PARTIS PRATIQUE. — CHAF. IV
phie purement Immame, o(»iibattiie et renversée pat le chiistianisme, comme le système le plos contraire à la parole divine, et qui cependant par préjugé, par imitation et par habitude, reparait chez la plupart des moralistes modernes, chez ceux-là mêmes qui ont de la foi et veulent être chrétiens. Que les rationalistes du xviit® siècle, ou les panthéistes du xix^ parlent ainsi, nous le concevons. Suivant les premiers, la volonté de l'homme est le principe de la loi, comme sa raison est la source de la vérité. L'homme fonde la morale comme il invente la science. Les seconds, confondant Thomme avec Dieu , l'identifiant avec l'absolu , mettent sa gloire à n'obâr qu'à lui-même, et lui acc(»dent nécessairement , avec la science , la pleine indépiendance et la toute-puissance qui n'appartiennent qu'à Dieu. Mais que des philosophes chrétiens , qui affirment avec saint Paul que rbomme n'a lien de lui, pas même une pensée et un désir ; que comme créature il est nécessairement distinct et dépendant de son créateur; que sa loi essentielle vient de son rapport avec Dieu, et que tous ses devoirs dérivent de cette loi unique; que ceux-là, dis-je, parlent des devoirs de l'homme envers lui, comme si Tbomme s'était jamais rien donné, d'obligations de lui-même envers sa personne, comme s'il pouvait jamais s'obliger; voilà ce qui a droit de nous étonner, tant il y a de contradiction eaatTe ces deux manières de voir, tant se repoussent les deux principes dont elles ressortent. L'empire de la routine peut seul expliquer une telle inconséquence. Ainsi dans notre civilisation une multitude de traditions païennes subsistent, transmises par l'usage, altérant, faussant plus ou II. 22
336 fHUilSOPHIB VORALB.
flioiag Fesprit dirdtieii qoi doit ammer le monde aoderne, et loi éMmnt ce double Tisage, paieu d'mi o6lé et cbfëtien de feotre, qui se reproduit partoat, dans dos nMBttn, dans nos gcmvvnienienta ^ daas nos aoîenoes, dans notre littérature^ dans nos arts.
Mais e'est surtout dans la pratique <t^'on imt la laos* selé et rimpuissanœ de cette opinion* C'est un deyoir de rfaomme eoTers lal-mème, dit^n, de oonservor son eiistenoe et de pourToir i ses besoins? Poilrqooi ? Sans doute , parce que ma conservation m'est utile , h oause des aratitages ou des jouissances que la vie me procure. fisWce là ce qui fonde te devoir? Mais Fintéfét ou le plaisir n obligent point la coaseienos; c'est une «tfaire de prudence, de calcul, et voilà tout. IMhis, reprend-on, kl nature k veut ; elle vous pousse à ^rous oonserver» •— Qu'est-ce que cette nature dont ou parle? £stH» mon corps, mon organisme? £st^<se fat f<»ce vitale qui anime ce corps , ou la loi physique qui le nfgit? •*«<- Mais mon eorpe est à moi ; cette force dépend de uni ! -*- Comme Mrs ititolligient ) libre, je lui suie supërteùr^ et j'ai droit de lui commander ; si donc moi » da&s. ma TÔlontë intrfligenle '^ de ma pleine liberté, je ue veux pfas vivre ; si je parviens à étouffer riastinot nato^èl t^i m'att»^ à la vie, si je surmonte l'avursion que là nature a pour la Biort, ne suis-je pas eu droit de briser mou existe&ee ? Et si mon avantage seul m'impoâB le devoir de la eouaerver, tpd peut m'cmpècher de me Tôter ? Si je ne dois iMîr à la vie que paroe qu rite me piait, jeû'ai plos de i^nson de h garder, qmmd elle aie devint péniMe ; eiie est mifar* deau, dmit je puis me diéiivrer, le devoir aeesaé avec
