PARTIE PRATIQUE. — CHAP. VII
bras et par les forces du corps . les autres de leur esprit et par Tapplication de lears facultés intellectuelles, d'autres enfin par l'enseignement de la yérité et par la dispensation de la parole de vie qui nourrit et féconde Tàme de la société. Ces traraux sont honorables y parce qu'ils sont utiles , et ils ont d'autant plus de prix , qu'ils pro» curent au pays ce qui lui est le plus nécessaire. II en est des professions comme des fonctions du corps ; la moindre a aussi son importance , et l'ensemble souffre , si elle est obligée ou mal remplie. Il n'y a point de petites choses dans la société, non plus que dans la nature : ou du moins ce sont les petites choses qui font les grandes , et il y a entre elles une solidarité continue.
Du reste^ il n'est pas absolument nécessaire d'exercer une profession spéciale pour accomplir son devoir envers la société , ou lui payer ce qui lui est d& ; on peut lui rendre des services importants sans cette condition. L'homme de science qui fait des découvertes et les publie; l'homme de goût j le littérateur ou le poète qui adoucit les mœurs parles inspirations du beau et l'expression juste et brillante du vrai; l'homme religieux, qui excite le désir de la vertu par sa parole , et les actions vertueuses par son exemple; l'homme charitable, le véritable philanthrope f qui s'occupe gratuitement de renseignement de la jeunesse en surveillant les écoles , des affaires communales, de celles de la paroisse, du sort des pauvres, des infirmes et de toutes les misères humaines , en prenant part à l'administration des hospices , selon l'esprit de l'Évangile : toutes ces personnes rendent des services à l'État, et des services d'autant plus méritoires, que leur
intérêt propre n y est point mêlé , et qa*en donnant leur peine et leur temps à la chose publique, ils n en retirent aucun profit pour eux-mêmes. Il y a là vertu civique et vertu chrétienne, patriotisme et charité, quand Tamour du bien commun est le motif principal de ces sacrifices.
Les devoirs envers la société sont plus nombreux et plus exigeants, à mesure qu'elle fait plus pour ses membres et qu'elle leur confère plus d'avantages. C'est ce qui caractérise les phases diverses de la vie politique. Quand les sociétés sont dans l'enfance y elles sont plus rapprochées de la famille, et leur gouvernement ressemble au régime paternel. L'État étant, comme la famille, concentré dans son chef, l'obéissance et, l'attachement; au Prince est le devoir principal du sujet, comme la soumission de Tenfant aux parents est sa vertu fondamentale. Dans les états de ce genre, les affections, les mœurs et la coutume ont plus de force que les lois, et en tiennent souvent lieu. Les droits ni les devoirs ne sont exactement déterminés.
Dés que les peuples acquièrent la conscience de leur force et de leur dignité, le régime paternel ne leur convient plus; l'émancipation devient néces-