‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 2 sur 199 · PARTIE THÉORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE THÉORIQUE

ractérise la vie des générations ou des individus. Que rhomme se croie un être purement physique , passant sur la terre comme les animaux , et n'ayant point de fin supérieure , il sera porté à vivre comme la bête et à mourir comme elle. Le plaisir et la douleur seront ses seuls mobiles d'action ; il n*y aura de bien pour lui que la jouissance, de mal que la douleur ; et si ces croyances passent dans les masses , le sensualisme le plus grossier s'en empare, et les peuples tombent insensiblement dans la licence, dans l'immoralité, dans la dégradation. Que les convictions spiritualistes l'emportent , la fin est placée ailleurs et la direction change. Si Thomme, s'exaltant dans sa raison , dans son esprit propre j dans l'orgueil de la science, se regarde surtout comme une intelligence faite pour découvrir et contempler la vérité , rien ne lui paraîtra au-dessus de la science , et le devoir le plus sacré à ses yeux sera d'en acquérir. Si, comme le stoïcien , il ne voit en lui qu'une volonté , supérieure par sa nature à ce qui l'entoure et devant persister dans Vimperturbabiliti pour conserver sa dignité et atteindre à la perfection , sa morale changera. Pour lui , devenir juste, vertueux, parfait, c'est s'élever au-dessus de la souffrance, s'affranchir de toute influence extérieure, se rendre indépendant. Si , comme le péripatéticien, il reconnaît en lui un être mixte ^ dont les deux parties, unies pour s'accorder et non pour se gêner, ont droit à une égale satisfaction , il trouvera le bien dans le tempérament de l'une par l'autre, dans le juste milieu de l'àme et du corps, et le bonheur sera la somme de toutes les jouissances. Si enfin il croit avec le chrétien, que le

corps n*est uni à Tàme que pour exécuter ses volontés et réaliser ses pensées ; que la perfection de Tâme consiste à obéir à la loi de Dieu , son Principe , et à maîtriser son corps, sans se laisser entraîner par les désirs terrestres et les penchants grossiers ; qu'il sera plus parfait à mesure qu'il deviendra moins matériel et plus pur : la tendance de sa volonté sera nécessairement de se détacher de la matière , pour entrer dans un rapport plus fréquent et plus intime avec les choses spirituelles « qui répondent mieux aux besoins fonciers de son être. Dans tous les cas la doctrine morale varie avec les données dont elle part ; les conséquences répondent aux principes , et renseignement pose ces conséquences en devoirs, prescriptions, commandements , préceptes, maximeS; lesquels deviennent, dans toutes les circonstances de la vie humaine, les règles du bien et du mal , de la vertu et du vice.

•Vis conformément à ta nature;» c'est ce que toutes les écoles philosophiques ont dit à l'homme, en l'appelant à la perfection et au bonheur. Mais pour chacune ce précepte avait une autre valeur, suivant sa manière de comprendre le mot nature. L'épicurien et le stoïcien pouvaient convenir dans la formule sans s'accorder dans la pensée, l'un et l'autre expliquant différemment la nature de l'homme; et de nos jours encore , avec toutes les lumières que l'Évangile nous a données sur l'origine , la loi et la destination de l'humanité, combien d'hommes abusent de cette parole, et l'interprètent faussement! N'invoque-t-on pas journellement la nature , ses impulsions , ses exigences, pour excuser , sinon pour légitimer ,

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