PARTIE PRATIQUE. — CHAH. VII
de la nationalité et de Fesprit public. Trois causes principales concoururent à renverser la féodalité et en détruisirent les effets. La première est sans contredit Tiafluence du Christianisme et le pouvoir spirituel de Borne. L'Évangile adoucit les mœurs des conquérants du nord par la foi qu'il leur inspira ; il tempéra d'abord Fempire de la force et finit par en triompher ; il proclama le pre^ mier au milieu des maîtres et des esclaves les prindpes de la vraie liberté politique, l'égalité de tous les hommes devant Dieu. L'autorité des papes fut le seul frein qui pût maintenir la violence des chefs barbares ; elle devint la seule garantie de tous les droits , le soutien de la dignité humaine, le recours de la justice opprimée, le refuge de l'infortune. Elle fut aussi le centre , le lien entre tous les peuples de l'Europe devenus chrétiens ; elle seule put les faire marcher en unité dans plusieurs grandes occasions, par exemple dans les croisades dont l'effet immense a été non-seulement de sauver l'Europe de l'invasion de l'islamisme , mais encore de mettre en communication toutes les nations chrétiennes et de leur donner le pressentiment de leur force par leur union.
La seconde cause, qui fut merveilleusement aidée par les conséquences de la première , a été rindùslrie des commanes qui leur acquit la richesse , et par la richesse les privilèges, les franchises et finalement l'émancipation, commencement de la ruine féodale. Dans ces libertés obtenues à prix d'argent et marchandées à la violence et au despotisme appauvri , est l'origine du contrat social , par lequel le peuple , contractant publiquement avec le pouvoir, établira plus tard le gouvernement constitutionnel.
La troisième cause fut la royauté , qui s'attacha avec persévérance à soumettre les grands vassaux , et dont l'ambition, s'augmentant avec les siècles, finit par absor* ber toutes les puissances rivales et constitua de grandes monarchies. Alors seulement la barbarie fut définitiTement vaincue , et la civilisation marcha plus sûrement, plus rapidement, sous F égide d'un pouvoir fort et solidement établi. Des communications se formèrent entre les grands états. Le commerce prit de F extension , la richesse s'accumula , Taisance se répandit ; et les sciences et les arts, qui sont partout les instruments , en même temps que les premiers produits du développement intellectuel et moral , commencèrent à reprendre empire sur l'Europe et y firent succéder la lumière aux ténèbres. Ici encore on retrouve l'influence admirable de l'Eglise qui a contribué plus que toute autre puissance, par l'autorité de son chef et de ses évèques , par ses institutions et ses nombreuses corporations , à ramener la culture des lettres dans le monde , à en chasser lignorance et la barbarie.
Les communes, émancipées du pouvoir féodal qui les écrasait par le servage , durent rester quelque temps sous la tutelle de la puissance royale, pour se préparer à la vie politique et à la liberté de l'âge adulte. Elles grandirent peu à peu sous les noms de tiers-état, de peuple , de bourgeois , etc. et alors se formèrent des sociétés mixtes par un amalgame de tous les régimes sous lesquels les populations avaient passé, depuis les institutions gallo-romaines, et les coutumes des barbares, jusqu'aux maximes de liberté introduites par le christianisme et aux franchises accor-
PABTIfi PfiATIQUJS. — COÂP VII. 450
dées par les seigneurs et les rois. Au-dessus de tout planait la royauté, tantôt illimitée et toute-puissante, tantôt restreinte par quelques privilèges, mais pouvant toujours se débarrasser de ces entraves , quand elle le voulait. De li une grande confusion dans la législation et beaucoup d'incertitude dans le gouvernement, quand un homme de génie , roi ou ministre, ne le dirigeait pas. La société n'avançait alors qu'à coup d'hommes supérieurs , si Ton peut parler ainsi. Elle allait bien ou mal , à peu près comme la famille , en raison de la capacité ou de la vertu de son chef. Dans les grands états, et surtout en France , la puis* sance royale parvint à tout dominer, et le règne de Louis XIY en fut l'apogée. Il idéalisa, pour ainsi dire , la monarchie par la grandeur, la magnificence , et la gloire. L'État fut concentré dans sa personne comme la famille dans le père, et la volonté du prince étant posée comme la loi suprême, l'obéissance à cette volonté devint le devoir unique du sujet. De là l'identification de la patrie et du roi, de l'attachement au pays et du dévouement au souverain , ou plutôt le prince substitué à la patrie dans l'affection et l'admiration des peuples; le patriotisme ne fut plus qu'une question de personnes, de dynastie, d'afitections particulières, d'honneur de famille , et aux yeux de beaucoup , de ceux-là surtout qui approchaient du trône et participaient à ses bienfaits, ce qu'on doit au pays s'effaça devant l'hommage rendu au sou* verain. Cette espèce d'idolâtrie pour la personne du roi amena de tristes divisions, de cruelles incertitudes et des erreurs déplorables, quand s'opéra la scission entre
d da sang
ir icgiBe ftÊand étant
chef et dr «s amiiives , le
▼onfait sortir de
■e pevreiit s'établir a k conscience de sa qs cjks lui donnent :
h période de Tenfanoe, jtm on moins tempéré. Les Tont poiHl sMJiilcBMMt de Fétat sauvage oo bsrlnR à rairriatina fibie. la civilisation d<Ht les j préparer longMcjit, et e*esl dans la funille et par an gooTcncaent analogoe à cdoi qid la régit, que s*opère cette pv^antioD. L'association libreest la perfection de r^at tvnËtif et on ne prat s'y âerer en. commençant. Aussi resj^ication que certainsphilosophes nous donnent de rinstîtatioii prîmitiTe de la société par on contrat , est ooe pore utopie, toot-à-lait contraire à la marche de la nature humaine. H font déjà qœ les hommes soient trèséelairés ponr soupçonner même la possibilité d'an contrat social, et aroir la conscience des droits dont il suppose la garantie. Qu'il en ait été ainsi à la fondation de telle société dont rhistoire nous a conserré l'origine , cela est possible ; mais dans ce cas les hommes qui se sont réunis en contractant , étaient déjà civilisés ; ils avaient participé au mouvement et au progrès de la vie sociale , ils savaient par expérience ce qu'ils cherchaient en s'associant : ce qui n'arrivera jamais à des peuplades sauvages , à des tribus