PARTIE PRATIQUE. — CHAP. VII
saire. Alors Tétat social se fonde parj un contrat plus ou moins explicite , qui règle les droits et les devoirs des gouvernants et des gouvernés. L'intérêt de tous est proclamé la seule fin légitime de Tassociation. Chacun devant contribuer selcm ses moyens à la conservation et au bien de la communauté^ doit aussi participer aux avantages qu'elle procure y en raison des services qu'il lui rend. La loi y expression de l'intérêt général ^ doit être pour tous^ sans acception de personnes^ et le gouvernement en doit être l'application exacte, l'exécution complète. Telle est l'idée de l'institution politique, fondée par une libre association.
Dans le poiat de vue qui nous occupe, on peut distinguer deux espèces de sociétés politiques : celles qui sont à l'état d'enfance ou mineures , et celles qui sont devenues majeures et adultes. Le passage du premier état au second change complètement la constitution d'un peuple et sa manière d'être ; cette rénovation peut s'opérer lentement, par évolution, ou brusquement, par secousse, par révolution. La vie politique est tout autre dans l'un on l'autre cas , et elle prend des caractères différents , à mesure que la transformation s'accomplit. Les nations enfants sont constituées à peu près comme la famille, et leur gouvernement se rapproche beaucoup du régime paternel. Il en a la puissance et la force, souvent la sollicitude, quelquefois l'arbitraire. Il est excellent quand il est bon ; détestable, s'il est mauvais. Là, comme dans la II. 30
454 PHILOSOPHIE MCttAIX.
famille , Fantorité est ane , sans oontrôle , oa do moins saDs barrière extérieure. Elle est posée, ainâ que eelleda père, comme one image de Diea, qa elle repiésente et deyant lequel seul elle se reconnaît responsable. Les membres de la société y sont attachés presqu*ao8si naturellement que Fenfant à la maison paternelle. Leur état ci?il et politique n est point fixé d'une manitoe pré* dse ; ils n*ont pas plus de droits d^larés que Fenfiint mineur. Les personnes et les biens sont presque toojours a la disposition du prince : les sujets sont censés n'ayoir d'existence politique et de propriété que sous son bon plaisir et par sa munificence; ils ne penyent pas plus contracter politiquement que des mineurs ne le peuTCot civilement. C'est le tuteur qui agit toujours en leur nom : leur consentement n'est pas même demandé, parce qu'ils sont jugés incapables de le donner avec liberté et en connaissance de cause. L'État arec toute sa puissance est concentré dans son chef, qui peut dire justement, parce qae c'est l'expression de la réalité : L'État, c'est moi. Ce qui caractérise cette espèce de société , c'est donc : d'un côté un poûYoir absolu, c'est-à-dire, sans contrôle l^alde pt part des sujets ; et de l'autre l'absence complète de droits politiques ou à,e participation au gonyemement de la chose publique.
Il y a des parties du monde où l'on n'a guère yu qne des nations de ce genre ; en Asie par exemple , où ont existé les plus grandes monarchies. Cette organisation sociale , la pins simple de toutes , est fayorable à l'agrandissement et à la force ces peuples, par l'unité de l'autorité , et la facilité qu'elle a d'imposer et de se faire obéir.