‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 152 sur 199 · Partie pratique. — chap. vu. 4î)I · texte numérisé non relu

Partie pratique. — chap. vu. 4î)I

c'esl qiie nous devons nous aimer lés uns les au^ très comme il nous a aimés^ et à cette fin nous 8up<* porter mutuellement , rendre le bien pour le mal^ et renoncer à notre intérêt et à nous-mêmes pour le bien de tous. Le patriotisme le plus pur ne va point jusque là. En outre la charité chrétienne, qui est Tamour étendu à tous les hommes, corrige lé caractère égoïstîque et toujours plus ou moins exclusif de Tamour national. On peut donc affirmer, qu'un vrai chrétien sera toujours et partout un bon citoyen.

Le dix- huitième s^le, qui s'est appelé le siècle de la philosophie et des lumières , a été à plasieors égards une époque de préjugés et d'erreurs bien plus funestes que les excès contre lesquels il s'est élevé. Il a remplacé les abus qu'on a faits de la religion et de la foi par les dé» bordements de la raison humaine, qai s'égare nécessairement, quand, voulant se suffire à die même, elle re* fuse l'autorité et la lumière d'en haut. Ainsi il a nié tont ce qui échappe à la prise des sens, tout ce qui résiste aux explications rationnelles, et ee qu'il n'a pu nier à cause de l'évidence, il l'a calomnié et dénaturé. Son esprit mé^ chant et moqueur, autant qu'étroit et subtil, s'est surtout exercé contre le christianisme, lui a dénié successivement tous ses avantages, toutes ses gloires, tousses bienfaits. Il a même été jusqu'à reprocher à la religion tous les maux soufferts par l'humanité depuis dix-huit siècles , faisant refluer sur elle les guerres, les discordai , les ca-

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lumités, le sang versé, tous les crimes qui souillent les pages de Thistoire moderne. Il lui a reproché sortout de laToriser tous les genres de tyrannie ; et Boosseau a soutenu à la fin du Cloutrat spcial, qu'une république de chrétiens était ^impossible. Le philosophe de Genèye a moptré par cette assertion qu'il ne comprenait pas la doctrine chrétienne. }^a religion de Jésus-Christ çst si pei| favorable à Toppression , qu'au contraire elle a afEranr chi }e monde dans le temps comme pour l'éternité , et que la véritable liberté des nations n'a été connue et réa-r lisée sur la terre que depuis la promulgation de l'ÉvanT gile. En effet le principe de cette Uberté inconnue aux anciens, qui fondaient la leur sur l'esclavage, n'est-ce pas l'égalité de tous les citoyens devant la loi ? Pour contracter ensemble librement, ne faut-il pas être égaux an moins en ce qui fait l'objet du contrat ; et des hommes libres peuven1>-ils pactiser avec des esclaves? Or qui a annoncé an monde cette sainte égalité de tous les hotor mes, auxquels Dieu a donné la même nature , la même loi et la même fin, et qu'il jugera, suivant leurs œuvres et leurs mérites ; comme dans un état bien constitué toos les citoyens soumis à la même loi doivent participer aux bénéfices et aqx charges en raison de leur position, de leur capacité et de leur travail ? C'est la parole de Jésasr Chri^, et là seulement où cette parole s'est établie et règne, l'esprit de la vraie liberté s'est implanté et se développe. A mesure que cette parole est mieux comprise et plus fidèlement pratiquée, à mesure que Dieu est mieux connu, aimé et servi , les hommes deviennent justes, hamains, se respectent , s'aiment davantage les uns les aar

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ires ; et les wciété» étJairées , honnêtes et libres, se perfectionnent comme les individus. Voilà ce que propre r histoire, f histoire interrogée impartialement ilans les résultats ^éranx de la dvillsaticHi , et non d'après quelques observations partiales et intâressées. D'ailleurs, quand même les faits eussent été contraires au principe , le principe n'en est pas moins dans la doctrine chrétienne ; et c'est elle qui l'a introduit dans le monde; car elle a dit la première : Il n'y a plus de maître ni d'esclave, de grec ni de barbare , il ne doit plus y avoir que des enfants de Dieu par Jésus-Christ. Et, chose admirable! les apôtres du christianisme, en proclamant la parole libératrice, n'ont point pour cela brisé violemment les chaînes ; ils n'ont point excité les esclaves à la révolte, les peuples à l'insurrection ; ils les ont au contraire exhortés à l'obéissance et à la patience , jusqu'à ce que le temps de Taffranchissement fût arrivé. C'est pourquoi le monde moderne, au milieu de ses vicissitudes , a prâenté une marche non interrompue de libérations, depuis l'abolition de l'esclavage, l'extinction du servage, les frandiises accordées aux communes, l'élévation du tiers-état, jusqu'à l'interdiction de la traite des noirs et leur émancipation qui nous occupe encoreanjourd'hui. Le principe chrétien de r^aUté devant Dieu et devant la loi a dû germer d'abord dans le terrein inculte de l'Europe, puis se développer graduellement au milieu des peuples barbares, fleurir quand ils ont fleuri , et donner ses fruits quand les peuples eux-mêmes ont été mArs. Malheureusement rien ne se fait dans le monde sans opposition , ni sans lutte, )e bien, moins qu'autre chose, et l'arbre de la liberté, qi|i /

] est Farbre de la Croix, ii*a pu croitre qu^arrosë de beaucoup de saDg. Le cbrUtianisine n'est point coupable de ce sang ; il ftiut le renvoyer aux passions humaines.

Si le christianisme est vraiment libéral dans son essence, dans ses principes, il ne Test pas moins dans sa tendance, et rien ne accorde mieux avec le patriotisme que son esprit : esprit de désintéressement , de dévouement s'il en fut jamais , et qui joint au respect de la loi et au sentiment de la justice la crainte de Dieu et Famour des hommes. On entend dire tous les jours que nous périssons par Tégoïsme, quun état où chacun ne voit et ne cherche que son intérêt ne peut subsister, et que l'unique remèdeà ladissolutiou, qui nous menace, est d'inspirer aux citoyens du désintéressement, ou au moins assez de vertu pour subordonner leur iutérèt privé à l'intérêt pubUc. Où prendrez «vous le motif de oe d^intéressement, et quelle base donnerez^vous à la verta civique que vous réclamez? Le cœur de l'homme, abandonné à lui-même et sans foi à une loi supérieure, ne connaît qu'une chose, n'aime qu'une chose, lui-même. Naturellement et par réflexion , il se préfère à tons , se met au^essus de tout ; et voilà justement ce qui pervertit l'individu et corrompt la société. La parole évaogélique a osé dire à l'homme, à une époque où il était plus démoralisé que jamais , où les passions le gouvernaient sans partage, et le précipitaient dans toutes les ignominies ; Renonce au monde et à toi-même , et suis moi. Celui qui a commandé ce renoncement sublime en a le premier donné l'exemple; ses apêtresTont prêché jusqu'aux extrémités de la terre , et dans toutes les par-

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