‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 165 sur 199 · PARTIR PRATIQUE. — OHAP. VIII · texte numérisé non relu

PARTIR PRATIQUE. — OHAP. VIII

Le mariage impliquant une donation réciproque de rhomme et de la femme , ne peut être légitimement contracté qu'entre deux personnes à la fois : car d'un côté, on ne peut donner ce qui ne vous appartient plus, et de l'autre il y aurait injustice que plusieurs se donnassent à un seul, un seul ne pouvant se donner tout entier^à plusieurs. La polygamie simultanée est donc contraire à Tordre du mariage. Elle dégrade l'un des deux sexes , et en effet elle n'existe légalement que là où un sexe, réputé d'une nature inférieure à l'autre, est traité en esclave ou comme une chose. La polygamie est préjudiciable à la famille et à la société; elle est un signe de brutalité et d'ignorance. Le despotisme en est ordinairement la suite. La monogamie au contraire est une conséquence du progrès de la civilisation. Elle indique la prépondérance du moral sur le physique.

Outre que la polygamie est une injustice, parce qu elle détruit r égalité de nature entre les sexes, les droits et la dignité de Fun étant sacrifiés à l'intérêt ou à la sensualité de l'autre , elle est encore contraire à la fin du mariage , qui est la fondation de la famille , Téducation des enfants et le perfectionnement moral des époux. Avec la polygamie , il n'y a point de mariage véritable; car les éléments II. 35

d'un contrat valable et d'un engagement mutuel ne s'y trouvent point : savoir, deux êtres raisonnables , en possession de leur liberté et de leurs personnes, et se donnant Vun à Tautre volontairement et avec conscience. La femme devient une propriété de l'homme, et comme il n'a pas besoin du consentement de celle-ci pour en jouir, il est évident qu'elle n'est ni dans la condition , ni dans la dignité de l'union conjugale. Il n'y a point de lien moral. Le cœur et l'esprit n'y sont pour rien , ou , s'ils y prennent quelque part , c'est pour relever l'attrait sensuel ; ils devi^nent les auxiliaires de la chair et sont employés indignement à en augmenter les jouissances. Aussi la polygamie n'est en usage que chez les peuples grossiers, où la vie des sens domine. Elle entraine une autre indignité, qui révolte la nature autant que la conscience. Après avoir dégradé la femme , elle mutile l'homme pour en faire le gardien sûr de ses plaisirs.

Là où il n'y a point de mariage , il n'existe pas de famille. La polygamie la tue dans sa racine , qui est l'union volontaire des époux, leur affection réciproque et l'accomplissement d'un devoir commun. Le père n'a plus de la paternité que la fonction d'engendrer. Alors point de lien spirituel entre le père , la mère et les enfants , point d'éducation et d'instruction du premier Age, qui est abandonné aux soins des esclaves ; point de gouvernement intelligent et moral dans la maison ; point de maison, dans le sens moral de ce mot. Un homme suffit à peine à la direction d'une seule famille , à une mère et à ses enfants : qu'est-ce donc de plusieurs familles , et comment pourvoir à leurs exigences et accorder leurs rivalités? On emt

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pècbe les luttes par la violenoe , et les yanités soot main* tenues par le niveau de l'oppression. L'ignorance et la dégradation des parents se transmettent aux enfants , et les nations, qui vivent sans se perfectionner par la moralité ni par la science , végètent immobiles, parce qae l'humanité, avilie à sa source , n'a plus ni force ni vertu pour s'élever et s'amélicMrer. Ensevelie dans la jouissance de la chair, elle n'a plus conscience de sa haute nature , elle perd le goût et la capacité des choses de l'esimt.

Ainsi, en détruisant la famille, la polygamie mine l'État. Quand le mariage n'est point un contrat libre, la société civile ne peut être qu'une aggrégation formée ou maintenue par la violence , et dont la volonté du plus fort est la loi. La nation sortant de la famille participe à ses qualités et à ses vices , et le despotisme grossier du père se reproduit dans le chef de l'État. Bn effet , si la mère est chose, les enfants suivent sa condition. Ils nais* sent donc esclaves ou à peu près , le père les regarde aussi comme sa chose et les traite en conséquence. Or , le souverain est le père de son peuple, il le possède donc parle droit naturel de la paternité ; il a sur ses sujets le droit de vie et <le mort , il peut disposer à son gré de leurs per«sonnes ; et les biens tenant à l'individu comme l'accessoire au principal, il est mattre des propriétés comme des personnes ; ou plutôt il est l'unique propriétaire , et aucun ne vit, ne jouit et n'agit qu'avec sa peroùssion et sous son bon plaisir.

