‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 113 sur 199 · PARTIE PRATIQUE. — CHAP. V · texte numérisé non relu

PARTIE PRATIQUE. — CHAP. V

et par son inspiration. L'erreur du fanatisme consiste à prendre une \olonté humaine pour la volonté divine, s'employant tout entier et sans réserve à l'exécuter au nom de Dieu. Les sectes , les partis poussent en général an fanatisme ; ils tendent à convaincre leurs adeptes que leur drapeau est celui de la vérité , et que Dieu veut ce quMls demandent. Or, en face d'un parti est un autre parti, en face d'une secte une autre secte, et comme chacun prétend avoir pour soi la vérité ou la parole de Dieu ) tous concluent que leurs adversaires sont des instruments de mensonge et d'erreur. De là des haines aveugles, et d'autant plus terribles, qu'elles s'autorisent de la sanction divine , et croient servir la divinité en se satisfaisant. Ainsi la violence, le meurtre, l'assassinat, la dévastation , le carnage et tous les genres de persécution ont pu être ordonnés au nom de la religion, et comme si Dieu les réclamait. L'homme dans ces cas a mis sa volonté passionnée à la place de celle de Dieu, et en s'imagînant soutenir la cause divine , il l'a en effet déshonorée à la face de la terre par les horreurs commises en son nom. Le fanatisme est dans la sphère religieuse ce que le despotisme est dans la sphère politique ; c'est la volonté ou l'intérêt de F homme substitué à la volonté divine d'un côté, à la loi ou à l'intérêt public de l'autre. Les plus grands crimes dont le monde ait été effrayé, ont été accomplis par le fanatisme , qui le plus souvent les exécute froidement , avec le calme d'une conviction profonde, et comme des œuvres agréables à Dieu. Cette aberration du cœur suppose une grande ignorance, ou une intelligence foncièrement pervertie.

duite par l'accomplissement habituel des devoirs envers Dieu. Considérée dans son exercice, on peut la distinguer en intérieure et extérieure. La première est Tappli^ cation du culte de Tàme, de Tadoration en esprit et en Térité. £Ue part du fond, et tend toujours à se réaliser par les œuvres. Elle a pour résultat le dévouement de rhomme à Dieu , et elle aspire à prouver ce dévouement par tous les moyens. Elle enfante la vie intérieure , le rapport profond de Fâme avec Dieu , la vie chrétienne dans ëa plus haute perfection, la vie ascétique, la vie des saints. La seconde, qui suppose plus ou moins la première, est surtout posée dans les formes, dans les pratiques, dans les démonstrations, utiles quand elles expriment le sentiment ou Tidée, mais impuissantes et même funestes , quand Tesprit n'y est pas. Ces deux genres de piété ne doivent jamais être séparés. Cne piété sans expression , sans manifestation , par conséquent sans culte, se dessécherait bientôt et finirait par tomber dans le mysticisme ou dans F abstraction : dans le mysticisme, quand dédaignant T observance légale et une règle positive, elle revêt des formes imaginaires et prétend par sa propre force entrer en commerce avec le monde supérieur; dans Tabstraction , quand voulant se détacher des sens et de F imagination, elle réduit tout en formules logiques sous prétexte de ramener la religion à la puissance rationnelle , et de Félever à la hauteur de la science.

La vraie piété, évitant ces deux excès, est la plus solide garantie de la moralité. L'homme moral respecte et observe la loi dans toutes ses prescriptions. Toute loi , nous

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