‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 141 sur 199 · PARTIE PRATIQUE. — CHAP. VU · texte numérisé non relu

PARTIE PRATIQUE. — CHAP. VU

Une fois établi, le pouvoir monarchique éprouve peu de résistance à ses volontés; mais par cela même qu'il peut se laisser aller à Farbitraire et dégénérer en despotisme , il trouve souvent sa ruine dans ses propres excès, ou dans Fambition de ceux qu'il emploie. Les révolutions se réduisent, dans ce cas , à un changement de dynastie, sans que la forme du gouvernement ou le sort des peuples scit changé. C'est un mattre substitué à un autre, et la foule continue d'obéir. Les grandes nations de l'Orient v^ètent depuis l'origine du monde dans cette position, et elles ne paraissent point susceptibles d'être autrement gouvernées. Aussi la plupart ont passé sur la terre sans parvenir à l'âge adulte, et celles qui ont subsisté sont restées stationnaires sous le rapport politique , parce qu'elles ne sont point arrivées à la conscience d'elles-mêmes comme nations ; témoins l'ancienne Egypte , les Assyriens , les Hèdes , les Perses et de nos jours encore les Indes , la Chine, le Japon, la Turquie, et toutes les populations qui s'y rattachent. 11 n'y a de mouvement chez ces peuples que celui qui leur vient de l'Occident. Leur civilisation n'avance qu'en raison de leur communication avec l'Europe. Aussi craignent-ils , en général, cette communication, à cause de l'ébranlement qu'elle pourrait donner à la constitution de l'État, en modifiant les mœurs antiques et par llmporlation d'idées nouvelles, qui propageraient au sein de leur immobilité la turbulence européenne. Il est remarquable que l'Orient ait été dans tous les temps la terre du pouvoir absolu , que jamais des nations libres ne s'y sont formées , que le gouvernement paternel y a toujours prévalu; et qu'au contraire, à mesure qu'on

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S avance vers TOccident y T individualité de rhomme se détache au milieu de la société , les peuples se constituent avec le sentiment de leur force et la conscience de leur majorité. L'origine de la famille disparait peu à peu devant les gouvernements constitutionnels, et c'est aux extrémités de rOccident, dans F Amérique du nord, qu a été donné en ces derniers temps l'exemple unique d'un état formé de toutes pièces par une association libre , comme jadis à Tcxtrânité de TOrient avait été fondé le gouvernement d'un seul et le régime de famille. La liberté politique a commencé à s'établir sur la terre par les Grecs et les Romains. Là seulement , dans le monde païen , avant l'ère chrétienne, l'individu était compté pour quelque chose au sein de la société : là seulement il y avait pour le <îitoyen des droits politiques et une part à l'administration de la chose publique. Aussi le mot de république , r€$- :publica, n'avait de sens que chez eux. Il désigne déjà un état social , où les volontés et les forces de tous sont mises en commun pour le bien-être de l'ensemble et de chacun , et dont les citoyens sont intéressés à la chose publique , à laquelle ils coopèrent activement et dont ils partageront les avantages.

Dans le monde moderne les grandes monarchies, qui du reste ne sont point comparables à celles de l'Orient, ont été fondées d'une autre manière. Elles ont été presque toujours le résultat du triomphe de la civilisation sur la barbarie, de l'esprit sur la matière. Elles se sont établies sur les ruines de la féodalité qui , conformément aux mœurs barbares dont elle était le produit, ayant tout divisé , morcelé , isolé, tendait à empêcher la formation

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