‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 195 sur 199 · PARTIE Pratiqué. — chap. x · texte numérisé non relu

PARTIE Pratiqué. — chap. x

soti for intérieur. Les agents physiques ne pénètrent point dans oette s|riière. La vicriience peut torturer le corps, et par la douleur du corps ébranler l'àme, en sorte qu elle dise ce qu'elle ne sent point, ou exécute ce qu'elle ne veut point ; mais la Yiolence ne la fera jamais Vouloir. La persécution religieuse est un abus de la force ; c'est le despotisme le pins odieux et le pins intolérable, parce qu'il viole ce qu'il y a de plus sacré et prétend sul>« jagœr l'homme jusque dans le plus profond de son être. Elle outrage l'humanité qu'elle dégrade ; elle est un bias* phème contre Dieu , qui aime les adorateurs en esprit et en vérité, et ne vent pas être honoré des lèvres , mais du cœur.

Le ridicole ou la moquerie est une autre manière de per* sécuter la foi et de lésor la personne morale. Chaque bom* me, ayant le droit de croire, penser et agir en raison de ce qu'il sent et comprend , toutes les fois qu'il ne viole point les droits des autres et ne trouble pas l'ordre public, par la manifestation de ce qui est en lui, le tourner en ridieule et chercher à l'avilir aux yeux de ses semblables en le baf feoant , c'est le vexer, l'outrager dans l'exercice de sa liberté. Il y a en oulïe dans le ridicule une espèce de violence, qui provient da respect humain. Le respect humain a une grande influence sur la plupart des hommes vivant en société; et sous le rapport religieux il fait commettre plus de fautes que V incrédulité ou Tindifférence. C'est pourquoi à certaines époques où la violence €st usée par l'inutilité des supfriices que l'opiuion repousse, l'ennemi de Dieu attaque la foi par le ridicule, et s'efforce d'ébranler, par la crainte du mépris , ceux que

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la mort n*effraie pas. Cette arme perfide a tué plus d'àmes qae les bourreaux. Ainsi Julien combattit les cbrétiens ; il crut les vaincre en les aiilissant, et ne pouvant les détruire par le fer et le feu , il voulut les abattre par Tignominie. Le xviii® siècle s'y est pris de la même manière, il a fait au christianisme une guerre de sarcasmes et dln^ jures , tâchant de le rendre ridicule et absurde aux yeux des hommes. Mais les mauvaises volontés humaines pas* sent avec les hommes; et ce qui est éternel subsistCi II faut toujours revenir à la vérité , parce que l'humanité ne peut vivre sans elle, et la foi renaît sans cesse dans la société, quoi qu'on ait fait pour l'en extirper. A un siècle d'incroyance succède ordinairement un siècle de foi ; et la réaction religieuse est d'autant plus intense que la persécution a été plus forte , et que le vide prodtiit dans les coeurs par l'absence de la piété est plus profondément senti.

De nos jours la moquerie anti'>-religieuse est surannée^ même selon l'esprit du monde. Notre temps, si passionné pour la liberté , est obligé de respecter la liberté de la croyance , comme toute autre. Si l'on ne doit point léser un homme dans son existence, dans ses biens, dans l'exercice légitime de ses facultés, pourquoi l'inquiéter dans sa foi, pourquoi le violenter ou l'entraver dans la manifestation de ses sentiments les plus intimes, quand ils n'ont rien de contraire à Tordre ? Il doit être libre en cela, comme dans le reste, tant qu'il respecte les lois et ne nuit à personne. Tel est le principe de la tolérance religieuse de notre époque. Les hommes de nos jours qui ne croient pas, pu s'imaginent ne pas croire , bien qu'ils ne participent à

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aocnii culte , ont cependant on certain respect pour les manifestations religieuses. Ils affectent même de T estime, des égards pour la religion en général , comme institution morale , nécessaire à Tordre et au bonheur de la société, et ils sont moins portés à blâmer ou à tourner en ridicule ce qu'ils ne comprennent pas, ou n'approuvent point dans le culte. Il est de mauvais ton maintenant de se moquer des croyances et des observances religieuses. L'abus du ridicule en ces choses en a fait ressortir Finconvenance et le danger ; et ce respect public pour ce qu'il y a de plus profond et de plus sacré dans la conscience humaine, est certainement un des traits les plus honorables de notre époque.

Il en est du sentiment moral comme de la foi religieuse. Il ne peut être violenté sans outrager l'humanité, sans attenter à l'un des drœts les plus sacrés de la personne, celui de juger le bien et le mal dans sa conscience et d*agir en raison de son jugement. Là aussi il y a quelque chose qui ne se force point, et que les armes du monde ne sauraient atteindre. On peut séduire la conscience, T embarrasser, la tromper, la fausser par Terreur ou le men<songe ; mais pour cela il faut la persuader, et la violence est impuissante. Il y a certains moyens qui ressemblent à la coaction extérieure et qui sont immoraux comme elle. Ainsi, placer un homme entre sa conr science et la nécessité de son existence ou de celle de sa famille, mettre le sentiment du devoir aux prises avec les sentiments naturels les plus vifs du cœur, extorquer un mensonge par la menace de la mort, imposer les opinions, les passions d'un parti par une violence morab

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oot le droit de telo, tant que les enfuits dépendait de leor autorité. Par le refi» de leur oinisentement ib pea- Tent empêcher ce qu'ils désapprooTeat, et présenrer de ses ]ffopres écarts ane Tolonté entraînée on ayenglée.

Attenter à la pndenr, c'est blesser la personne monde dans ee qu'elle a de pins sensible ; c'est à la fois Foutrager par le mépris de sa dignité, et hn causer une sonffranee craelle par rembarras et Fespèce d'angoisse où on la jette. Cette angoisse est plus ^ye, plus profonde i mesure que le sentiment moral est plus délicat, plus dé- Tcloppé. La pudeur est comme le thermomètre de la pureté du cœur. Elle est propre à l'homme, le seul être de ce monde qui soit composé de deux natures , et c'est l'opposition sentie de ces deux parties de son être qui lui inspire de la honte , quand la nature spirituelle se iroit assujettie à la loi et aux nécessités de la nature matérielle. Il ne rougirait point , s'il ne sentait sa dégradation , parce qu'il est fait pour commander au corps dont il subit le joug. La pudeur est donc un Tâitable témoignage de la noblesse originaire et de l'abaissement actuel de l'humanité. Aussi parait-dle seulement , quand la sdsûon s'opère entre Thomme spirituel et l'homme physique, quand Tàme entre en lutte ayec la matière. Jusque là l'enfant vit comme Fanimal. Il satisfait sans honte ses besoins les plus grossiers , suivant les instincts de la nature inférieure et ne rougissant de rien : car il ignore le bien et le mal. La pudeur nait avec la conscience de F homme intérieur et le sentiment de ses devoirs. Partout où le corps domine , dans les nécessités

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