‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 178 sur 199 · PARTIE PRATIQUE. — GHAP. X · texte numérisé non relu

PARTIE PRATIQUE. — GHAP. X

rompre violemment l'unicé de l'existence humaine ; c'est y en brisant un rapport essentiel à la vitelité^ chasser avant le temps rame, du corps auquM elle est unie pour se développer en ce monde. Détruire le corps, c'^st donc arrêter le dëveloppement de l ame^ c'est Tempècher de remplir sa destinée sur la terre, c'est entraver, autant qu'il est humainement possible, l'accomplissement de la volonté providentielle sur un homme. L'homicide est donc à la fois une injustice à l'égard de l'homme et une opposition flagrante à la volonté de Dieu.

Nous sommes tellement - constitués que notre âme, le principe subjectif de notre personnalité, attachée parla vie à un corps matériel , ne peut se développer qu au moyen de ce corps , et par Texcitation des choses sen* sibles; en sorte qu'il y a une double condition pour le maintien de Texistence humaine ^ le rapport de l'àmt avec le corps, et la relation du corps avec le monde où il est placé. Notre exist<mce ici-bas ne commence et ne se soutient que par cette double communiciitipn. Suivant Tordre providentiel qui amène chaque homme sur cette terre, et Vj conserve pour une fin marquée, et. en rai* son de k constitution physique dont il a été doué par la nature, l'homme qui n abuse point de son organisiade et l'entretient convenablement doit vivre un temps déterminé , jusqu'à ce que les forces manquent par la dé* faillance de la vitalité et l'épuisement des organes* Ainsi

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8*aniène la mort naturelle. Le but de cette existence est le déploiement de l'àme et de ses facultés : la yie de chacun a été bien employée , quand il s'est approché de ce but, eu raison des moyens qui lui ont été donnés. Car notre existence doit avoir une destination pour avoir on sens , et elle est aussi précieuse comme moyen de cette destination , qu'elle serait misérable si elle était sa fin à elle-même.

Celui qui contribue à abréger la \ie de son semblable, prend sur lui une immense responsabilité, dont il devra porter les conséquences et qui pèsera long-temps sur sa tète. Tuer un homme, c'est, par une violence grave, détruire un rapport essentiel de l'organisme et rendre le corps incapable de continuer ses fonctions nécessaires à l'exercice de la vie. Le lien de l'âme et du corps est rompu avant le temps. Les organes, dont le système est troublé, ne pouvant plus réagir, ni au dedans ni au dehors , ni vers le principe subjectif de la vitalité d'où ils tirent leur énergie, ni vers les choses physiques qui les stimulent et les nourrissent, l'organisme se dissout, et l'être psychique en est séparé violemment, prématurément ef sans avoir pu accomplir sa destinée ici-bas. Le plan de la Providence alors est arrêté, suspendu, contrarié. Pour cette âme commence un nouvel ordre de choses partant de la volonté perverse d'une créature, et en définitive du principe du mal , qui se sert des crimes des hommes pour entraver et combattre les desseins de Dieu. Ici la raison humaine se perd dans un profond mystère ; elle ne peut prévoir et supputer toutes les suites de ce dérangement

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de la destinée hamaine pour celai qui en est la victime, pour le meurtrier qui en est l'auteur. Ce qui doit la rassurer et Teffrayer tout ensemble, c*est que Fun et l'autre restent toujours sous la main de Dieu, que sa justice inévitable les suit, et qu'ils recevront tôt oo tard en raison de leur mérite et de leurs œuvres.

Quand 1* homme a tué par devoir, comme le soldat sur le champ de bataille , ou en se défendant , comme celui qu'on attaque , sa volonté est dans ces cas Tins-' trament de la justice ; il est à couvert et ne répond de rien. Mais si son bras a été mu par la passion, s'il a voulu la mort de son semblable, s'il Ta méditée dans son intérêt , c'est à lui aussi qu'en reviennent les suites effroyables , et le sang retombe sur sa tète avec l'acte criminel qui Ta versé. C'est un affreux malheur, que d'être chargé du sang de son semblable. Non-seulement la pensée du meurtre nous inspire une horreur instinctive parce que la mort est toujours cruelle à la nature, mais de plus, quand il est accompli, il excite une terreur toute particulière , qui retentit en échos prolongés dans la conscience, et trouble encore Tàme, dans son intérieur le plus secret, long-temps après la consommation du crime. On n'étouffe jamais entièrement la voix du sang : elle se réveille menaçante, et elle crie jusqu'au jour de la réparation.

