‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 189 sur 199 · PARTIE PBATIQUE. — CFAP. X · texte numérisé non relu

PARTIE PBATIQUE. — CFAP. X

une parde d'erreur ou de mensonge , c*est commettre le second. L'un et l'antre mènent à la même fin , la mort de rintelligence.

Le plus grand service que l'homme puisse rendre à rhomme , c'est de lui donner la connaissance de la vérité, et pour cela de le former d'abord par l'instruction et l'éducation , afin de le rendre capable d'entrer en commerce avec elle , comme la mère allaite son enfant jusqu'à ce que son organisme plus fort puisse se mettre en rapport direct avec les aliments solides. Sans la parole de l'enseignement, il est impossible que l homme intelligent se développe et vive. La lui refuser ou négliger de la lui donner, c'est donc l'empêcher de devenir homme. C'est le condamner à l'existence animale, l'abrutir : c'est le crime de lèse- humanité , l'homicide spirituel, qui tue la personne humaine dans la partie la {dus noble de son être. Le despotisme , aussi aveugle que barbare, agit quelquefois de cette manière pour assurer son empire ; il tient les populations dans l'ignorance pour les rendre plus obéissantes , il les dégrade afin de les mieux asservir. Ce qui est plus indigne encore , s'il est possible, c'est l'empêchement que certains gouvernements, qui s'appellent républicains et se présentent au monde comme les modèles du libéralisme, mettent à l'instruction de leurs esclaves, et même à leur éducation reli* giense et morale. Un crime en appelle un autre. Après avoir outragé l'homme extérieur par l'oppression matérielle , il faut tiier F homme intérieur par l'ignorance , il faut le priver de tout moyen de se connaître et de con* naître la vérité, d'avoir la conscience de sa nature et de

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sa dignité, de peur qail n'acquière le sentiment de sa force , et qu ayant honte un jour de se sentir brute , Ten-^ \ie ne lui monte au cœur de devenir bomme. C'est une abomination chez un peuple chrétien. On peat mettre sur la même ligne , et taxer du même nom , cette prétendue tolérance d*un gouyernement voisin, qui, laissant ses sujets fabriquer les idoles de F Inde et les lui porter au meilleur marché possible , renonce ainsi par le fait au nom et à la qualité de chrétien ; et se fait, dans des T«es ignobles d'intérêt mercantile et politique , Tapôtre oo du moins le fouleur de l*idolâtrie« Voilà de ces fait» monstrueux, propres à notre époque, et qui prouYoraient rin-* crédulité ou Tindifférenoe religieuse , s'ils ne s'expliquaient par la prédominance désordonnée de l'intérêt matériel snr riotérét moral. Du reste un tel système est aussi imprudent que criminel. Cette instruction qu'on redoute, qu'on repousse avec obstination. Arrivera tôt on tant par d'autres voies : ear dans notre siède , avec la presse et les commanicatioos multipliées des peuples, il est aussi impossible de l'empêcher de se répandre, que d'anr^r le mouvement de Fair et de la lumière. Tl y aura un jour de réveil pour ces hommes abrutis à dessein par leuro semblables , et il sera tnrible ; car au beaoin et à l'ardeitr de la liberté nouvelle, se joindra une haine atroee contre leurs oppresseurs ^ une péaction furieuse «outre ceux qui, pour les exploiter, les ont non-seulement «dn jugués, mats dégradés et rendus semblables À la bête.

Une autre manière d'attenter à la vie ivtellectneUe de rbomme, c'est de lui donner la parole du mensonge onde l'erreur en place de la vérité, et le mal est d'autant plus

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grand , que rhudividu est plus dësireui du vrai et reçoit rinstraction avec plos de candeur et de confiance. La vérité est Tobjet propre de rintelligence : elle est sainte en elle-ménie ; car elle est la manifestation de Dieu dans r univers, et noas ne sommes si empressés de la connaître et de l'aimer, que parce qne nons sommes faits pour connaîtra et aimer IMeu. Cest donc Dieu que nous cherchons instinctivement par toutes les facultés de notre esprit et dans toutes les formes éa monde , expressions de sa sagesse et de sa gloire. Le besoin de la science ponsse naturellement l'esprit vers Celui qui est la Vérité et la Vie ; l'intelligence ne peut vraiment vivre que par son rapport avec la source de la lumière. Or, dans notre état présent , ce rapport commence par l'intermédiaire de la parole humaine. La parole qui nous annonce le nom de Dieu , son existence et ses perfections nous apprend la première à le connaître , et nous porte à réagir vers Lui pour ht première fois. Le but de la parole est de rendre téuNHgnage^ la vérité, en affirmant simplement ce qui est et ce qui existe. Fausser la parole par le mensonge eu par l'erreur, c'est pervertir le moyen par lequel Dieu se fait connaître à l'homme, Lui, sa sagesse et ses ceuvres : c'est empoisonner la nourriture des esprits, et ainsi leur donner la mort par ce qui doit leur apporter la vie. Le mensonge est donc immoral à double titre : d'abord ^ comme outrage à la vérité obscurcie ou reniée, et sous ce rapport on peut le regarder comme un blasphème contre Dieu ; puis il est une grave injustice à l'égard de notre semblable, que nous privons de la chose nécessaire à son existence intellectuelle, en lui refusant la vérité ou lui

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oommaoiqoant l'erreur. Aussi le meos^nige u*est jamais l^tiiné aux yeux de la morale, qmMqne les ciremistaiifies paissent parfois ea atténaer la gravité. Le m^uonge officieux est toujours un mal en soi, et la nécessité ne peut que Texcuser. En aucun cas la fin ne justifie les moyens. Le mensongeest illicite même dans la plaisanterie et dans Tironie qui en tirent le plus souvent leur finesse et leur sel. L'esprit du monde, qui est réellement un esprit de mensonge , emploie l'ironie baMtnellement, il dit pres-< que toujours autre cbose que ce qu'il veut dire, il prend les choses à contre-pied ou à rebours. Voilà ce qu'on appelle en général l'esprit de société ou le bel eqprit, par lequel les bommes miUsés, suivant plus les maximes du monde que la parole de Dieu, s'abusent omtinuellement les uns les autres par un échange de paroles fausses , dont ils ont à peine conscience, tant ce mal leur est devenu habituel. De là aussi le peu de sûreté des relations sociales , la défiance réciproque, la politique de la conduite, les réserves, les voies tortueuses, et tous les moyens d'artifice et de dissimulation qu'on se croit obligé d'employer dans k monde, pour n'être point dupe ou victime.

Le corps est Tenveloppe et l'organe de l'esprit, et l'existence physique est un moyen du développement intellectuel. Or, ce développement peut être entravé, arrêté comme celui du corps; l'esprit peut être frustré de l'instruction qui est sa nourriture ;

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