‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 184 sur 199 · PARTIS PRATIQUE. — CHAP. X · texte numérisé non relu

PARTIS PRATIQUE. — CHAP. X

jusqu'à quand il est permis de tuer un ennemi. L'émeute vaincue est encore menaçante ; elle gronde et s'agite dans lonibre, même après que la lutte a cessé au dehors. Les passions sont irritées, enflammées : le danger cesse par degré, mais peut recommencer à tout instant, et la dialenr du combat anime encore les esprits. Dans ces crises terribles, quelques individus, échappés au glaive du com^ bat, tombent ordinairement sous celui de la justice et paient de leur sang les commotions qu'ils ont excitées. Ces exécutions , qui ont toujours quelque chose d'odieux, même quand elles sont méritées, ne pouvant être justifiées que par le danger du pays , doivent suivre immédiatement la défaite des rebelles, afin qu'elles paraisftent plus nécessaires et plus justes. Différer semble cruel, parce que le danger n'étant plus imminent, la uécesûté est moins évidente. Les séditieux ressemblent alors à des prisonniers de guerre , protégés par le droit des gens , dès qu'ils sont désarmés. Quant aux conspirations et aux complots qui n'ont pas eu an commencement d'exécution , si le gouvernement parvient à les découvrir et à les déconcerter, s'il peut saisir les coupables, le plus souvent il lui est inutile de les tuer pour se défendre ; il peut les mettre hors d'état de lui nuire par la séquestra* tion ou k bannissement, La peine de mort , appliquée aux délits de ce genre , révolte jusqu'à un certain point la sensibilité publique et jette de l'intérêt snr les coupables. Le peuple les plaint souvent, plus qu'il ne déteste leur faute : sa sympathie .est pour ceux que la loi frappe, ce qui est un malheur ; car le respect de la loi et de l'autorité en est affaibli. £n politique il faut tâcher

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de n avoir jamais contre soi les soitîiiients d*hiiiiiaiiité, si natords aa oœor des hommes, et qai, blessés oa refoulés dans les masses , produisent la torible réaction de l'indignation populaire.

Dans les attentats privés , la sodâé pent évidemment se défendre et protéger les particuliers sans immoler les coupables. Sans doute, ce qui blesse un de ses membres la blesse, et attenter à la vie d'un citoyen, c'est contribuer indirectement à renverser l'État. Hais alors, comme en définitive tout crime reflue sur la cbose publique et la compromet plus ou moins , il faudrait punir de mort la plupart des délits. La plupart des publicistes qui ont traité de la peine de mort, ne nous semblât pas s'être élevés assez haut. Cherchant la solution de la question dans des motifs purements humains , ils ont donné des raisons contradictoires , qui se neutralisent et produisent le doute. Nous en sommes encore là aujourd'hui , au moins en théorie, après tant de discussions où tous les arguments semblent avoir été mis en avant : nouvelle preuve que la raison humaine , réduite à dle-mème , esX impuissante à décider ces hautes questions, parce qu'elle manque de principe !

On a dit, que la société a droit de prendre ses sûretés, et de retrancher de son sein celui qui menace son existence. Oui , sans doute , sauf les cas où elle peut se garantir autrement. La peine capitale n'est juste que si elle est moralement nécessaire. Avec un tel argument, on arriverait à légitimer les lois des suspects, les mesures de salut public , les meurtres de 93 , les horreurs de la ConvenUon et de la Terreur. S'il suffit qu'un homme paraisse

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