? Le moindre reproche irrite Fhomme naturel, et sa vanité se révolte et se cabre à la plus légère piqûre. Nous sommes toujours prêts à réagir violemment contre ce qui nous blesse , et quand on nous accuse , nous croyons nous justifier en récriminant. Les vrais amis sont rares,