‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 138 sur 199 · PARTIE PRATIQUE. — GHAP. VU · texte numérisé non relu

PARTIE PRATIQUE. — GHAP. VU

être, lui rendant sans cesse d'immenses services , nonseulement sous le rapport matériel , mais surtout pour la fcK'fflation de son existence intellectuelle et morale. Quand il commence à entrer en commerce avec ses semblables par la parole, un monde nouveau s'ouvre deirant lui : monde d'idées, de pensées , de sentiments , que la société pose au dehors par le langage et où elle Tintrotroduit peu-à-peu par l'enseignement. La société doit rinstruction à tous ses membres, comme elle leur doit la garantie de l'existence, de la libei*té, de k propriété; car elle doit s'occuper des esprits encore plus que des corps. Elle la leur offre sous toutes les formes , à tous les degrés , suivant les besoins et les capacités : instruction élémentaire ou primaire pour les hommes des conditions inférieures, qui sont appelés à pourvoir par le travail des mains aux nécessités physiques de l'État; instruction scientifique et littéraire pour ceux qui se montrent capables des professions intellectuelles; instruction religieuse et morale pour tous, afin que les volontés de tous soient formées au bien. Chez tous les peuples bien organisés il y a des institutions publiques pour satisfaire aux besoins de rintelligence et de l'âme, et l'état social est plus avancé, à mesure que ces institutions sont plus efficaces , et répandent plus abondamment la lumière et le goût du bien dans toutes les classes. Ainsi se forme autour de chaque homme, vivant au sein de la société, une certaine atmosphère morale, qui est à sa vie spirituelle ce que l'air ambiant est à sa vie physique. Il y puise la lumière et l'air nécessaires à la nourriture de son intelligence ; il absorbe sans le savoir, par le langage, l'esprit de la civilisation , et

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il est formé et comme monlé par elle. Chaque individa reçoit tous ces bienfaits pendant les années de sa minorité, sans s*en douter : il ne connait d*abord que sa famille, intermédiaire obligé entre lui et la société, et c*est à ses parents qu'il rapporte primitivement sa reconnaisance et son amour. Après son émancipation, quand, devenu majeur au milieu de ses semblables , il se pose en personne libre et responsable , il commence seulement à comprendre ce qu'il doit à la patrie. Alors il éprouve le besoin de prendre un état dans le monde, c'est-à-dire de se livrer à une occupation qui, en lui donnant une position sociale et un but d'activité, le mette en mesure de faire quelque chose pour la société , et de contribuer à sa conservation et à son bien-être.

Tout homme , élevé par la société, a donc une dette à lui payer, et il ne peut s'acquitter qu'en coopérant au bien commun , en donnant à l'État qui lui a tant donné , en le servant comme il en a été servi. Il y a bien des manières de se rendre utile à la chose publique. L'artisan laborieux qui contribue à la production en gagnant son pain à la sueur de son front ^ le manufacturier qui met beaucoup de bras et de machines en mouvement, le fonctionnaire qui applique à l'administration son talent , sa science et son temps, le propriétaire qui, en exploitant sa terre avec intelligence ^ la rend plus féconde et répand l'abondance autour de lui : tous ces hommes , quoique animés par l'intérêt privé , conspirent cependant au but général, au bien de la société. Les meilleurs citoyens sont ceux qui se dévouent le plus à ce but supérieur : tous se doivent à l'État et peuvent le servir, les uns de leurs

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