‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 149 sur 199 · PARTIE PRATIQUE. — GHAP. VU · texte numérisé non relu

PARTIE PRATIQUE. — GHAP. VU

titationels sont dans une situation favorable et commode. Quand il s*agit de faire la loi, bien qa'ils aient le pouvoir de la proposition et du veto, ils peuvent cependant se rejeter en grande partie snr les chambres, qui s'occupent surtout de la l^ialation. Une fois la loi établie, leur ligne est tracée, et à toutes les sollicitations, à toutes les influences des intérêts privés , ils peuvent opposer la loi dont ils sont les agents responsables , que leur devoir est d*exécuter strictement. L'important pour le pouvoir est donc d'obtenir des lois qui lui conviennent, et c est pourquoi il ne peut se maintenir et gouverner sans avoir la majorité dans la législature. De là tant d'efforts pour la conquérir et tous les abus qui s'ensuivent À regarder lesdioses an fond il y a beaucoup de fiction dans tout cela, et même beaucoup de déceptions ; car en définitive si le gouvernement a la majorité , et il ne peut subsister sans elle , il fait voter par sa majorité les lois dont il a besoin , et ensuite il se dit lié par la loi qu'il a dictée. Il est donc lié par lui-même, en d'autres termes il ne fait le plus souvent que ce qu il veut. Il est vrai que cette majorité n'est pas toujours facile à gagner ni à garder, et de là ce qu'il 7 a de moins honorable dans cette espèce de gouverne* ment , et ce qui contribue le plus à le fausser en lui-même et à le discréditer aux yeux des peuples. Puis en allant plus loin , si la législature, par une majorité vendue ou séduite, ne répond plus au besoin ou à l'opinion delà société , le combat s'établit par la presse entre les chambres et le peuple ; l'opposition devient nationale , et elle n'a point de repos qu'elle n'arrive à son tour au pouvoir, en renversant le ministère ou même en détruisant le gonver-

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nement Le premier cas est , dit-on > constitutionnel ; le second est une révolution. Dans Tun et lautre il y a de graves inconvénients. La société, sous un tel régime , est {duft que jamais un état de guerre organisé.

Quant à la question de la résiistance légitime à Tautorité y elle est bien difficile à résoudre dans la pratique ; car un pareil acte peut avoir d'immenses conséquences , et il est impossible de prévoir d'abord jusqu'où ira une résolution de ce genre. En théorie, et selon la stricte équité, il est incontestable que, si la loi est ouvertement violée , s il y a abus de pouvoir , si les conditions du pacte social sont foulées aux pieds et les droits du citoyen méconnus, il n'est plus tenu d*obéîr, et ainsi la résistance passive est permise. On pourra, par exemple, refuser de payer un impôt non consenti par les chambres , ne pas obtempérer à l'ordre d'un magistrat illégalement donné , repousser un ag^t du pouvoir qui veut pénétrer dans votre domicile sans l'acoompliâsement des formalités légales. On doit même aller en théorie jusqu'à reconnaître aux noiaiidataires du peuple le droit de refuser les subsides , puisque la discussion et la délibératidn entraînent la possibilité da non comme du oui, et qu'au fond les députés des communes sont les juges de T^pportunité et de la légitimité de l'impôt. Cependant, comme le budget est la condition vitale de l'administration , 1a chambre ne peut le rejeter absolument et entièrement sans absurdité; car eiie ne peut pas vouloir la ruine de FÉtat, même quand elle voudrait celle du gouvernement. Sa réâstance doit donc se borner à des amendements et à des retranchements. Aller plus loin serait une révolution. Tout cela 3iK>ntre qu'il n'y

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a rien d*abM>lu dans le goavernement des choses bimiaînes ; que la pratiqpie est toujours bien loin de la théorie et qu'on en reste le pins soaYent à Ta peu près, surtout dans les gouirernements représentatifs où il 7 a pins de fictions et d'illusions que dans. tons les antres. Un bon citoyen qui aime sincèrement son pays , et veut pardessus tout le bien publie, y regardera donc à deux fois , à cent fois, avant de résister en face à l'autorité légale ; il épuisera toutes les représentations, tous les moyens d'accommodement avant de se résoudre à une lutte ouverte, et cela non^seulement dans son intérêt propre, toujours plus ou moins compromis par les chances du combat où il s'engagerait , mais aussi et principalement à cause de la chose publique qui est en péril , toutes les fois que la société , divisée en elle-même , est aux prises avec ses membres. Aiwi commencent les ré- Tolutioiis, et on ne sait jamais à leur début comment elles finiront.

Comme la société ne s'occupe pas uniquement du bien-être physique de ses niembres, mais encore de leur développement intellectuel et moral; de même le citoyen ne doit pas seulement contribuer de son corps et de ses biens à la conservation et à la pt!Qspérité matéridile de la société ; il doit encore coopérer autant qu'il est en lui à son perfectionnement moral et à sa gloire par tout ce. qui peut la rendre meilleure^ plu$ éclairée , plus civilisée ; il doit aussî^ en foce des autres peuples, maintenir

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l'honneur et l'indépendance du pays. 11 sied aussi mal à un citoyen de dénigrer sa patrie^ ou de souf* frir qu'on la rabaisse en sa présence^ qu'à un fils de dévoiler les faiblesses de ses parents , ou de les laisser outrager devant lui.

11 y a bien des manières de contribaer au perfectionnement et à la gloire de la société. La principale et qui est à la portée de tous, c'est la conduite régulière et honorable des particuliers, la moralité des citoyens. Quand il y a de bonnes mœurs dans le peuple, quand le plus grand nombre travaille, accomplit ses devoirs et vit dans Tordre , TEtat ne peut manquer de prospérer et de se consolider. Par là il acquerra une véritable gloire, moins brillante que celle des conquêtes ou de la magnificence des arts, mais plus durable, parce qu'elle est toute morale, et que, tournant à l'avantage de tous , elle ne porte ombrage ni préjudice à personne. C'est à cette espèce de gloire que les natiws doivent aspirer aujourd'hui. Puis quand on descend dans les détails , on trouve toutes sortes de moyens par lesquels les bons citoyens peuvent se rendre utiles à leur pays : moyens religieux et moraux, scientifiques et littéraires, artistiques , industriels , commerciaux , etc. Ainsi celui qui a institué cet ordre admirable de femmes qui se dévouent à soulager les plus grandes misères de la société dans les bôpitaux et ailleurs, celui-là, s'il n'était pas un saint, serait certainonent encore un grand citoyen ; car en travaillant pour lé del, il a aussi bi^i mérité de la patrie. 11 en est de même de la fondation et du soin de tous les établissements de

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