La loi qui défend l'homicide, défend aussi tout ce qui tend directement ou indirectement à nuire

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an tOÊfSf » le bleater oa à le mutiler, les voies de fait y les mlcnecSy les maa^ais traitements, tout ^Mis que rbomme pmt bire de son organisme ou de ses forces contre les autres ou contre lui-même; car rinteidîction àt l'homicide s'applique à nous, comme à nos sembbbles , Thomme n'étant pas plus te maître on le propriétaire de sa TÎe que de celle des autres. Il Ta reçue du Créateur comme un moyen et pour une certaine fin; il la doit à celui qui la lui a donnée et qui lui en demandera compte. Le suicide est donc une injustice; car celui qui s'ôte la Tie dispose de ce qui ne lui appartient pas. Il est déplus une absurdité, parce qu'en aucun cas il n'améliore la position qu'il change.

La défense de rhomieide s'applique à Fattentat sur les autres et sur nous-mêmes. Il De nous est pas plus p^mis de nous taer , que de tuer notre semblable : il y a injustice des deux eôtés. Mais, dans le suicide, Tinjusiice ne tombe point sur celui qui est tué. L'obligation de se conserver n est point fondée sur un devoir envers soi-mâme. Ou dit : Je me dois à m<H-mèroe de conserver mon existence, car la \ie est un bien, et la nature me porte à aimer ce qui est bon. £t si la vie me semble un mal? Si je la trouve pénible et mauvaise? La loi de chaque être est de chercher son bien et de fuir son mal. Je raccomplirai donc en me débarrassant d*une existence qui me pèse , en cherchant une destruction qui me sera un soulagement. Si mon plaisir, ou mon intérêt ^ est le seul motif moral qui m'attadie à la vie,

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et m'impose le devoir de la gacder, je ne la garderai, œrtaÎDement, qu'autant qu'elle me convieadra, et je m'en déehargerai comme d'un lardeau , quand je la trouverai trop lourde. Il est impossible de tirer de là aucune loi obligatoire eontre le suicide : car, dans l'hypothèse morale où Ihomme s'oblige et se doit à lui'-mème , il peut se d^ger et se débarrasser quand bon lui semble. Oui, le suitidie est une grande injustice, mais ce n'est poiat envers nous-mêmes ; c'est euvers celui qui nous a donné la vie et les moyens de vivre , qui nous a assigné une destination , eu nous fournisscmt les instruments néeessaires pour TaccompUr , et qui nous demandera compte an jour de ce qu'il nous a donné. Il n'y a point d'^et sans cause dans l'univers, et comment prétendrai t^n que le lait le plus admirable de la création , Ihomme; fût quelque chose de fortuit ? Un être doué d'intelligence et de liberté , ne peut avoir été produit que par un être libre et intelligent, par conséquent avec defrsdn f dans une certaine vue , et pour une fin. De là sort la loi de l'existence humaine ; et cette loi régulatrice de sa destinée et ainsi de toutes ses actions , l'homme doit tâcher de la reconnaître et de l'observer toujours. Si d(mc il est ici-bas par ordre supérieur, chargé d'une rais^ sion , ayant autorité pour la remplir , et devant fonctionner dans le vaste plan du Créateur, qui daigne l'employa comme son coopérateur et l'a enrichi , à ce titre et pour ce but , de facultés éminentes , il est évident que l'individii coupable d'un suicide trouUe l'ordre providentiel, manque à ce que la sagesse divine veut de lui , et, en dé-

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finitlTe, dispose de ce qui ne loi appartient pas, poisqa'il ne s*est rien donné de ce qa'il a. L'homme n*a donc pas plus le droit de briser son existence que celle des autres. En se tuant il se rend coupable envers Dieu , dont il yiole la propriété et le droit suprême ^ puis envers la société, qu'il prive d'un de ses membres , et envers tous les in* dividus qui attendaient de cette existence leur propre subsistance, un appui, des secours, des consolations, tels que des parents, une femme, des eufants , des amis , des malheureux.

IjC suicide en outre est une absurdité, et cela sous deux points de vue. Un être raisonnable nagit point sans motif , et , dans les déterminations de sa liberté, il y a toujours une pensée , un désir qui le décide. Quel peut être le désir, la pensée de celui qui médite le suicide P Sans doute, c'est d'échapper à sa situatioa présente , qui lui semble insupportable ; c'est de fuir une douleur, un mal , ce qui implique l'espérance d'un état meilleur ou d'un bien contraire au mal qu'il yeut ériter. Or, a-t*il quelques données qui puissent justifier cette espérance, motiver ce désir? Sait-il donc le moins du monde ce qui l'attend de l'autre côté de la vie ? Comment le saurait-il? Dans le désespoir où son âme est tombée , la foi religieuse lui manque, et cette foi seule peut donner à l'homme la conviction de son avenir au-delà da tombeau. S'il avait encore de la foi, ou si la foi avait quelque empire sur lui, il ne songerait point à se détruire. Jamais on ne verra un homme pieux , un vrai chrétien se donner la mort. La foi en Jésus-Christ inspire toujours le courage

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