PARTIE PBA:|^I(|V£* — CJHAP. VI. JJ
qu*à Dieu; c est doQC Dieu qui est houoré dans les pa*^ rents; c*est Dieu qu*on vénère daas ses représeotaots. L acoomplissemeat du devoir filial produit une vertu , appelée du même uom que celle de T homme fidèle à Dieu ; ce qui montre que ces deux vertus tendent à la même fin.
Le caractère de la puissance paternelle , délégation divine , explique encore un fait qui se retrouve partout : la consécration du mariage par la religion. Par la paternité en effet Ibomme représente Dieu, et, trananet la vie en son nom. S'il n'était qu'un être phyi^ique, il n'aurait aussi à commmiiquçr qu'une vie physique, et il s nuirait à son sefloJblajDle par le. seul instinct du sexe, et soiis rimpulsion unique de la nature animale. U agirait alors d*une manière pui^ment organique, et n'aurait de* rapport avec la source de la vie que comme tous les êtres naturdd , médiatement , suivant leur rang et leur degré dans récheUe des existences. Mais l'homme a une âme et une rntelligenœ , et dans la yie physique qu'il transmet est enfermée la capacité d'une vie supérieure. Il est donc rii^tr ornent d'une génération plus haute, et pour remplir convenablement cette fonction sacrée, il lui faut plus que rimpukioû naturelle donnée à chaque créature vivante par l'instinct de là reproduction ; il lui faut une sorte de mission particulière, qui le mette en communication directe avec le Principe de la vie spirituelle , avec Dieu. La religion seule, qui bénit, qui consacre son union et lui en rappelle le but, peut lui donner cette mission. Alors il est vraimeni le représentant de Dieu pour la reproduction de l'homme sfàrituel, et pour la propagation
388 PHILOSOPHUS MOHALB.
de la vie physique. Il est avoué par la religion, oommè chargé de procréer et de multiplier les hommes au nom de Dieu et pour sa gloire. De là la légitimité morale du mariage et celle de la puissance paternelle , qui en est k suite. La société civile agit de même dans l'intérêt de sa conservation. Certainement l'homme animal n*a pas besoin de sa permission, pas plus que de la sanction religieuse , pour s'unir à la femme et engendrer des enfants ; mais alors il opère dans les conditions de la nature, et se met en dehors de celles de la société. La loi sociale , n'ayant point présidé à son union, ne la reconnaît pas , et elle ne peut ni ne doit la prot^er. Il faut donc une sanction civile , pour que le mariage soit civilement Intime , et la puissance paternelle légalement instituée. Il y a done dans le mariage, et pour qu'il soit ce qu'il doit être, plusieurs conditions, qui le rendent un acte très-compliqué , à savoir : 1^ les conditions purement naturelles ou les convenances physiques ; 2^ les conditions de justice réciproque, ou la convention des parties, leur accord volontaire et lihrê de se donner l'un à l'antre ; y les conditions sociales, ou le contrat passé devant la loi et sanctionné par elle ; et enfin 4® les conditions religieuses, l'homme et la femme prenant Dieu à témoin de leur union , de leurs promesses, et voulant s'unir selon la loi divine et pour le but du mariage.
La puissance paternelle, étant une délégation, doit être subordonnée dans son exercice à Tau-
PAETIB PRATIQUfi. — CHAP. Vl. 389
torité qu'elle représente ; ses limites ressortent de sa nature. La vie, qui vient de Dieu^ appartient à Dieu et doit lui revenir ; car il est le principe et la fin , l'alpha et l'oméga de tout ce qui existe. Les enfants y produit de l'acte vivificateur, ne sont donc point la propriété des parents ; ils leur sont donnés pour que la vie se développe en eux conformément à la destination de l'humanité^ C'est un dépôt confié, dont ils auront à rendre compte. Les parents doivent donc en raison de ce qui leur est donné et à celui qui leur donne. L'accomplissement de leur devoir tourne au profit des enfants : mais , à parler proprement , ils ne sont point ohligés envers eux , parce qu'ils n'en ont rien reçu.
