‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 106 sur 199 · PARTIE PRATIQUA. — CHAP. V · texte numérisé non relu

PARTIE PRATIQUA. — CHAP. V

side aiu déTeloppement de toutes les existenees : provH denee qui parait à chaque instant et partout, soit dans les Uhs constantes qui régissent les créatures sans raison, soit dans la marche [Nrogressive et le perfectionnement graduel de Thumanité. La raison doit en conclure un gouvernement prOYidentiel de Thomme et du monde, et ainsi Dieu se manifeste encore à elle par cette vcûe^ Tel est le sens de ces belles paroles : Cœli enarrant gloriam Dei. Ce moyen de preuve ne doit pas être négligé. Seulement, parce qu'il est plus sensible, plus à la portée de tous et frappant davantage Fimagination , il ne faut point croire qu il soit plus sdide et plus décisif. Il est wk contraire le plus superficiel , parce qu'il s'adresse aux sens y et il n'a vraiment toute sa force et son efficacité que si le premier moyen, c'est-^à*dire la révélation de Dieu par la parole, a déjà agi directemeiit ou indirecte* ment : directement, car la parole de Dieu seule éclaire et explique le langage de la nature ; indirectement , car la raison humaine ne se serait jamais développée sans l'ex-' dtation d'une parole primitive.

Celui qui croit que Dieu est, qu'il a créé rhomme^ le conserve et le dirige par sa providence , et qu'il se fait connaitre à rhumanité par sa parole , par la conscience , par le spectacle de la nature , ou par ces trois moyens à la fois^ celui-là a dans sa foi le témoignage de ce qu'il doit à Dîeu^ en raison du bien qu'il en reçoit* La foi en TÂuteur de ce bien ^ II. 23

et la conviction qu'un rapport avec lui est possible, porte la volonté humaine à réagir vers Dieu , afin de lui rendre l'hommage qui lui est dû : hommage qui consiste à reconnaître sa dépendance de Dieu , et à faire acte de soumission et d'amour envers celui dont nous tenons l'être et la vie* C'est ce qui constitue l'adoration en esprit et en vérité, ou le culte intérieur.

De quelque manière que Thômitie acquière la convie^ tion de rexistence de Dieu , par la parole triaditioanelle , par sa conscience ou par Tordre de la nature , s'il croit que Dieu Ta créé et le conserve, et qu'ainsi il 7 a un rapport virant entre Dieu et lai ^ il devra recouuaitre, ou au moins sentir, ce qu'il tient de Dieu et ce qu'il lui doit. Il trouve dans sa croyance même le témoignage irrécusable de son devoir. L'obligation de ce devoir est la eon^quence nécessaire de sa foi. Mais reconnaître le devoir n'est pas toujours une raison suffisante de l'accomplir, et ici surtout se montre la distance de la spéculation à la pratique. Il 7 a un abîme entre la raison et la volonté, et trop souvent l'homme commet le mal qu'il condamne, et ne commet pas le bien qu'il approuve. A côté de la conviction rationnelle du devoir, il doit donc y avoir une motion plus intérieure, qui porte à le réaliser, motion toujours mystérieuse à* son origine , agissant secrètement sur la volonté , et dont la raison de l'homme n'est point maîtresse. Bien n'est plus clair et plus facile que ce rai- ^nnement : l'homme a reçu de Dieu tout ce quMI est , tout ce qu'il a ; donc il doit tout à Dieu , donc il doit

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réagir vers Diea 4e toute son âme , de tout son esprit , par toutes ses facultés, pour lui rendre ce qu'il tient de lui. Mais pour réaliser cette conclusion, il faut ce que le raisonnement ne peut donner, savoir le sentiment pitH fond de ce que Dieu est pour nous , et de ce que nous devons être pour lui. Ce sentiment, et F amour qu'il engendre, ont besoin de se déclarer par un acte solennel, qui pose et constate notre dépendance de IMeu , que nous sommes sa créature , soumis à sa loi , n'existant que par sa bonté et ainsi devant employer la vie qu'il nous donne, à faire ce qui lui est agréable. Soumission libre de la créature intelligente à son créateur, (rf&iande de son amour et de son dévouement, ou restitution d'elle-même à son Principe , pour ne vivre que de lui , par lui el pour lui , voilà le véritable hommage de Thomme envers Dieu , le culte intérieur, Tadoration en esprit et en vé^ rite. Cette adoration est Vâme de la rdigion ; car la fin de la religion étant de relier l'homme à Dieu, ce lien ne se ré* tablit que par la restitution libre de la volonté de ThiMnme, qui s'était librement détournée de son Principe. Là est le fond, l'essence de la chose religieuse, et Ton peut apprécier par cette mesure toutes les religions qui ont paru dans le monde. La plus parfaite, et par conséquent la véritable, est celle qui enseigne à l'homme l'hommage le plus pur qu'il puisse offrir à Dieu,et qui lui donne en même temps la force et lés moyens de l'accomplir. Le sacrifice a été dans tous les temps la forme de 1* hommage de la créature au créateur ; et le plus beau des sacrifices , celui qui est le plus agréable à Dieu et qu'il préfère de beaucoup h l'offrande des végétaux , des animaux et de toute la na-

