PARTIE PRATIQUE. — GHAP. X
et l'inflaenee qu'elle a en effet sar notre condaite et notre bonheur, nous vivons en partie dans les autres , nous sommes sensibles et susceptibles en eu^ .
C'est une tendance naturelle à F homme, comme nous r avons montré dans la Psychologie Morale, de désirer la loaange et l'estime de nos semblables. Leur approbation nous relève à nos propres jeux , nous confirme dans la bonne opinion que nous avons de nous-mêmes , et leur estime nous assure leur bienveillance et leur appui. Ce penchant est bon, s'il est bien réglé. C'est un des auxiliaires les plus puissants de la sociabilité , un des liens les plus forts de la communauté. Il devient dangereux par Texa* gération ou l'abus , quand le désir de la louange , ou la crainte du blâme l'emporte sur le témoignage de la conscience et les convictions de la foi. L'homme alors vit plus au dehors qu'au dedans; le mobile principal de ses actes est aussi variable que le temps et les circonstances ; sa mo« ralité n'est point assise sur le roc de la sanction divine , mais sur le sable mouvant de l'opinion humaine. Le qu'en dirort-on est tout*puissant sur son esprit, qu'on pousse ou retient par le respect humain. De là le faux honneur qui se laisse dominer par les jugements des hommes, veut leur complaire à tout prix, et craint par-dessus tout le blâme et le dédain , fussent-ils injustes, au point qu'il aime mieux parfois être méprisable que méprisé. Ce qu'on appelle le point d'honneur est le dernier degré de cet excès. Ceux qui s'en rendent esclaves, prouvent qu'ils tiennent plus à l'apparence du bien qu'au bien même , et qu'ils s'inquiètent moins d'être honorables que de le paraître.
La répatation et l'honneur peuvent être attaqnés de diverses manières , dont les principales sont Tontrage pnblic et la diffamation. La loi civile prévoit jusqn'à un certain point ces délits ; elle a nne police pour les prévenir, et des tribunaux pour les punir. Elle poursuit la diffamation , parce que la réputation des citoyens est un de leurs biens les plus précieux et qu'ils ne peuvent vivre en paix et dans Tordre, qu'en s'estimant et se respectant, Néanmoins elle sera toujours impuissante à prévenir ou à saisir tous les attentats de ce genre ; car rien n'est plus subtil que la parole , et surtout la parole du mensonge et de la passion, qui frappe dans l'ombre, à l'improviste, et par des voies détournées. C'est peut-être la manière la plus commune de commettre l'injustice dans la société. On parle à tort et à travers sur le prochain. On juge sans connaissance de cause ; on dit ce qu'on sait et ce qa on ne sait pas; on répète ce qu'on a entendu , on l'exagère pour rendre la chose plus frappante, et intéresser davau' tage. L'amour-propre, qui croit s'élever en rabaissant les autres , y ajoute son venin , et la malignité d'une parole s'accroît en se répandant. Trop souvent par un mot pi^ quant, échappé à la sotte envie de faire de l'esprit, on inculpe un innocent , on ternit une réputation , on discrédite une personne, on déshonore une famille, on en prépare la ruine , et comme tout se sait en définitive , après avoir semé du vent, on recueille des tempêtes. Ainsi se multiplie le mal dans le monde , et l'ennemi de Dieu et du genre humain , en semant la discorde, se réjouit de mettre les hommes aux prises et de les détruire les uns par les autres. C'est pourquoi la parole évangélique nous re-