‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 171 sur 199 · PARTIE PRATIQUE. — CHAP. IX · texte numérisé non relu

PARTIE PRATIQUE. — CHAP. IX

ayec ceux qui les servent , croient ayoir tout fait en les noarnssant et les payant. Cependant c'est la moindre de 4ears obligations. Les supérieurs répondent jusqu'à un certain point de la conduite des inférieurs ; et leur responsabilité, dépassant les besoins de l'existence physique, s'étend jusqu'aux besoins intellectuels et moraux de leurs serviteurs. Ceux-ci ont une âme, une intelligenoe comme les maîtres. Ce sont des hommes comme eux , ayant une même nature , une même fin , issus du même père qui est au ciel , et participant à Tamour du même Dieu. La justice ne suffit donc pas entre les midtres et les serviteurs ; il faut encore l'humanité , et plus que l'humanité , la charité. La foi chrétienne peut seule la produire ; car l'Évangile seul nous apprend à aimer, comme Dieu même. Cest la parole de Jésus- Christ qui nous a révélé que tous les hommes sont ^aux devant Dieu, parce qu'ils sont tous ses enfants , et qu'ainsi dans quelque position extérieure qu'ils se trouvent les uns en face des autres, puissants ou faibles , grands ou petits, riches ou pauvres , ils doivent se traiter en frères, et compenser ou réparer par l'abondance de la charité les in^alités des conditions et de la fortune.

Le traitement charitable des serviteurs, s'il n'était le devoir des maîtres , serait encore leur intérêt bien entendu : car l'amour excite Tamour, et Ton ne sert bien que celui qu'on aime. L'affection obtient plus que la violence , et le cœur ouvert et touché par de bons procédés donne volontiers et au double ce qu'il refuserait ou disputerait à Texigence et à la dur^. La domesticité, sans

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attachement momi, n'^ê^t plus qa'«nt louage d'hoôUMs, ^e la néeéssité dû service uott h la (asnffle et que fioté* Mt en sépare. G*est une apposition eonthitielle dans fîntérlenr de la maison , e'est tm ennemi an milita da <eanp, etvn ennemi d'autant plas dangerenx qn'on ne peatse passer de son assiistance. Dans ee oas , les ser?iteitrs ne sont point réellement de ta fanriHe, quoiqu'ils hfedntent avec elle ; car ils ne participent point à ses seMimeate m ft son esprit 'j ils ne sympathisent point atêc elle , il» n>n âtrèndent ni lès intérêt», ni Thonneur. iienr a^i^dilé an tonfraire est ëontinnelfemènt excitée par Taisanèe ou la richesse die leikrs patres, et la pensée ^e tônft «da Ik>nrrait leur appartenir bomme à è*iiuftre», qol n'oiit souvent que le n^érite d*aVOir été pltiS he«reax , excite dans leur ccenr la eupidit^, la eonvéitise et fimvie.

Totlà ce qui arrive inévitablement dans lai famille' entre les maîtres et les serviteurs , quand la foi teligienae né pénètre pas leurs relations y et que la eharité, afihibHe on refroidie , ne vivifie point raecompH^ment de leni« devoirs réciproques. La èonseience est duMie, farnsée par régolsme, là jostice est bientôt -surmontée par Fintérèt, et il n'y a plus que des moi opposés, se mesurant pour se combattre au lieu de chercher à s*unir : les uns sont fbrfs, iicbfes , puissants ; tes 'autres, ftitl>Ies, pauv^es^ misérables; et tous, remplis d'eux-mêmes et rapportant toat à ëùx , n'ont' pour règle qoe l'instinct -grossier cNilà prudence du calcul. Ainsi vont lés dtoses, qnemd elles se font uniquement par le désir du gain et pour de Fargeat. Aujourd'hui les famiUes et ia société ne mardtent gnère autrement. ILe luxe est le mobile général, et la vnnité seok