ture, c*e8t le sacrifice de rhomme, se ^nmettant de nouveau par la foi à T étemelle vérité, et rentrant dans son vrai rapport avec son principe par robéissance et par lamour.

L'adoration, ou le cuUe que nous rendons à Dieu^ doit nous porter à le setvir en retour du bien que nous en recevons y et le servir, c'est concourir de tout notre pouvoir à raccomplissement de sa volonté. La foi doit se réaliser par les œuvres. Le culte intérieur, quand il est le produit d'un sentiment profond, et ce sentiment n'existe que dans une àme touchée pat la grâce divine, tend, comme tout ce qui est vivement senti> à s'exprimer au dehors. Le culte extérieur est donc aussi ancien que le culte intérieur, et l'un et l'autre sont aussi anciens que le rapport de la créature intelligente avec Dieu.

Servir Dieu, c*est faire oe qui est oonforme à sa vokHuté ; et uoua devons le servir, parce qu'il nous a servis le premier, parce qu'il nous a aimés d'abord. Dieu ne dmme* t-il pas à tous Tètre, la vie et la nourriture? Ses bienfeits ne sont-ils pas des services centinueb ? Sa providence, qui veille et pourvoit à nos besoins, n'est-elle pas sans cesse i notre service? Il en est ainsi de tout ce qui est puissant et bon. Le père et surtout la mère sont an service de Tenfant ; ils ne sont père et mère que pour le soigner» le conserver, pour Famener à Tétat d^bomme.

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L'enfant doit en relUmr serar ses fMunento, cest^àr dire, exécater leur volODté, dt eerober à ienr ifilaife. la patrie ne immis sert^^Ue pas lûng<-teiDpa atant cpie nous puianons la senrir ? et quand sons somaies «mployés i son service d'ime minière on d^ooe antse , faJaamwiOMS antre diose que de 4X>opérar aree nos eoacitoyeiis, et SOUS sa direction, a la réaUsatioA de sa Tolmtë, e*efft-àdire, à robservatiim de ses lois , à to eonservatîon et àsa gloire. Nous nous servons les unsles autres daos laceompliss^nent de nos devoirs réiûproqoe s ; noos sommes en société poor now aider mutodlemeiA , ei rechange des sa*Tioe8 £ait le li» et le diarme de la civilisation. Ainsi, la foi en Dieu , qui nous porte lnlériewne«ient à recon^ nattre notre dépendance de Dîen , et à lui rendre hommage , doit se ffésondffe an dehois en actes qui unnif* festent cette di^ndance et expriment cet hommage; c'estià-dire, que nons devons toojonrs ^ir en r^rd de la volonté divine, et «voir Dieu pour findermère dans toutes nos actions. Soit que vofos mangiee, soit que vana bnvies , on quoi que vous faanea, dit^ saint Paul, qœ ee soit poqr la gknre de Di«i. €omme dans la féodalité , l'hommage dû «ut sausamia n*était pas simplem»! une reeonnaiasMice de juridictîoii ^t d'honnenr, mais«mportait encore ï cb&ffktion, de oertainsao' viees pour la gueire on pour la paix, et qu'à ces conditicNis inhérentes au fief k droit et la protectien étaient conservés : ainsi le calle que rhonuBC doit à Dieu, rhommage qu'il lui rend 4cîr vent passer en acte, et ae réaliser par des œuvres qui contribuent à la gloire du Roi du cieL C'est aassi exi combattant ponr sa cause, que nous servons le mieux le sou-

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Terain Seigneur, dont nous releyons* Chaque homme est appelé à prendre les armes contre le mal, et il doit toujours être prêt à faire la guerre au mensonge et à liniquité, soos les drapeaux de la vérité et de la justice. C'est ce que le christianisme enseigne à chaque dbrétien , quand il le consacre et l'arme pour le combat , le revêtant de forces et de grâces , afin qu'il devienne un vaillant soldat du Ciel , et reste fidèle et ferme dans le service de Dieu.

