‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 124 sur 199 · PARTIE PRATIQUE. -^ CHAP. VI · texte numérisé non relu

PARTIE PRATIQUE. -^ CHAP. VI

doit domiiier la puissance pbysifue, et qui impose à rbraame et à la femme Tôbligation de purifier lear ooih science avant de s*Qnir. Lenr rappelant que leur umon doit être morale et non pas seulement charnelle^ elle t&* cbe de tempérer par des sentiments pieux le mouvement de Tesprit, TentAiliiement de l'initinct et Tardeur de la passion.

Kéducation est le second acte de la paternité, et le plus important; ear il nesnffil pas de mettre des enfants au Humde, il faut enoere les nourrir et les élever. La cause répond de ses effets, et e*est id que la conscienee paternelle est le ph» gravement engagée. Au père appartint snrtofut ce soin nouveau ; plus fort de corps et d'esfnrit, il est aussi plus capable de diriger Tenfant dans les pre^ miers développements de son intelligencci et de le plier à la discipline. II est moins susceptible de se laisser amallîr par la tendresse naturelle , et sa fermeté tourne an profit de Tordre et de là justice dans le gouveroement de la famille. Le père est intesti de la puissauce, et son devoir est de la conserver intacte et digne dans Fin* térêl des enfants^ plus encore que pour son propre honnem*. Bien de plus déplorable qœ l'absence d'autorité dans une famille. Là oii le gouvernement défaSle, Tanar-* diie se présenle/ le désodrdre régliez ks raj^orts ntiturete sont mtervertifi et k dissolution arrive.

Hais à Taetioii des parents doit correspondre la réaction de r enfant^ et le pouvoir serait sans effet, s'il n'était reconnu et obéi. Quand Tenfant se détourne de ses pa* renls ou s*o|q)ose à eux y il se déroba k leur soUieitade, à leor tendresse en même temps qu'à leur aotofiié. Alors

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il manque de direction morale, comme de soins matériels, el il compromet à la fois son existence physique et sa vie spirituelle. La soumission de l'enfant est donc son premier devoir, son unique devoir ; sa vertu principale est r obéissance. S* il repousse la parole de ses parents, s'il la juge et la critique, il la rend inutile pour lui, il se prive du bien qu'elle doit lui procurer, et en voulant se rendre indépendant , il s'expose à tons les niaux que peuvent lui attirer son ignorance, sa faiblesse et sa témérité. Or, l'homme est porté à obéir par deux motifs , l'amour et la crainte , qui mêlés et se tempérant l'on par l'autre, constituent le respect. L'enfant , qui respecte ses parents, est le seul qui soit vraiment obéissant. Il reconnaît leur autorité et s'y soumet; il la craint, et dans cette crainte est la garantie de sa subordination. Mais pour lui inspirer cette crainte salutaire, il faut par* fois le déploiement de la puissance paternelle, soutenue par la sévérité, et au besoin par la force. Cette puissance , comme tontes les puissances de ce monde , doit menacer pour être respectée. Elle doit maintenir par la contrainte et réprimer par la douleur les tendances rebelles delà volonté, tant l'homme d'aujourd'hui, tel que le péché Fa fait , a de peine à se ranger à l'ordre et à subir le joug de la M! H faut doue que le père sache être père; il faut qu'il park avec autorité et soit capable de sévir, quand la justice le deoaande. Malheur aux familles oà la dignité patemdie se d^irade ! En s*abaissaiit au niveau des enfants, aoos prétexte de les conduire par la douceur et comme il convient à des êtres raisonnaUes, elle dégénère «a liaison d'^ à égal , on familiarité in-

