‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 186 sur 199 · PARTIE PRATIQUE. — CHAP. X · texte numérisé non relu

PARTIE PRATIQUE. — CHAP. X

mule la calpabilité , et quelquefois le criminel demeure impuni parce que le seul châtiment qui lui soit applicable est hors de proportion avec son crime.

Ce n est point en son nom, ni pour son intérêt , que la société a droit dlnfliger la mort à l'un de ses membres ; car l'état n'est pas plus le maître de la vie des hommes qu'un particulier, et il n'est aucun intérêt de ce monde qui puisse prévaloir contre le sang humain. Si donc la société a ce droit terrible, il faut qu'elle le tienne de plus haut, de Celui-là seul qui est le maître de la vie et de la mort.

La société est une personne morale, comme l'individu.

A ce titre elle a d'autres besoins , d'autres intérêts, d'au-»

très fonctions qu'un être physique ; le besoin de sa oon*

servation et de son bien matériel n'est pas tout pour elle.

De même que I homme ne vit pas seulement dans et

pour son corps, et qu'outre sa vie physique et ce qui s'y

rapporte, il a encore une vie morale, par laquelle il est

rinstrument de la Providence pour l'établissement de son

règne sur la terre; ainsi la société est instituée pour

fonder et maintenir Tordre parmi les hommes, pour y faire

régner Téquité, pour contribuer de tout son pouvoir à œ

que force reste à la loi , au milieu de l'opposition des to-

lontés et du tumulte des passions humaines. Si la société

est une association utile soos le rapport du bien-être

physique, elle est encore une institution morale pour le

perfectionnement de T humanité et l'accomplissement des

desseins de Dieu sur elle. La puissance dont elle est in*

vestie et son gouvernement ont pour but la justice :

les princes, comme dit saint Paul, portent le glaive afin

600 PUItOSOPIIIE MORALE.

pas tout en attendre, et c'est une grande illusion que de prétendre changer l'homnie par des moyens ei* teneurs. Une seule chose va au fond , pour remuer le cœur, et y exciter avec le remords le repentir et le désir du bien, c'est la parole chrétienne, inspirée par la foi, donnée avec charité et introduisant, dans Tàme obscurcie par les ténèbres du crime , un rayon d'espérance et d'amour. Sans cette influence du Ciel, tout le reste sera stérile, et le système pénitentiaire n'eu aura que le nom ; car on n'obtiendra point la pénitence, sans laquelle il n'y a point d'amendement réel. Le changement ne sera qu'apparent, l'amélioration superficielle, et la racine du mal non eitirpée pullulera de nouveaa dans l'occasion.

L'institution du régime pénitentiaire est une des gloires de notre époque , qui avait d^à eu le mérite de imca\ proportionner la pénalité au délit et d'abolir tout ee qui, dans l'exécution de la justice, ressemblait à la eruaoté de la vengeance. Aujourd'hui les supplices barbares disparaissent chez les peuples civilisés. On fait justice, mais on ne torture plus le criminel, et encore mmns leprévenu. A mesure que l'esprit du christianisme se répandra parmi les nations et pénétrera davantage leurs institutîcMis et leurs gouvernements, les mœurs s'adoueissant de pins en plus, el la civilisation donnant aux hommes plus de moyens de coniaitre leurs devoirs et de les remplir, il est à espérer que les grands crânes diminuoont , et avec eux les grands supplices. La peine de mort sera toujours écrite dans les codes , parce que la justice a droit de la réclamer en certains cas. Mais elle sera bornée à ces cas.

Page 1