Ce que l'homme sent vivement, tend à se manifester par les moyens d'expression dont il est doué. Toute impression amène naturellement une expression. Quand nous éprouvons pour quelqu'un un sentiment de bien vdllance ou d'aversion, nous sommes portés à le laisser paraître ; il perce souvent malgré nous , et le manifester nous est un soulagement ou une consolation. La passion, qui nous préoccupe, nous pousse vers son objet, et nous tendons à nous mettre en communication avec lui. La pensée est pressée de s'exprimer par la parole. Si une lumière vient éclairer notre intdligence , et qu'une idée naisse dans notre entendement , nous éprouvons le besoin irrésistible de répandre au dehors le rayon qui nous a pénétrés , çt de mettre au jour ce que nous avons conçu. Il en va ainsi de nos sentiments, de nos désirs, de nos affections , de tous les mouvements du cœur, de toutes les opérations de la volonté. Plus les émotions sont profondes , mystérieuses , plus aussi , après la première impression , nous avons besoin de les épancher. Le sentiment religieux est le plus profond de l'âme humaine , parce que l'action de Dieu , son principe , étant le plus analogue à sa nature, descend plus avant dans son être,

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et peut senle en toucher le fond. Le rapport entre Dieu et r homme est le plus intime , le pins pénétrant, le pli|s viyifiant. De là sa douceur infinie et ses joies ineffables, si rhomme réagit de cœur et a^ec abandon ^ers Dieu. De là aussi, ce qu'il y a de poignant, de déchirant, quaud l*âme se détourne de son principe, et repousse Taction divine. C'est ce qui fait la pointe la plus aiguë , le tranchant le plus acéré du remords. Le senthnent religieux ék le culte de l'esprit qui en resaort , tendent donc sponta* nément à. se manifester. Cette tendance produit le culte extérieur, forme du culte intérieur aussi ancienne qm lui , comme la parole est contemporaine, de la pensée, comme l'ombre accompagne toujours le corps; et Fun et r autre, conséquences nécessaires du rapport de Thumar nité avec Dieu, ont commencé avec ce rapport.

Si le culte intérieur est le produit du rapport entre Dieu et l'homme ^ et si le culte extérieur en est Texpressioa nécessaire , il est clair que le culte en général se compose de deux parties. D'un côté , il doit avoir des signes symboliques ^ qui servent de véhicule à laction divinje pour arriyeir jusqu'à rame humaine, à travers. les formes dontb celle-ci est enveloppée , signes déterminés et consacrés par la parole divine elle -même pour transr mettre à Thoname sa vertu. De l'autre, il doit avoir des signes sensiUes de la réaction de l'homme ver& Dieu , par lesquels s'exprimeut lea affections et les.

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mouvements de l'àme dans ce rapport supérieur. Tels sont tous les moyens d'adoration , toutes les formes de prières et d'invocation ; les rîtes , les cérémonies , Tappareil du culte.

L'action divine ne peat arriver immédiateiBent À l'àme bumaifie; car elle doit traverser les nolieax qui l'en séparent et les formes qui la revêtent^ comme nous voyons le rayon solaire se réfiran^r dans l'atmosphère , et parvenir à la terre atténué par Tair, par l'homidité et les autres fluides. Ces formes , où Taetioii divine s'en-, veloppe , sont humaines ou naturelles. Les formes bumaines sont les plus s^raficaftives, et aussi les plus efficaces, parce qu'elles ont plus d'analogie avec l'in-* flnence supérieure qai les emploie , et avec l'àme sur laquelle elles agissent. La plus pure de ces formes est la parole. Dieu se communique à l'homme par une parole analogue à la natnre de Thomme, ou même par une par(Ae Immaine, Tous ceux qui ont partidpé ft une ré* vélation divine, Fout reçue et transmise par la parole. Dans tous les temps et chez tous ks peuples, on a cm que la divinité manifestait sa volonté par la parole. De là l'autorité des oracles et des répoines du sanctuanre dans l'antiquité païenne.

La parole sacrée, moyen principal de te communicitioa divine, ajoute aux autres véUooles pour les consacrer. Après la parde vient le souffle, émani^n de req[)rit, et qui sert à en communiquer l'exhalalion. Dans presque toutes les langues , l'esprit et le souffle sont exprimés

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