PARTIE PRATIQUK. — CHAP. X
dant, même dans ce cas, le droit est toujours eu raison du besoin, et s'il est possible de se préserver antr^nent qu'en prenant la vie de son semblable, on le doit. C'est ce qu'on ne peut décider qu'au moment, et cdui-là seul qui est engagé dans le péril, en est juge. La guerre entre les peuples est comme les luttes des particuliers ; la nécessité seule la rend légitime. Elle n'est autorisée que pour la défense, ce qui suppose toujours l'injustice d'un côté. Une nation doit maintenir son existence, comme un individu. Elle est chargée de prot^er elle*méme son territoire , son indépendance et ses droits, puisqu'il n'y a point de tribunal pour juger entre die et son agresseur. De là la guerre; car si dans les différends internationaux on ne parvient point à s'entendre , si la négociation ne peut dissiper les ombrages et terminer les difficultés, il ne restie que la yoie dfss armes, qui entraîne le meurtre et Teffusion du sang. Les peuples en collision , n'ayant personne pour décider entre eux , semblent en appeler par la guerre au jugement de Dieu qui viendra en aide au bon droit, et donnera gain de cause à la justice« Ainsi se comprenait le combat singulier au moyen* âge. La guerre est aussi , dans l'opinion populaire , une espèce de jugement de Dieu par l'épreuve du combat ; car la conscience publique est toujours portée à croire, que Dieu ne laissera pas succomber l'innocent, ni triompher le coupable. Cette conviction , juste au fond , ne semble pas toujours confirmée par les événements , ou du moins ne se réalise point comme nous l'entendons ; car les' desseins de la Providence surpassent notre raison , et la bopne cause rjéussit souyent par les moyens qui
nous semMent propres à la perdre. Non certes , INea n'abandonne jamais le juste. Sa fayenr est pour le bon droit, mais il ne la manifeste pas toajonrs par les voies et dans le moment que noos le Tondrions. Il y a plus ; l'homme juste semMe quelquefois en oe monde plus malheureux que le coupable. Les saints ont toujours beauooup à souffrir, sinon pour leurs propres fautes, au moins pour celles des autres et pour Texpiation commune. Qui fut plus innocent , plus pur que le Christ? et qui a été plus persécuté, plus outragé, qui a plus souffert? Le bonheur et le malheur, tel que les hommes l'entendent, le succès et le i:eTers du moment, ne prouTent donc rien pour la justice oH l'iniquité. Les desseins providentiels vont lentement, mais sûrement, et il faut attendre la fin pour les juger.
Si la guerre n'est permise que pour la défense, le meurtre n'est permis que pour cette fin. Hors de là il re^ détient crime, et, quoiqu'il puisse être excusé dans le désordre inséparable des combats, il n'en est pas moins coupable aux yeux de la morale , quand il est inutile. De là dérivent les applications du droit des gens à l'état de guerre, et les règles d'humanité et d'équité qui doivent y (»résider. Il n'est point permis de tuer un ennemi désarmé, qui ne peut ^us compromettre notre existence. Il n'est point permis d'égorger les vieillards, les femmes et les enfants qni ne prennent point part au combat. On doit, autant qu'il est possibie, respecter les temples , les monuments publics, les hôpitaux, les mafeons religieuses, tout ce qui sert aux sciences , aux lettres, aux arts, à la eivilisatton ; car ces choses sont communes à tous les