‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 112 sur 199 · PARTIE PDATIQUI. — CHAP. V · texte numérisé non relu

PARTIE PDATIQUI. — CHAP. V

La saperstition a beaucoup de rapports avec F idolâtrie; eUe en est toujours la conséquence, et elle y conduit souvent. Elle consiste, comme son nom Tindique, à rester à la surface , à s'en tenir à la superficie dans les choses rdigieuses , accordant une grande importance à ce qui est de pure forme, sans aller au fond et pénétrer jusqu'à Tesprit. La préoccupation de l'accessoire , de l'extérieur, fait perdre de vue ce qui est essentid et interne. Bien n'est plus opposé à la Traie piâé, au culte du cœur, à radoration en esprit et en vérité. On néglige la parole divine pour la tradition humaine , la croyance s'altère , la foi ae eorrompt, en s'attachant à des choses naturelles, qui usurpent dans le cœur de Thomme la confiance due à Dieu seul. La lettre étouffe l'esprit. Cette direction religieuse est très-dangereuse ; elle habitue les hommes à se payer de mots, déformes, de pratiques extérieures. Us nettoient les dehors du vase et laissent l'impureté au dedans. La religion devient alors une simple formalité, et comme elle ne porte pas à l'amendement et au perfectionnaient, parce qu'elle arrête et ahsorbe tout le zèle, il arrive trq[> souvent que la dévotion sensible sert de manteaa au vice , qui grandit sous sa protection , et se satisfait plus à l'aise sous son égide. De là l'faypocrine, si contraire aux âmes droites : elle rend la religion odieuse aux hommes du monde , qui ne la connaissent point an fond et la jugent par la conduite des faux dé- ' votEi. La prière vocale est certainement nécessaire, comme expression de la prière du cœur. Quand le cœur est plein de foi , de reconnaissance, d'amour, il aime à s'exhaler par une parole abondante et affectueuse , et s'il souf-

fre , la parole gémissante , le cri de la douleur lui est on Boolagement. Mais si l'abondance n est que dans les mots y si l'on met sa confiance dans une moltitade de prières récitées, sans que l'esprit y soit présent , alors il y a abus, superstition , parce qu'on met la forme à la place de l'esprit. L'aumône est une excellente chose ; elle rachète beaucoup de fautes , quand elle est faite dans une intention de sacrifice , avec le désir d'expier le péché et la ferme résolution de ne plus le commettre. Mais qu'on croie effacer des crimes et leurs suites uniquement en donnant de l'argent , sans se repentir sérieusement ni penser à mieux faire à l'ayenir, c'est encore une superstition ; car il n'y a rien de commun entre Taisent et des péchés, à moins que la contrition et le désir sincère du bien ne les unissent. La superstition est encore plus déplorable , quand les choses employées par la crédulité n'ont d'autre rapport avec la parole divine que celui qu y mettent l'imagination et la passion, comme les amulettes , les talismans , les charmes , les incantations ^ et tout ce qui y ressemble. Nous pouvons donc conclure que la superstition est ce qu'il y a de plus contraire à l'accomplissement des devoirs religieux ; car elle porte à honorer Dieu des lèvres , par le dehors , par des simulacres de piété , ou même par des choses indignes de lui , et elle ruine le véritable culte , le culte de l'âme et de l'amour.

Le fanatisme est l'abus le plus terrible du sentiment religieux , parce qu'il en est la perversion la plus profonde. C'est un zèle qui n'est pas selon la science , et qui rend capable de tout , parce qu'on croit agir pour Dieu

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