PARTIS PRATIQUE. — CHAP. VI
Le résultat naturel de Tautorilé et de raffection paternelles d'un côté^ de Tobéissanee et de la piété filiales de l'autre, outre l'honneur et la gloire des parents, outre la conservation des enfants, est encore la consolidation de la famille , la longue vie ou la durée de la race ; car, ainsi que les individus ne subsistent dans leur jeune âge que par leur attachement aux parents, les familles ne s'affermissent dans le temps qu'en gardant les mœurs et les traditions des ancêtres, en honorant leurs vertus et leur nom. C*est par cet enchaînement des générations d'une même lignée , s*appuyant l'une sur Tautre et toutes sur la souche dont elles proviennent, que cette souche passe d'âge en âge et déploie sa richesse sur la terre par une nombreuse postérité.
La vie se développe partout de la même manière, partout le raycanemeat sort d*ao point , se pose sacoesnvement , à certains intc^alks , et chaque pose fait an anneau de la chaîne : en sorte que la vie, émanée du prindpe , passe dans tous les degrés continns et intériearement attachés les nos aux antres. Une semence porte virtuellement en die une mnltitade de générations , elle les i^alise et les expose avec les années, et chaque généra-
418 PHItOSOPBIB MORâLB.
tion sortant de celle qui fa précédée et prodaisant celle qui la suit , elles se tiennent dans le temps , et forment une progression déterminée par la force vitale du foyer dont elles sont parties. C'est ce qui fait la yérité de la déduction logique^ qui développe comme la nature^ dont elle est le reflet dans la sphère de la pensée. Un principe ^tant donné ( et ce principe est formulé dans une proposition énonçant une idée ou une notion )^ Tesprit qui le comprend le féconde par son regard^ et alors an moyen de la raison commence le travail de T enfantement logique , par lequel toutes les conséquences sent amenées au Jour, chacune à son tour, se produisant les unes les autres, et toutes n^anifestant sous une forme nooyelle la vérité de la proposition mère. Chaque degré du raisonnement pose donc pour ainsi dire une génération logique. Taut que les propositions dérivent les unes des autres, et toutef^ de la première en se confondant avec la dernière, il y a dans Tensemble un ordre admirable, une union intime qui constitue la force et la stabiUté dtt résultat. Mais si les membres de la démonstration ne tiennent pas entre eux, s'ils se suivent sans s'unir, F évidence ne se transmet plus , et la vie commune n'existe pa».' Ce sont des propositions imÀée» , qm peuvent être vraies ehaenne en soi, mais qui ne forment piot mi tMi, une t«iîlé« Il en cbt ainsi des fwittles et des MtionsceiH sidévée» moratemedt^ Outee te lien physique du saag, il doit y ftYoîr raUre les^homaea un lien moral qui consobde le preorier^ C'est ce lien mevat qui fonde la fumMie ; ear ott ne voit peint qu'elle per^te cbea les mîmaux^ a^ qne les pdits sont élevées. La famille subaiMe par la partie
PARTIB PRATIQUE. — GHAP. VI. 419
morale de rhamanité ; e'est poorqaoi la meflleure gin rantie de sa dorée et de sa perpétuité est Taceomplissement exact des devoirs de ses membres. Alors s'établit one dooble cbaine : chaîne {diysiqae par la génératloa chamelle et la transmission de la vie organique ; chaîne morale par Fonion des volontés au moyen de 1* autorité et de Fi^éissanoe^ la vie morale de la famille se coauBunîquant par l'éducation, par l'exemple ^ par les tradi* tioDs. Chaque génération s'appuie moralement et phy-» siquement sur oelle qui la précède ; celle-là profite à lu fMs de la vitalité et de l'expérience de cdlcH^i» et avance sur le chemin qui lui a été frayé. L'une travaille avec le fonds que l'autre lui a laissé : elle exploite l'béri* tage moral des ancêtres , et s'il y a un bon esprit dana la race , si elle a été bénie , le développement s'accomplim heureusement et pleinement à travers les siècles- Ainsi s'établiasent sur la terre les familles nobles et prin* dères. L'homme y qui en doH être la souche, est investi de la vertu d'en haut : c'est le mystère de l'âeotien, e'est la bénédiction du Gîd>, tombant sur ceux que Dieu a choisis comme instruments de sa providence en ce monde, et pour Vy représenter plus spéciakmenL Aussi la race de cea hommes ne subsiste avec puk* sanee et honneur, que si les descendants resleot unis au principe de vie dont ils tirent leur force et leur nus* éoa; sinon elle d^nère, et disparait bientôt. Ce que le vulgaire appelle fatalité , bcmheur, heureuse ou mal*heureuse étoile, c'est la main de la Providence, qm ^pelle, élève, conduit, ou repousse, abaisse, disperse, sttivaiàt que la volonté humaine est fidèle ou rebelle à sa
4^ PHILOSOPHIE MeUALE.
