PAETIS PRATIQUE. — CHAP. IX
qui amènerait inévitabieinent la dissolation de la Bodétéi si elle pouvait durer.
I/eaprit de famille, aveuglé par la passion on animé par Tégoîsme, devient encore par une autre voie on instrument d'injustice, de désordre et souvent de crime. Il peut transmettre le mal comme le bien , les haines comme ks affedions , et ce mal et ces haines , multi* plies par Faecumulation des passions antérieures qu'ils ont excitées, s'implantent avec le sang et s'enfoncent de bonne heure dans le cœur des enfants. lia ils deviennent comme une seconde nature et produisent un in* stinct funeste, qui tend aveuglément à la ruine de ceux qui en sont l'objet. La conscience en est obscurcie, fans* sée , parce que ces mauvaises passions , léguées souvent par les ancêtres, avec toute l'autorité d'une dernière volonté, ont aux yeux de leurs descendants quelque chose de sacré , qui confond et identifie dans leur esprit le crime et le devoir. De là des vengeances atroces, la soif du sang d'un ennemi, et d'épouvantables forfaits que les lois et les gouvernements sont souvent impuissants à empêcher et à punir. L'influence de la religion peut seule extirper du fond des cœurs la racine de ce mal, ou le neutraliser par la vertu surnaturelle de la charité.
Enfin un des abus de l'esprit de famiUe, est la partialité envers les siens contre la justice et au mépris des droits des autres. C'est l'écueil ordinaire du pouvoir. L'homme puissant qui distribue les emplois, manie la fortune publique, est vivement tenté de ce côté , soit par les instances et Tavidité de ses proches , soit par le désir
d'exalter sa famille. On s élève en éleyant les siens, on se fortifie par le pouvoir qu on leur donne. On s'entoure de positions secondaires pour soutenir la sienne , et ainsi on ^t porté à sacrifier Téquité et le mérite à des vues de grandeur et d'intérêt personnels; car l'égoisme de la famille se ramène en définitive au moi décelai qui en est le chef. Quand ce vice devient général dans les dépositaires du pouvoir , l'administration s'affaiblit et se déconsidère à la fois, et les populations perdent le respect de l'autorité , qui parait les exploiter dans un intérêt privé. Alors les liens entre les gouvernants et les gouvernés se relâchent; il n'y a plus entre eux ni affection ni confiance , et il ne faut qu'un choc pour briser la machine politique et rompre Tunité sociale^ Tête sont en général les résultats de l'esprit de famille poussé à c^ excès y qu'on appelle népotisme.
Dans la famille sont compris ceux qui la servent, les gens de la maison {domestici). De là une nouvelle relation qui produit de nouveaux devoirs, ceux des serviteurs et des maîtres. Le serviteur donne son temps, ses forcés, son travail : il use sa vie au service de son maître. Celui-ci lui doit en retour salaire et protection. En rigoureuse justice, c'est un contrat de louage, mais de louage d'hommes, qui, malgré leur position inférieure,
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ont toujours le droit d'être traités en homiùes. Ici stiiioiit te conscieBoe religieuse > la charité et raffeetièo doivent adouoîr et eomplél^ la striete équité. Il faut que les serviteurs partîâpeht, suivant leur degré, aux senttmenis et à ïesptit de la famille po«r la servir avec adle; et cela ne peut afrriver que si les maîtres s intéressent à leur sort, et pourvoient diaritabkment à tous leurs besoins.
Ceux qui saryeuî. la famttle en foat nécessw-ement partie.. lU sont méilés à sa vie de tous les jours; ils voient tout ce qui s'y |^am, prennent part à ce qui s'y fait; leur secours est nécessaire dsns les çir^onstaqces les ^us graves* Il M peijt guère y avoir de m^stèw pour ms^ et ainsi,. soi vant leurs dispositions et leurs al£ectioi^ ce sont 4es aides très^uiiies o^ des ^nemis Men dm^ gfsreux. La manière d'être des serviteurs a une grande infliiefiee sur Tétat de la fauàiUe , sons le rapport éçpxkottuwple d'abord, à cause de la confiance que Ifujurs fonctionsr réclament et dont ils peuvent abuser au détriment de la fortune et du bon ordre de la maispp ; puî^ sons k raj^fMMTt jnoria, parce qu ils sorties auxiliaires obligés des pareûls,poer soigner et élever les.enfants. Trop souvent le père ou la mère , absierbés par les affaires ou entirateés par les plaisirs du mpnde,, laissent les enfants en bas^âgs ai^ soios^es, domestiques, et leur rei> mettent Ja. tâche pénible et .difficile ^'ii^ devraient remplir eusHuémes. Quand on pense qm presque tous iefteufimMdss Conditions élevées ou aisées vivent dabord avec les nerviteurs de la maison, qu'ils apprennent à "• 36
parkr dans les bras d'une nourrice ou d aoe terrante ignorantes , et qu avec ce premier langage ib reçoÎTent les premiers sentiments, les premières coiioe|itHHis , les idées fondamentales, les dispositions primîtiTes, d'où résultent des penchants, des inclinations, des préTentîons, des préjugés qui déterminent la direction de leur ^ie et influent sur toute leur existence, alors on comprend l'immense importance des bons serviteurs, rôsplissant consciencieusement leur devoir, et vraiment déyoués aux intérêts et au bonheur de la famille. Mais il n'y a de bons serviteurs que là où il y a de bons maîtres. Dans toot rapport l'initiative appartient au terme supérieur. Le mattre forme le serviteur, comme les parents forment l'enfant, comme le professeur fait le disciple^ Si entre ceux qui servent et ceux qui sont servis il n'existe qaooe relation de stricte justice, une équité de contrat ou de cooTcntion, l'intérêt seul présidera au rapport, déterminaDt les services d'un côté , le salaire de l'autre ; et le mattre en atira tout juste pour son argent , parce qu'il donne lui-même le moins qu'il peut pour le service exigé. Ce sera donc une affaire de commerce, un échange de marchandises » oii chacun tâche de prendre le plus et de donner le moins , ce qui excite toujours jusqu'à on cer« tain point la ruse et la mauvaise foi. Le service devient tout*à-fait mercenaire , et même , en supposant qa*il se fasse équitablement, on n'y sentira point le cœur , l'affection, l'attachement. Il sera dur, sec, parcimonieux, comme tout ce qui se vend , et on n*y pourra jamais compter avec sûreté, parce qu'il est au plus offrant. Les maitres de leur côté , n'ayant aucune relation affectueuse