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conTenante on en disputes indécentes. Cette prétendue douorar des parents est de la lâcheté. Ils donnent des eonseils à leurs enfants ou tâchent de les persuader, parce qu'ils n'ont pas le courage de leur commander; et s'ils se font l^urs amis, c'est qu'ils n'ont point la force d'être leurs supérieurs. L'affaiblissement de la puissance paternelle est une des causes les plus actives de la disso* lution sociale. Quand le désordre est dans la famille, il passe bientôt dans l'État, et le gouvernement civil s'affai-» biit, à mesure que le régime paternel se relâche. C'est ce qu'on a Yu à la fin du dernier siècle. On avait tant prôné l'égalité de tous les hommes , que les supériorités natu^ relies ont paru elles-mêmes une usurpation, et les parents ont cm rentrer dans l'ordre en renonçant à leur autorité, comme les nobles à leurs titres. Puis quand la foi religieuse se perd , les hommes , se détournant de Dieu et l'oubliant, ne comprennent plus la dignité paffrnelle. Ils méconnaissent le caractère sacré que lui donne la délé'^ gation divine. Abandonnés à eux-mêmes, ils flottent alors entre les deux excès de la faiblesse et de la violence selon leur caractère, et la famille n'est plus gouvernée par la justice et la loi de Dieu^ mais par les caprices de la chair et la passion du moment. Alors aussi U de* voir des enfants n'est pas mieux rempli que celui des parents. La révolte, cachée ou déclarée, prend la place de l'obéissance ; le désir de l'indépendance s'exalte dès le plus bas-âge; la jeunesse , l'enfance même devient impatiente du frein de la discipline et de la loi. Quand on n'a pas appris à obéir dans la famille, il est difficile de s'y habi-^ taer dans la sodété, et la loi paraîtra toujours tyrannique

à cdtti qui n*a pas sa respecter la parole paternelle. La mauvaise éducation des enfants prépare les mauvais citoyens , et les désordres de la famille sont les préindes des troubles de l'État. Le législateur doit chercher par tous les mojend à raffermir le pouvoir paternel qoe nos dernières révolutions ont ébranlé ; mais c'est à la religion qu'il appartient surtout de reconstituer les bases de la famille, en inspirant aux parents et aux enfants la crainte de Dieu qui donne le sentiment du devoir, et qui porte si énergiquement à Taccomplir.

Cependant la piété filiale n'est pas seulement de la crainte , il est encore d'amour. La crainte seule fait des esclaves, et l'homme n'obéit librement, n'obéit pleinement que par amour. C'est l'amour qui établit le pre* mier lien entre les parents et les enfants ; la crainte le consolide en le resserrant , et en lui imposant un sceau supérieur, elle le rend respectable. La confiance doit se joindre à l'obéissance , et la confiance naît de l'amour.

Après avoir élevé les enfants, les parents doivent les établir dans le monde , ou du moins les mettre en voie pour s'y soutenir et s'y développer à leur tour. Ainsi se complette l'œuvre de la paternité. A ce moment l'enfant commence à vivre pour lui, comme le provin, qui a pris racine, se détache de la tige mère, comme l'oiseau quitte le nid ou l'aile matemdle, quand il peut pourvoir par lui-même à ses besoins. Pour l'homme la préparation est plus longue ; car il faut le rendre capable de discerner et de choisir ce qui convient au corps, à l'es* prit et à l'Ame. C'est le but de l'éducation qui doit toujours être relative à la condition des enfonts, et les metùre

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en mesare de trayailler ntUeinent au sein de la société. En gâiéral ceux-là réussissent le mieux , que le besoin force d'employer de bonne beure les talents qu'ils ont reçus de la nature. Le besoin est le plus vif aiguillon de l'esprit, de la Tolonté. Le talent et la nécessité, Toilà le meillear fonds pour commencer ea carrière dans le monde. Les hommes distingués sont toiqouis poussés par m[ie Tocation spéciale, et leurs parente ont en général pra i Caire pour déterminer leur avenir. Leur ligne se tnioe d*eUe-mênie^ il s'agît simplement de la suivi», et surtout de ne paa contrarier rinstinet de la nature et la motion delà Providence. H 7 a ici tant de vmriété en raison des caractères, des ecDditions rt des diconstaaces, qu'il est bien -^bifidle d'établir des rè^es générales. On peuteeulement poser en priadpe, que fétid^lissement des enfouis regarde les parents; que, dans leur soUieitadeà eet égfopà^ ils doivent eiutout s'attadier à reconnaitre la vocation de Fenfant ^ou ce à quoi il est le i^ns propre selon l'appel de la nature et de la Providence ; qn'il 7 aurait prévarication de leur part, crime de lèse-bumanité, à sacrifier Fenfent et son avenir à leur intérêt de gloire, d'orgueil pu de fortune ; et qu'enfin ils doivent dans le choix d'un état, d'un établissement pour leur fils ou leur fiUe, foire abn^tion d'eux-mêmes le plus qu'ils peuvent , et redierdier par*dessus tout ce que demande le bien-être véritable de leur enfent.

