PARTIS PRATIQUS. — CHAP. IX
ioa¥«Dt on verrait le moi ressortir sous les plus beaux semblants de rabuégation et du sacrifice. L*arbre se montre par ses fruits , et, comme la concupîsoeuce de la chair préside à T union des parents, les produits de la gé* nération qui eo provient doivent être marqués du carac* tère de leur cause, et ce qui a dominé dans le rapport des époux doit aussi prévaloir dans la liaison des parents avec les enfants. Tout cela est donc très-naturel, et celui qui connaît les raisons des choses s étonnerait qu'il en fût autreme9t.
Ce qui distingue Tamitié , au contraire » c est le désir sincère du véritable bien de la personne aimée. On Faime en esprit et en vérité, et alors l'esprit domine dans l'u-^ mon des cœurs et la vérité y préside. Aussi la parole de vérité est le signe infaillible d'une amitié pure, qui a le courage de la dire et celui de lentendre.
L'amitié ne peut exister qu'entre des âmes nobles, gé^ néreuses et capables de dévouement. Elle a été très-rare dans le monde païen. Quand les âmes étaient toutes rem*^ plies des choses de la terre et sous le joug des éléments inférieurs, il leur était difficile de s'unir profondément, et elles n'avaient point de motif suffisant pour se renoncer et se dévouer au bien d'une autre. Hais depuis que rÉvangile a rapproché les hommes , depuis qu'un Médiateur leur a été donné pour les réunir à Dieu et entre eux par un sacrifice immense, fruit de Tamour infini qui leur a appris à aimer sans retour et jusqu'à donner sa vie. Ta* mitié est devenue facile au cœur vraiment chrétien, et rhistoire du christianisme en fournit mille exemples. Car, en ceci comme en toutes choses, l'esprit de Jésus- II. 37
Christ transfigure ce qu*il touche et l'élève à sa plus haute puissance. L'amitié chrétienne n'est plus seulement une affection humaine; c'est l'union des âmes, dégagée par l'abnégation de tout ce qu'elles ont de personnel , purifiée par la piété , et se confondant presque avec la charité. « On reconnaîtra que vous êtes mes disciples , a dit le » Maître ^ si vous vous aimez les uns les autres ; » et les Gentils disaient des premiers Chrétiens avec admiration : « VoyeE comme ils s'aiment ! » C'est qu'en effet , la foi -^n la parole divine est la source unique du véritable amour, de cet amour universel, étemel, que Jésus- Christ est venu apporter à la terre et pour lequel il n'y a plus ni Juif ni Gentil , ni Grec ni Barbare, ni libre ni esclave, ni homme ni femme. Jésus nommait ses disciples ses amis , les amis de Dieu , et il nous a tous appelée à a pure amitié, à l'unité de l'amour, par la participation à la même foi et à la même espérance.