‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 114 sur 199 · PARTIE PRATIQUE. — CHAP. V · texte numérisé non relu

PARTIE PRATIQUE. — CHAP. V

TaTons tu, se résout en définitiTe dans une loi première dont elle tire son autorité, à savoir la loi de justiee pro« mulguée dans la conscienee , et annoncée positivement à rhomme par la révélation divine. Dans l'un et l'autre cas , la loi suppose un législateur qui i'aétablie, qui en surveille l'apidipation et qui en punira l'infraction. Ce I^islateur parle dans notre conscience d'une manière impérieuse, en sorte.que nous ne violons jamais ses commandements sans crainte ou sans remords. Ce suprême législateur voit tout, sait tout, peut tout; il nous est continuellement présent par son regard pénétrant que rien n'arrête, et , scrutant les replis les plus profonds de notre âme , il y saisit tous les mouvements de notre volonté , tous les désirs de notre cœur. Nous ne pouvons nous cacher devant lui; il n'y a pas moyen d'échapper à son œil, ou de le tromper ; il nous connaît mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes. Si nous sommes persuadés de cette vérité , nous croyant incessamment sous le regard de Dieu , nous rappelant sa loi , ses commandements et le compte qu'il nous demandera un jour, il est bien difficile que nous nous laissions entraîner au mal sans partage , ou du moins que nous y persistions long-temps sans remords. Ce remords est le frein le plus fort qui puisse être imposé à la volonté humaine , et il est fort parce qu'il est vrai, parce qu'il ressort de la position de l'homme en face de Dieu. Que sont les autres motifs de moralité auprès de celui-là , et comment pourraient-ils jamais le suppléer ? La conscience , sans la sanction re- Ugieuse, sans le flambeau de la révélation, reste souv^it incertaine, et presque toujours obscure. L'homme l'in- II. 25

374 PHlM)SOPHIB BfORALE.

terprète par sa raiBOti, et sa raison » séduite par F intérêt oa la passioD , est le jouet des circodstaHoes , qui la modifient à son iosu ; elle s*imagine juger du bien et da mal, du juste et de Finjoste, quand elle ne décide que ce qui lui plait. Sans la foi en Dieu , sans la oonUâissance positive de la loi ^ la conscience morale est au milieu des agitations du cœur comme un vaisseau sans gouvernail ou «ans boussole. La raison n*est pas un guide plus sûr. Sa tendance naturelle est de cbercher le plus grand intérêt, et rintérêt du moment parait toujours devoir l'emporter. Le motif de l'intérêt bien entendu est faible dans la collision du devoir avec te désir ; et puis , la raison ne voit pas au-delà de ce monde , elfe y trouvera toujours son plus grand bien. Sa loi la plus stricte est de se satisfaire sans nuire aux autres, mais toujours juge de ce qui lui convient elle est rarement désintéressée en ce qui concerne les autres. Le mot ntJUurd se donne fadlement la préférence. Il se croit en droit de commencer par lui-même, primo mihi, et dans le doute ou à mérite égal , il ^'adjuge sans scrupule la meilteure part. Quant à la justice buroaine, c'est une barrière extérieure qui arrête seulement ceux qui n*ont pas la force de la franchir ou l'adresse de la tourner, ou , comme disait Bacon , c'est une toile d* araignée qui prend les faibles et laisse échapper les forts. Puis, la loi civile ne porte que sur les foits accomplis qui troublent Tordre social. Elle ne peut pénétrer au dedans , parce que le juge ne voit point ce qui se passe dans le coupable. Or, la source du mal est au dedans ; du dedans sort ce qui rend l'homme criminel ^ ce qui le souille : cest donc là surtout, dans sa

FÀRTIS PRATIQUiS. — GHAP. V. 375

coDscieDoe, dans sa volonté, qu'il doit être surveillé, ar« rèté avant que la pensée ait commencé à se réaliser par raction. On ne corrige pas les liommes en les <eotmiraût de barrières, en las garrottant. C'est Tintérieur qu'il Irai changer, et la force morale peut seule y entrer, rautorité spirituelle seule peut légitimement s'imposer à la liberté. Or, cette autorité vient ouiqoement de Dieu, ne vaut que par sa volonté , n'a de sem que par sa parole , et ainsi sans elle, la législatif intérieure , règle suprême de la conscience , n'existe pas. Beste l'opinion, qa'oo a appelée la reine du monde , et dont le gouvernement, s'il est réel , est au moins peu sage el bien inconstant. L'opinion, sans doute, impose quelque réserve et commande la prudence. Tout homme, à moins d'être avili, tient à l'estime de ses semblables. Nous avons besoin les uns des antres dans la vie sociale, et le plus sûr moyen de trouver de l'assistance dans les autres, c'est , après la serviabilité, Festinaie qu'on leur inspire ,4a bonne réputation dont on jouit. Mais ce frein est aussi purement extérieur, il retient la volonté sans la change*, et si en définitive elle peut se satisfaire sans choquer l'opinion ou en Tabii* sant, elle ne s'en fera pas faute. Or, il y a mille manières de tromper l'opinion publique , ou de la forcer au silence, quand on est riche, puissant, influent dans le monde , de nos jours surtout , o« tout est divisé en partis, factions et sectes rivales. Chacune a ses organes et ses seïdes ; les choses les plus contradictoires sont prônées toor-à-tour, et chaque intérêt, avec ks cent bouches de la presse dont il dispose , se fait une opinion

37S PBIUI9C1PHUS MORALE.

publique à son profit. Cependant tous oes BM>tib de moralité, insuffisants, impoissants par eiix*mênies, peoTent être employés a^ee avantage comme auxiliaires de l'inflnenee rdigiense, parce qu'alors ik simt éporés, renforcés et OMisacrés par die.

Si la piété est utile à tout ; si les individus, les femilles et les sociétés trouvent en elle leur règle la plus sure et leur plus ferme appui, tellement que ceux-là mêmes qui ont le malheur de n'en point avoir, rendent hommage à sa puissance en la réclamant des autres, dans Fintérét de l'ordre et pour l'aoetMnpIissement de la justice ; si de nos jours on en est venu au point de déclarer publiquement que sans la piété un état ne peut subsister, parce qu'un peuple sans foi est ingouv^nable ; s*il en est ainsi, pourquoi la piélé est-elle tellement en discrédit qu'on rougisse souvent d'en avoir, ou do moins de la laisser paraître? Pourquoi avoir honte de ce qu'on reconnaît indispensable, et comment serait-il déshonorant d'accomplir un devoir essentiel, le plus sacré des devoirs? Cette inconséquence s'explique par plusieurs causes. Les fausses doctrines , que le xviii*^ siècle a mises en honneur, ont profondément altéré F intelligence publique; et, bien que nous ne soyons plus dupes aujourd'hui de ces maximes, dont l'expérience nous a cruellement désabusés, bien que uons les rejetions en théorie, cependant leur influence, qui a passé dans les mœurs, nous gouverne encore à notre insu, et la génération dont nous sortons nous a légué dfiB>préiogés déplorables. Parmi ces préjugés, un des plus tenaces , c'est que la foi est le signe de la faiblesse de

Page 1