PARTI!» PEATIQ€I. *^ CHÂP. IX. &^

égale 1b ottpidité. Leftxdomestiqaes te regardent oomUe d89 employés qtit< donswt leur temps et leur savoir** Aire poiir«»i|fâttemeat; ild tt^spectent leur iiialbr&€fl y tleMieiit M propôvlMMi de^ pe qu'il paie. Leur èuseeptiliUitë est M rsisofl 4e lèw soltîM el 4e leur Igaorance* Hfl soof firaflt à pehio qn'(m les reprenne ou qu'on leseu^ soigne;- le moindre blAme leur est insupporieMè ; la sàr^ YC^nanee les irrité, et ils sont toojoim^ prèbs à qnHter ht fiiaiSM. C'est Fo&tltiÂioii en moi dens sa forme la pins gmsiâèie. De flOftIanrs oi trouTO peu de ee» braises gens d*ntttapifcâs^ qoi, après avoir nourri ou éloTë les enfants^ ne poqiPiâMt s'en eépaner, et afttachaiënt^kars jiffeeiions et leur éeatinée as maître qu'ils atatant tb nattre ; en sorte qne, à ohoque génération de la famillo , se flunuA en flièaie temps* utie'générattM:de$ervit8nrsyqai'£ao^ eo«ipngn«lit:sc|r la t&ttt f et trouvait aà^, tsinbean lè où toute SB -^k) elte' avait trouwésa.osnriAtuDè. Bn detelf sernteors â-y a^ait de la oonsdencè et^de la M y «bs kt tmdMse et dn déyouenlMt;^ ilBélaîsnfc.vântdde^ menir membres de k fianUlo^ pt le» itaatttee s'y âtta* cjmleist à leur tour eomme k leurs parents ou à lento enfimliv MidnMnant en* ne^ peut plus s'attcd4re à rien «to semMsIAe , alnon par etoeption. Les servitenfs ne sont f lus g«ère dévoués à lents maîtres. Ih né se tnau^ vent bien mille part , l'Inquiétude qui agite le siàde les tonrmente aus^. Une eondltioa durable les eaMûe; ils idmeiÉt à-ehaiiger pour v^ du nouveau, on dans l'es*poir dfun plut ^and profit ; et^ quand l'âge les rend moins propres au service , ili!^ tombent dans la misère et souvent dans la d^adation. Il faut dire aussi que la constitatioii

actuelle de la société et la législation concourent à ce mal. Les lois qui règlent les successions ont une grande influence sur la stabilité et la durée des familles. Quand les biens se transmettent presque int^ralement à l'ainé par des majorats, des substitutions ou d'autres institutions de ce genre , il reste toujours dans un lieu fixe nue famille centrale autour de laquelle se groupe le r^te, et là aussi les serviteurs sont sûrs de trouver un asile dans leurs vieux jours, ou quand les maladies les auront mis hors de service. Ils passent à Théritier prindpal avec les iumieu-^ Mes ; ils deviennent une partie du patrimoiue , par les services qu'ils rendent et par les charges qu'ils imposent Mais si à chaque succession le lien central de la&mille se dissout, si la fortune sans cesse divisée va toujours se dis^ séminant, alors il n'y a (dus ni fixité ni durée ; ta lichesse ne s*accumule plus sur le sol et n'est point garantie pour l'avenir. A diaqne succession tout est remis en question, tout est à recommencer, et les serviteurs se renouTcllent conune le reste. Il y a aujourd'hui peu de familles où les domestiques vieillissent , et il est encne plus rare de les voir passer d'une génération è^rantre. De là un plus grand nombre de pauvres» surtout parmi les vieillards, et la société a dû pourvoir sons une autre forme à leurs besoins. Ce que les familles donnaient jadis à leurs vieux serviteurs, l'asile et le pain de la TieiOesse, les h^itaux le fournissent maintenant; et il faut le dire, depuis que la charité les administre , ils ont été singulièrement améliorés. Mais , quelque bien que le pauvre puisse être dans ces hôtels de la misère, il n'y sora jamais comme au sein de l'antique famille dont il partageait k

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