PARTIS PBATiqUS. ^ CIUP. IV. 327
ravaafaige ou le plaisir de Tlyre, n eat impoAnUe de troq:'* ver ici Télément d'aiie obligation morale, Mm qu'une autorité supérieure iulervieDue , et le çoraetère obligii^ tpire du devoir va rep»*fi^tre. D'où me vieut eette eji&ptence que je dma soiguer et isous^ver ? de Celui qui m'i^ créé. C'est donc h lui ^'elle Appartient foncièrement i puisque je dépends de lui. Je n'en ai donc que la jouissance on l'usufruit i à la oharge de lui en rendra compte un jour. H me l'a dxmnée pour nn but, d^ui la vue d'une destination. C'est le talent confié an ser* vîtenr, et qu'il doit faire valoir ave^ nsnre» Ifon-senle^ ment je ne dois ppint la dissiper ou la d4truU*e ; mm encore je ne puis sans prévarication la laisse^* stérile^ inutile; car elle m'a été accordée pour qu'elle ftw^ tifte. Je ne suis donc point en ce monde p^r VM TPlonté ; ce n'est pas moi qui m'y suis mis, ce n'est pas moi qui puis m'en ôter; ou, dansée cas, j# manque à la Provi-^ dençe et à ma vocation; je substitue ma volonté proprte à la loi que je dois aecomplir ; et par copséquent j'entre dans une yoie de désordre et dans tons Uns nialbenr/^ qu'elle entrainCf lei la raison du devoir est à ]ia foij^ elaire et solide. Celui qui l» (^ompreod sait pourquoi H ik>it supporter l'e^tem^ j et il ne songera jamais h s'^ti^ la vie. La pensée du sui^die M ineomp^tjble mt^ V^
croyances et les eonvicdions ^ln*4tiennas. Celui-là mA peut jwer avec la vie et la nu^rt que l'orgn^l avenglei 09 que le désespoir a)i^
Wons pouvons en «Uce mI^ àu^ devoir ^ cnU^ye^r notre esf^rit et 4e é^^fif^pgçv no^ £9^ultés^ l'imUx^ de
l'intelligence nous y porte, etJM>ns wnon9n4ltUMUw<^[M(
328 PHILOSOPHIE HOaÂLE.
la gloire oa les avantages de la science. La vérité noas parait belle , et le désir de la posséder enflamme notre ardeur; mais ces motifs ne fondent point le devoir. Car il y en a beaucoup en qui cet instinct est faible , cette ardeur nulle; et ainsi ceux qui ne réussiront pas dans leurs recherches, qui se dégoûteront du travail intellectuel y ou même qui n'auront point de goût pour Tétude, seraient dispensés de cultiver leur esprit , et pourraient se reposer sans scrupule dans la paresse et Tignorance. Cependant c'est un devoir pour tout homme de s'instruire, autant qu'il dépend de lui et que sa situation Toxige ; car celui qui lui a donné Tintelligence et ses facultés , veut qu'elles soient développées ; Thomme recevant par elles la lumière et la force pour connaître sa destination et la remplir, pour discerner la vérité, la justice , le bien , et les pratiquer, en un mot pour devenir ici-bas ce qu'il doit être, en raison de sa nature et de sa fin* Si donc je dois exercer mon esprit, travailler, étudier, faire des efforts souvent pénibles pour acquérir la science et amasser des connaissances, pour arriver jusqu'à la vérité, ce n'est point pour ma gloire, mon avantage ou mon plaisir, ni par aucun motif qui vienne de moi et se rapporte à moi ; c'est parce que les facultés spirituelles m'ont été accordées pour les faire servir à mon avancement , à mon perfectionnement et par suite à raccomplissement des desseins providentiels dans le monde. Un jour il me sera demandé compte de mon œuvre dans l'œuvre commune de l'humanité, et Ion exigera de moi en raison de ce qui m'avait été donné et de ce que je pouvais