‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 135 sur 199 · PARTIE PRATIQUE. — GHAP. VII · texte numérisé non relu

PARTIE PRATIQUE. — GHAP. VII

sol et du climat ; c'est un accident produit par les conditions de l'espace et du temps. A mesure que lart surmontera ces obstacles matériels par la rapidité et la multiplicité des communicaticms^ les peuples se rapprocheront ^ et ils finiront par se réunir, sinon dans une même société politique, au moins dans une association intellectuelle et morale, fruit d'une civilisation unifonne , et qui tendra à reconstituer Tunité du genre humain sur la terre.

La société cWile ne peut s'établir comme la sodété na-^ torelle ou la famille. Le pouvoir du père est posé par la nature même. Il n'en est point ainsi de la puissance d'un chef de nation , qui , n'ayant aucnn droit naturel de commander à ses semblables, ne le peut que par la force, ou en vertu de leur consentement. Il y a donc des conventions à l'origine de toute association politique, les volontés humaines ne pouvant s'accommoder autrement* Or, la fin de toute association est le bien de ceux qui la forment. L'intérêt commun est toujours Vidée fondamentale d'une société. Mais cet intérêt ne consiste pas seulement dans le bien-être matériel; les hommes n'entrent pas en société uniquement pour satisfaire plus sûrement et plus aisément leurs besoins physiques : ils ont encore des besoins intellectuels et moraux , et leur intérêt bien entei|du réclame les jouissances qui s'y rapportent.

La perfection des sociétés est en raison de ce qu'elles font pour le développement humain dans toutes ses di-

rections et surtout soas le rapport inteUectael et moral. Nous poovoDS leur attribuer plus de véritable valeur, les estimer et les honorer davantage à mesure qu'elles contribuent au progrès de Thumanité ; car en définitive une société n'existe point pour elle-même ; elle est le moyen d*nne fin supérieure , une partie dans un tout , un membre on un organe, dans un corps vivant. Il j a des peuples employés spécialement par la Providence, comme ins« truments de ses desseins sur les autres hommes et pour préparer ou pousser le monde vers un terme marqué. Ces peuples fonctionnent dans la vie de rhumanité comme des organes essentiels , comme les membres principaux. Tels furent autrefois les Grecs, les Romains, tel est dans le monde moderne le peuple français. Il y en a d'autres, dont la civilisation tourne au détriment de rhumanité, et semble empêcher son vrai progrès , comme ceux que l'égoïsme national domine et qui cherchent plus l'utilité que la justice. Cette mesure sert à apprécier les nations, leur législation, leur gouvernement, leurs institutions , toute leur civilisation. Ne perdons jamais de vue que le genre humain, un dans sa souche, reste solidaire dans son développement et doit revenir à l'anité dans sa consommation. Le mouvement de la civilisation , qui a poussé l'humanité à croître et à se multiplier sur la terre par la génération , la ramène sur elle-même par un acte contraire et porte les peuples et les individus à se réunir, quand une fois la science et l'art sont parvenus à les affranchir jusqu'à un certain point de l'espace et du temps. Les obstacles matériels , et les intérêts terrestres

Page 1