Chez presque tons les peuples barbares la polygamie est en usage; elle disparait à mesure que la vie in-

telleetueUe et morale prend le dessus. Cest ee qui est arrivé dans le monde moderne , jusqu'à ce que l'esprit de rÉvangile Teût transformé. Les peuples barbares, en devenant chrétiens, ont conservé long-temps encore une partie de leurs mœurs et de leurs coutumes; car on ne change pas les hommes subitement, il faut des siècles pour dégrossir et civiliser une nation. L'Église , ministre de Dieu sur la terre pour relever , diriger et sauver l'humanité , pleine de douceur parce qu'elle est pleine de force , et patiente parce qu'elle est éternelle, a toléré beaucoup d'abus qu'dle ne pouvait tout d'abord ni empêcher ni changer. Prenant toujours les hommes où ils en sont, elle commence par leur faire sentir et reconnaître le mal , et elle les porte ensuite à l'éviter et à s'améliorer, les traitant suivant leur faiblesse et n'exigeant à chaque degré que ce qu'ils peuvent. Ainsi s'est accompli par la douceur et une patience sans mesure ce que l'empressement et la rigueur n'eussent jamais produit. Ainsi ont été moralisées et christianisées les plus sauvages populations. Ceux qui ont reproché à l'Église sa condescendance , l'ont jugée légèrement , avec les opinions et les préventions de notre époque, et sans une connaissance suffisante des hommes et des choses. Elle a au contraire agi avec une extrême sagesse , avec une immense charité, se faisant toute à tous, pour les gagner tous à Jésus-Christ. En proclamant l'égalité des hommes devant Dieu, elle avait posé la base d'une nouvelle politique , elle avait fondé la liberté moderne. En déclarant la femme l'égale de l'homme, elle a réformé la vie domestique, elle a donné à la famille son vrai fon-

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dément, l'engageineot réciproque des deux parties. Elle a ramené le mariage à la monogamie, conséquence nécessaire dn contrat libre , et , par cette réhabilitation de la femme, elle a relcTé à la fois la famille , l'État et le genre humain.

L'indissolubilité du mariage est une consë* quence de sa nature. Un contrat ne peut être équitablement résilié par ceux qui l'ont formé , qu a la condition du rétablissement des personnes et des choses dans leur état antérieur, ou au moins d'une réparation équivalente. Or l'un et l'autre est impossible dans le cas du mariage. En outre, le mariage est un contrat qui engage des tiers, dont l'intervention est toujours prévue, les enfants. Enfin c'est aussi un acte religieux par lequel les deux parties sont liées devant Dieu témoin et garant de leurs promesses. La répudiation et le divorce sont donc contraires à la nature du mariage, et par conséquent à la saine morale et au bon ordre de la société.

Il ne fant pas seulement apprécier le divorce par ses conséquences, mais en lui-même, et par comparaison avec la nature du mariage. Quand on ne considère la chose que par le dehors et selon les circonstances , on trouve beaucoup à dire pour et contre , et , après de longues discussions , on n'arrive point à une solution dé* cisive ; on s'embarrasse au contraire à mesure que les rai*

80D8 ne multiplient et se neutralisent. Hais si, l'idée du mariage étant posée nettement, on montre que le divorce lui est essentiellement opposé , la cpiestion est déciéée par le simple rapprochement des termes , et , quels que soient les motifs allégués en sa faveur ou pour l'exeuser, le divorce n'en reste pas moins oonvaincu d'immoralité , puisque, rompant la loi du mariage, il consomme une injustice, sous le rapport naturel, eivil, itforal et relîgieox. n blesse l'ordre de la nature : ctor il dissout l'unioa de la famille , nécessaire à la Gooservation des enfants ^ dont l'éducation est longue et difficile. Il prive les enfants des secours combinés de leurs parent» , et de plus il aonuUe la partie de l'existence des époux, employée jusque là dans une cBuvre commune , la rendant stérik et même embarrassante pour l'avenir. Sous le rapport civil , il y a dommage pour l'un ou l'autre, quelquefois pour tous deux ; car la compensation ou la réparation est impossible. Qui rendra à la femme sa jeunesse, ses charmes et son innocence? En supposant même le consentement libre des parties, l'injustice n'en serait pas moins réelle; car, dans ce cas, on se résigne à un moindre mal pour en éviter un plus grand , et , dans la division de la communauté, il y aura toujours quelqu'un de lésé , toujours une vietime. Le plus grand détriment retombe sur les enfants , dont les droits sont nécessairement violés , contre k veeti de ta nature et de la loi qui les réserve. Prenez tous les arrangements que vous voudrez , vous ne referez lloint aux enfants la famille que la nature leur avait donnés. U y à des choses qui ne se remplacent point La léhSivilBi qui autorise le divorce , dépouille donc

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