‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 121 sur 199 · PARTIE PRATIQUE. — CHAP. YI. S9<J · texte numérisé non relu

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rektiveinènt à leur condition ; mais alors elle doit mettre rinstruction élémentaire à la portée de tous; elle doit la donner gratuitement aux plus pauvres. Elle peut exiger de tout citoyen une certaine moralité ; mais alors il faut qu'elle ouvre des éeeies de morale où tous paissent apprendre leurs devoirs; il faut que ces écfAe» soient gratuities , afin que la misère ne serve point de prétexte à Fignorance , ou à la perversité. G*est ce que notre société actuelle commence à comprendre, après que le christianisme le lui a dit pendant des siècles ; car renseignement a toujours été gratuit dans TÉglise, et il devra toujours Tètre , conformément à la parole de Jésus-Christ : Donnez gratuitement ce qi^e vous avez reçu gratuitement. L*£tat a encore plus d'intérêt à avoir des citoyens honnêtes que des citoyens éclairés. L'instruction devient dangereuse sans la moralité; et il servirait peu d'aivoyer les enfants aux écoles pour y acquérir quelques connaissances, s'ils n'allaient en même temps k Féglise recevoir l'éducation chrétienne et s'initier par la foi aux principes âiernels de la vertu. Le prêtre sera toujours le véritable instituteur du peuple ; car la parole religieuse peut seule discipliner l'homme et lui faire accoter et aimer le joug de la loi.

L'instinct de la nature porte les parents à faire ce que le devoir cono^inande > et leur rend doux et plus faciles les soins et les sacrifices qu'il exige* La teadresse des parents pour les enfants est une

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des affections les plus profondes du cœur humain , surtout chez les mères. L'homme se reproduisant par la génération , son enfant étant la chair de sa chair, l'os de ses os y son sang, lui-même sous une autre forme , c'est encore lui qu'il aime dans ceux qu'il a mis au jour ; et cet amour, quand il est purement instinctif, n'est qu'une transformation de l'amour de soi. Aussi n'est-il pas le principe du devoir paternel; il le contrarie même souvent, lorsqu'il y a collision entre l'intérêt bien entendu de l'enfant et son bien-être du momentt

L'accomplissement du devoir est presque toujours aidé par des motifs accessoires, qui, le rendant moins pénible, nous y excitent plus vivement et en facilitent la pratique. Les plus forts de ces motifs sont certainement les instincts naturels , qui poussent ou disposent à faire ce que la raison demande. C'est ce qui a lieu pour la satisfaction des besoins de la nature : à Tempire de la loi se joint le plas souvent Tattrait d*une jouissance. Tous les êtres, employés à donner l'existence à d'autres êtres, sont portés spontanément à les aimer et à les soigner. C'est un ordre admirable de la nature, que ce penchant si salutaire naisse , dure et agisse le plus efficacement, tant que ceux qui en sont l'objet en ont le plus de besoin. Ce qui s'explique par la réaction des nouveau-nés , qui tant qu'elle se fait sentir provoque une effluence incessante d'amoor, et une vigilance toujours renouvelée. Quand elle languit, parce que le besoin cesse ou diminue , l'action des parents

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s'affaiblit avec elle. Cet instinct se trouye chez tous les êtres vivants ^ et il est surtout remarquable dans le cœur des mères< Naturellement la mère aime plus ses enfants que le père ; elle est plus empressée à les soigner, à lés caresser ; elle se soumet plus volontiers aux fatigues, aux peines, aux sacrifices que leur conservation exige ; et ce qui ruinerait sa santé « ce qui la tuerait dans un autre temps, die le sent a peine et le supporte avec plaisir, quand l'instinct maternel l'anime et la soutient. Cette tendresse plus grande a sa raison dans la nature de la femme, dans la part qu'elle prend à la reproduction, et dans son rapport plus intime avec l'enfant. La femme est plus sensible que l'homme, elle a le cœur plus tendre et a plus besoin d'affection; toute sa vie est un besoin d'amour sous une forme ou sous une autre ; elle ne veut qu'aimer et être aimée. Elle est donc par la même plus susceptible d'agir sous l'impression du sentiment, parl'impulsion de l'amour, c'est-à-dire avec spontanéité et entraînement ; aussi est-elle toujours prête à se dévouer^ quand elle aime. En outre, l'enfant lui tient de plus près qu'au père, il lui est uni plus profondément. En elle s'o^ père la génération, la conception et l'enfantement. Elle contracte donc lapins étroite union avec son fruit aussitôt qu'il vit, car il vit d'elle, en elle, et par elle $ il est enraci«né dans ses entrailles, comme la plante dans la terre ; il se nourrit de son sang, il vit de sa vie, et tout leur est commun, tant qu'elle le porte. Puis, quand elle l'a mis au jour, quoique détaché d'elle, il lui reste encore uni pen*^ dant long-temps par le besoin de la nourriture et des soins. C'est au sein maternel qu'il puise son premier ali-

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ment ; il boit le sang et mange la substance de sa mère sons une autre forme. 11 en coûte aux mères de ne plos embrasser leurs enfants, de ne pins les serrer contre elles, de ne plus les caresser, quand ils grandissent , tant elles sont portées par la nature à ne faire qu'un arec eux.

Le père reste presque en dehors de cette comnranauté d'existence , de cette sympathie de sentiments , de cette identification de vie et de besoins. Dans les premières années de Fenfant, il est plutôt un auxiliaire qu'un agent indispensable; tout le travail de la nature, nécessaire à la conservation de la première enfance , s opère par la femme. La fonction de l'homme est de protéger la famille et de pourvoir à sa subsistance. Plus tard les soins de l'éducation intellectuelle et morale lui appartiendront , parce qu'il est le plus capable de cette tâche. Il n'est donc pas étonnant que sa tendresse instinctive soit moins vive. Il est remarquable aussi que la réaction des enfants vers les parents est toujours plus faible que l'action des parents sur les enfants, en d'autres termes, que les parents aiment plus leurs enfants que ceux-ci ne les aiment : cela est encore dans la nature. L'enfant est plus intime à ses parents que les parents ne le sont à l'enfant. Les parents l'ont contenu, porté en eux, et ils voient dans leurs descendants un prolongement de leur existence, une partie d'eux-mêmes. Or l'homme regarde toujours en avant ; sa nature l'y entraine, et le besoin de son esprit l'y porte. Il se retrouve donc avec plaisir dansles générations issues de lui et qui s'étendent devant lui ; il aperçoit en elles un développement de son être, un progrès, un avenir ; il s'y pose avec complaisance, et quand il se sent défaillir en

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