PARTIE PRATIQUE. — CHAP. IV
parce qu'il y a peu d'hommes capables de dire la Téritë & ceux qu'ils aiment , et moins encore qui sachent Tentendre. Cependant la condition absolue du perfectionne** ment moral est d'être éclairé sur ses fautes, pour en concevoir le repentir, et d'être guidé et soutenu , pour les éviter dans la suite. Ici, comme dans toutes les situations graves de la vie, parait l'impuissance de renseignement philosophique et des ressources purement humaines. L'homme n'est pas plus en droit de conduire l'homme que de lui commander. Cette puissance n*appartient qu'à Dieu et à ceux auxquels il veut la confier, et qui l'exercent en son nom. L'homme de Dieu , le ministre de sa parole, celui qu*il a consacré pour le représenter ici-bas , et pour être le dispensateur de ses grâces, celui4à seul peut exercer pleinement la (onction de moralisateur auprès de ses semblables ; car il est investi de pouvoirs qu'il tient d'en haut, et il agit au nom de celui qui Tenvoie. Il est père et guide , dans Tordre de la grâce , comme le père selon la chair dans l'ordre de la nature. Il est établi de Dieu pour être le récipient des iniquités de ses frères , et pour les aider à les absorber et à les expier. En lui ils peuvent verser, comme dans le sein de Dieu même , tout ce qui les peine , les afflige , les tourmente ; ils peuvent tout lui dire , comme il peut tout entendre , en face de Dieu dont il tient la place. Il offre toutes les garanties d'un juge intègre et d'un confident discret. Par sa position sur la terre, il reste étranger aux intérêts et aux plaisirs du monde; il n'a rien à lui demander, rien à en craindre ; il est au-dessus de ses espérances et de ses agitations ; il a devant lui la parole éternelle, qui
est sa règle, et il l'applique invariablement aux œnvre^ temporaires de Tbomme. Quelle consolation , quel rafraîchissement pour une âme embarrassée dans les choses du siècle , déchirée par les passions ou tourmentée par le remords^ que d'entendre une yoix du ciel qui lui montre une issue à ses égarements, un terme à ses fluctuations, et un secours qui ne lui manquera jamais au milieu des séductions de la société et des illusions de sou propre cœur ! Quel bonheur, bien qu il coûte souvent des larmes, que d'entendre une parole pure et vraie, qui nous rappelle à nous-mêmes et à DieU; nous dévoile le .mal et ses tentations , nous excite au bien , et nous délivrant du fardeau du passé par l'application de la miséricorde divine , nous relève et nous remet en voie. Là se trouve réellement un enseignement et une discipline morale : là le secours est donné aveo la parole , une vertu d'en haut aide à réaliser le précepte , et la charité , qui rend tout facile , se joint à la science pour porter à l'accomplissement de la loi et à la pratique du bien. On peut donc affirmer que l'enseignement de la morale n'est tout ce qu il doit être qu'entre les mains de la religion , et que dans le christianisme seul, et dans l'Église qui le réalise sur la terre, se trouvent les institutions qui rendent T influence religieuse aussi profitable qu'il est possible au perfectionnement de Thumanité et des hommes.
Dans quelque position que Thomme se trouve en ce monde , il a quelque chose à faire ou à éviter,
PABTIE PB^TIQUg, *-" pffAP. IV. %\i
pour r^Qter dan» l'ordre* Il y n toujours pour lui possilnlilé dis bieu pu àe mali suivant qu'il agit cooform^iuent pu coutroiremient à sa nature et à sa loi. |1 e^t daus Tprdrp quaud il s^ maintient dans U» rapports n^tur^ls d'ascendanoe el da deaceadanoa pi^r lesquels la tjp lui est transmise ou oonscrvëe} et il m peut ét<*e^ et élre hien^ qu'en réagissant coa*» vepaj^lem^nt vers Ids influenees diverses qui le foui vivre* Gette réaetiqn 9St ck>ne obligatoirâ pour lui a double titre t d'abord comme condition nécessaire
de sou ei^istenoe^ et ensuite comme rastitution de ce qu'il a reçu , ou comme recoonaissanoe.
t*QFdre résulte partout 4s raccompIii§sin^t des lois qui régissant les existeaces. Les loia dérivent des rap^ ports naturels des êtres» ^t Vètre eréé se maintient dans m rappQrts natorels par sa réapti«n oontinne vers les termes dont laotien le fait vivre. Ce qui revient à dira que la vie est d<Hmée et epuservée I la eréatare psr ks influences dont elle dépend $ 0t si elle réagit eonvena'» blement vers lees infineueés. Cette réacAlod , phj^Sique^ ment et métapbysiqiaemeut obligatoire oomme eot^di-^ tien de la vie ^ Test encore moraleinent pour l'étro nio-r rai, soqmis h la loi de jinatice, aussi bien qu'ans ioîs générales d0 Teiisleiiee. Celui qui néglige cette réae* tion est donc à la fois imprudent et Uqnste ; il compna*^ met sa vie en même temps qu il ae pervertit : il se ptite de ce qoi M est nécessaire , en frustrant les antres de ce qui leur est dû. Ici se laisse entrevoir la solution du problème dn ^onyerain bien, agité de tont temps par
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les moralistes et sartoat par les philosophes païens. Le boidieor est le bien-être complet et oontino, et il ne peat s'établir et dorer que par la persistance de la créatore dans ses vrais rapports , ressortant de sa nature et de sa position. La vertu provient aussi de cette mâme persistance, voulue par la créature libre. L'homme devient donc à la fois juste et heureux par la même voie , et ainsi il a un double motif pour accomplir la loi , son bien-être et son perfectionnement. L'intérêt de sa conservation et l'équité le portent à réagir vers ceux qui lui donnent, et l'obligation morale, cat^rique pour la conscience, est soutenue et renforcée par le besoin de vivre et par la nécessité des conditions de la vie. On remplit ses devoirs avec plus de joie , quand on est convaincu que l'utilité est réunie à la justice , et que le véritable intérêt se trouve en définitive dans l'accomplissement de la loi. Ici est la racine du système de l'intérêt bien entendu ou de Tégoïsme calculé, posé comme motif principal de la conduite humaine. D'un côté on a exagéré cette vérité incontestable : que la pratique de la vertu tourne au plus grand bien de l'agent; et de l'autre, on généralise et pose en principe un fait malheureusement trop commun , la plupart des hommes consultant plus dans leurs actions leur intérêt , ou ce qu'ils croient leur être avantageux» que la justice et le bien. Mettant le fait à la place du droit, on explique la moralité par l'intérêt, au lieu de tirer l'intérêt de la moralité. Ici, comme dans tonte erreur, il j a une vérité au fond ; car Terreur n'est que la vérité obs* onrcie. Il est vrai que celui qui patique le bien y trouve toujours son avantage , car il vivra du bien qu'il opère.