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Les obligations que le devoir filial impose^ varient avec la position respective des parents et des enfants. Tant que Ténfant est sous la conduite des parents^ il est dans leur dépendance et doit leur être soumis. Mais cette soumission ne va point jusqu'à la servitude y parce qu'il est une créature intelligente et libre. Quand il est devenu majeur, le devoir ne lui impose plus l'obéissance envers ses parents, mais seulement la déférence et l'honneur; et si l'âge , la maladie ou toute autre cause les met dans l'impossibilité de se suffire , il doit leur rendre ce qu'il en a reçu , non-seulement en leur fournissant les choses nécessaires au soutien de l'existehce, mais encore en faisant tout ce qu'il peut pour adoucir leurs maux^ et soulager leur vieillesse.

Il est difficile d'arrêter exactement les limites de la soumission filiale. Celles de rautorité paternelle sont plas claires, au moins en théorie ; car dans la pratique, par le mélange de Taffection natardie et des passions qui en ressortent, on est aisément entraîné dans Fexcès. Les parents doivent respecter dans Fenfant l'être libre et intelligent, la personne, qui ne doit jamais être traitée en esclave, ni comme une chose. L'enfant ne doit pas être employé par les parents en instrument passif de leurs

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YolontéB, pour lear intérêt, leor plaisir , ou sel^mleoiB caprices. Il convieQt qu'il les aide de soq traTaii et de ses moyens quand il le peut; mais il ne faut pas l'exploiter comme une propriété , et sacrifier son éducation morale et intellectuelle à l'avantage matériel de la famille. C'est donc une horrible prévarication des parents , que d*endiidner des enfants à une machine , comme il arrive au«jourd'hui dans la plupart des pays de fabrique, dès qu'ib peuvent enlever une bobine ou rattacher un fil; et de les épuiser nuit et jour à cette occupation mécanique, sans même leur laisser une heure pour l'instruction de leur esprit et lé bien de leur âme. L'enfant, dans ce cas, est traité en animal ; on use ses forces pour un misérable salaire , aux dépens de son véritable bien : on k laisse croupir dans l'ignorance, dans l'immoralité; on le dégrade en le rendant machine, et en vérité, devant Dieu et devant les hommes , ceux qui profitent de cette exploitation scandaleuse de Tenfance sont aussi eùor pables que les parents dénaturés qui s'y prêtent. Aussi les populations de ces contrées sont dévorées par tous les vices, et leur constitution physique est aussi triste que leur état moral. Les liens de la famille sont brisés de bonne heure par les exigences de la fabrique. L'enfant connaît moins son père que son maître ; il est privé tout le jour des caresses et des soins de sa mère. Son salaire le rend indépendant de ses parents, et en apprenant à se passer d'eux , il apprend aussi à mépriser leur autorité, et à les quitter quand ils le gênent. Ainsi les hommes sont dressés au plus vil égoïsme ; ils n'agissent et ne vivent que pour le lucre', et n'y aspirent que

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pour fiatisfaire les iqppëtits groBBÎers el suffire à la débauche. Cet abus se reiroaYe encore» qaoîqu'à uh moindfe degré et avec des consécpiences moios funestes, dans les gens de la campagne, qui » dès qu'on peut aller aux champs , retirent leurs enfants des écoles et les emploient toute la journée à leurs traYaux, en guise d'instruments ou de bètes de somme. L'instruction reçue pendant quelques mois de l'hiver est subitement arrêtée , et œ qui avait été posé dans la mémoire et dans l'esprit est bientôt oublié.

Si l'on doit respecter la dignité de l'être libre dans l'enfant I il faut aussi tenir compte de sa raison et de sa pensée. Les droits de rintdligenoe sont impreseriptibles; et bien que l'enfant doive se soumettre à la manière de voir des parents, et ne pas opposer son jugemoit au leur, cependant il est impossible de lui prescrire une obéissance purement passive, et une abn^ation totale de sa pensée. Les opinions ne «'imposent point par la violence; c'est une imnuNndité d'abuser de la btblesse de l'enfance, pour la roiqilir de pr^ugés, l'imprégner de croyances erronées et de dispositions mal veillantes, comme il arrive trop souvent dans les familles, même àlenr insu, quand des préventîoiiaks dominent on que des haines les séparent. Le grand art de l'éducation est d'exdter et de modàrer à la fois l'esprit de l'enfant, de manière à le développer dans tooles ses facultés, en le maintenant toujours dans les limites de la vérité et da bien. L'édncateur doit suimne l'esprit nonce i travers les phases sneoeasives de sa poiaée naissante, l'enoourageant et le rrtenant à propos, tolérant mtoe parfois des écarts

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