T»lonté, cède ou résiste à son action. Là esl la raison dernière de Texaltation et de la chute des dynasties. Ainsi se forme la yéritable aristocratie ou la domination des meilleurs , c'est-à-dire des plus intelligents , des plus justes; des plus vertueux, qoi finissent toujours par deyenir les plus puissants et les plus' riches, surtout quand la probité devient héréditaire dans les familles avec le respect des meeurs et des traditions. La force ni l'argent ne fondent point les familles ; une aristocratie ne s'improvise pas ; elle s'établit et subsiste par un esprit particulier, qui s'impreigne dans le sang et se développe par l'éducation. 11 faut que les dispositions et les habitudes sâent un fond originaire et traditionnel , et pour cela une suite de générations est nécessaire , mais de générations enchaînées moralement, s'appuyant sur le même principe et marchant vers un même but. Or, cela n'est possible que si les parents se posent fortement dans les enfants par une autorité respectée et qui imprime pour ainsi dire une génération dans Tautre ; et en même temps il faut une réaction convenable à l'action paternelle ; il faut que l'obéissance corresponde à la puissance, et que la famiDe qui se forme, reçoive l'influence morale de la famille qui passe , pour la transmettre à son tour à celle qui va naître. Ainsi se développent les races à travers les siècles ; ainsi s'opère en elles et par elles un vrai progrès, qui pousse en avant par le mouvement naturel de la vie , toujours soutenu par le passé , et ne faisant qu'exposer à une puissance nouvelle et sous une autre forme ce qui est contenu dans la racine. Que si, aa contraire, chaque époque veut se rendre indépendante
PAETIE PRATIQUE. — GHAP. VI. 421
de celle qui précède , ref ase raotorité des ascendants , ne réagit point yers eux, et commence à elle-même son mouvement et son travail, elle n'a point de fondement dans le temps; elle est comme suspendue en 1* air, et ce qu'elle établit ne subsistera pas, d'abord parce que la base manque, et ensuite parce que la génération qui en sortira, imitant son exemple, se détachera à son tour et ne fera pas suite avec elle. Alors Texpérience des parents est perdue pour les enfants; l'individu vit pour lui, chacun cherche ses ressources en lui-même, parce qu'il ne croit qu'à lui. C'est la ruine de la famille, et par suite de la nation. Ainsi se justifie le précepte du Décalogae : Honore ton père et ta mère^ afin de vivre longuement sur la terre.... c'est-à-dire afin que ta race s'y propage et s'y consolide ; car le père vit aussi dans sa postérité ( Exode, ebap. XX, / 19).
L'autorité paternelle est une délégation et par conséquent une image de Tautorité divine^ la seule absolue et vraiment souveraine. Elle est surtout pour le bîen*être physique de Thomme et pour ses intérêts temporaires. Mais l'homme n'est pas seu-^ lement une créature physique ; il n'est point fait pour vivre uniquement par le corps et des choses qui s'y rapportent. Il est esprit et âme, et il doit vivre de la vie de l'esprit dans son esprit, de la vie de l'âme dans son âme. Il faut donc que cette vie soit excitée en lui par la parole et l'instruction ; II. 28
ii faut que Thonime spirituel soit engendré dans l'homme physique. De là une autre espèce de paternité.
Cette paternité plus pure, parce qu'elle est d'un ordre plus relevé , s'établit aussi par Faction et la réaction de deux termes dont l'un transmet la vie de l'esprit ou de l'âme, que l'autre reçoit, conçoit et s'assimile. Attention et confiance, docilité et soumission sont les conditions nécessaires pour que l'instruction profite, et ainsi l'amour et la crainte constituent le devoir principal du fils selon l'esprit; comme celui du fils selon la chair.
La paternité spiritaelle s'explique comme la paternité physique, parce qu'elle s'établit par les mêmes lois. Dans Yxm et l'autre cas, elle est la transmission de la vie à tel degré. Si Thomme n'était qu'un animal , il n'y aurait pour lai qu une génération organique ; mais , créature intelligente et libre, il doit encore vivre d'une vie intellectuelle, d'une vie morale; et pour cela , il fout qu'il soit engendré à la sphère intdligible, aa monde de Fâme, comme il Ta été an monde de la terre. Nolle part le développement n'est possible sans une inflaence prévalante, sans une action objective qui f erate. Dans Fordre matériel. Faction excitatrice s'appdle fécondation ; par elle les germes reçoivent tl fonçoivent la vie i^ysique. Vais dans l'homme orga-