Si la puissance paternelle est une délégation, elle est limitée et ne peut s*exercer convenablement, que sous certaines conditions. Elle dépend de la volonté supérieure qu elle représente, de la loi qui la domine. Elle n est donc absolue dans aucan cas : car elle doit toujours compte de son exercice à l'autorité dont elle relève, et les êtres qui lai sont soumis sont un dépôt et non une propriété. L'enfant ne peut jamais être regardé comme la chose des parents. Il ne leur appartient point dans le sens rigoureux , parce qu'un homme , selon le droit naturel , ne peut jamais appartenir à un autre homme, la personnalité étant inaliénable. Ce dépôt doit fructifier entre leurs mains et par leurs soins; car ils sont les ministres du Créateur | non-seulement pour transmettre la vie et la propager ^ mais encore pour la développer et la perfectionner. Les II. 26
parents ne le sont donc ni pour leur ayantage, ni pom* leur plaisir. C'est une espèce de mission qa^ite reçoivent à regard des êtres qui naissent d'eux. De là leur responsabilité. I/bumauité se développe pour s'améliiH^r et avancer vers son but final. Chaque génération doit contribuer au progrès, et la vraie manière d'y coopérer^ c'est qu'elle avance elle-même par l'intelligence et la moralité. Or, chaque génération naissante est confiée d'abord à celle qui la engendrée, c'est-à-dire aux parents. C'est à eux qu'il appartient de la mettre dans la bonne route, en dirigeant les individus vers leur véritable destination. Chacun des ascendants est employé, pour sa part, à élever et à conduire ceux qu'il a mis au jour, et doit leur donner, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, le perfectionnement intellectuel et moral que comporte sa condition. L'éducation fait la plus grande part de la responsabilité paternelle. La foi des parents se communique de bonne heure aux enfants , et si les parents n*en ont pas, les enfants en manqueront » à moins qu'une autre influence n'y supplée. Dans c« cas néanmoins, Faction des parents étant défectueuse ^ ils répondront de ce qui manquera par leur faute aux enfants, et de ce qu'ils auraient dû leur transmettre , s'ils eussent été ce qu'ils doivent être. Il en va de même dans la suite de l'édacation. Les parents imposent aux enfants des règles de conduite, des deyoirs, des préceptes moraux, des pratiques religieuses; mais trop souvent ils ne font pas ce qu'ils ordonnent , et se dispensent d'observer la loi qu'ils prescrivent. Or , qu'est-ce qu'un précepte démenti par l'exemple que l'on donne? Et comment insister
PARTIS PBAT1QI3E. — GHAP. TI. 391
sur l'exécutioa d^ane règle qu'on se permet d'enfreindre? Cette contradiction entre la conduite et la parole paternelles a des conséquences déplorables. L'enfant , instruit par Texpérieuce, ne prend plus au sérieux les recommandations qu'on lui adresse. Il s'habitue à regar* der ses devoirs comme des charges accidentelles, imposées à sa faiblesse et dont il se débarrassera à son tour quand il sera grand. A ses yeux, il y aura deux mo* raies et deux religions , l'une pour les enfants et l'autre pour les grandes personnes ; et comme celle-ci est plus commode, il aspire à devenir grand pour profiter des dispenses qu'eUe donne. Aussi \oitFK>n déjà les adolescents chercher à se mettre au--dessus des obligations morales et religieuses, croyant s'élever par là , et trouvant dans leur négUgence dédaigneuse un signe de bon goût , de force d'esprit et d'indépendance. A qui la faute? Aux parents surtout qui n'ont point donné l'exemple avec la règle , et qui leur ont appris à Tenfreindre en leur enjoignant de l'accomplir. Ils répondront pour leur part des fautes commises plus tard par leurs enfants , qu'ils ont négligé de former au bien , ou qu'ils ont pervertis par le mauvais exemple. Car l'exemple produit le plus d'impression sur les hommes, surtout sur les enfants , et il est un fort stimulant pour le bien ou pour le mal. lia meilleure manière d'inspirer aux autres le goût de la vertu, c'est de l'aimer soi-même et de la pratiquer devant eux, non pas en quelques occasions seulement et dans des circonstances amenées à dessein , ce qui donne une espèce de comédie dont les enfants ne sont jamais dupes ; mais habituellement , sincèrement , avec simplicité , et jusque