‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 3 sur 199 · PARTIE THÉORIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE THÉORIQUE

rentratnement des passions et la force des habitndes? Y a-t-il un penchant, un \ice qu'on ne cherche à justifier par là , et ne croit-on pas avoir tout dit quand on a affirmé que c'est un besoin de la nature? A entendre DOS éducateurs modernes , il faudrait bien se garder de contrarier la natare de Tenfant; Téducation doit être expectante comme la médecine ; elle doit suivre les indications de la nature, satisfaire à ses demandes, et ne jamais la violenter. Les philosophes les plus modernes en France, ceux qui ont la prétention de comprendre l*bomme et la société mieux que le christianisme , n'ontils pas avancé que tous les désirs du cœur sont bons , quils peuvent tous être exploités au profit de l'ordre et du bonheur, et qu*en les compensant les uns par les autres, suivant la méthode qu'ils indiquent , on parvient à les rendre moraux et utiles. Ces erreurs , qui se renouvellent sous une autre forme dans tous les temps, et séduisent les esprits légers, esclaves des sens et des passions , proviennent de la même source , Tignorance de la nature et de la constitution de l'humanité dans le monde actuel. Si nous étions restés dans l'état primitif de notre création, il n'y aurait aucun risque à suivre les penchants et les désirs de la nature ; nous obéirions à Dieu même en nous y conformant. Mais la question préalable est celle-ci : l'homme est-il aujourd'hui ce qu'il était originairement? Sommes- nous encore ce que Dieu nous a faits? Là est le nœud de toutes les difficultés morales , et il est impossible d'établir une doctrine sérieuse de la moralité sans avoir décidé cette question , c'est-à-dire sans avoir une opinion ou une croyance arrêtée sur l'origine

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da mal. La philosophie chrétienne , poîsant ses principes et Stô inspirations dans la parole divine, est la seule qui parle clairement et catégoriquement dans cette grande affaire , la seule qui résolve vraiment le problème , autant qu'il peut et doit l'être ici-bas. Elle enseigne que l'o^rdre de la création a été troublé par la volonté de la créature , et qu'ainsi l'état actuel de l'homme est vicié, non par un vice essentiel à ses deux natures, mais* par leur disharmonie et le faux rapport qui s'est établi entre elles. Elle dit que l'âme, s'étant détournée de Dieu, a laissé prendre au corps une prépondérance qui dmb lui appartient point ; que l'homme , exalté par l'orguâl, est tombé dans la sensualité , et qu'en voulant se rendre indépendant ou se faire égal à Dieu, il est devenu esclave des ehoses terrestres. De là cette tendance au mal , transmise par la génération et qui constitue dans tous les enfants d'Adam le vice originel de leur nature présente* Suivre eette tendance, on vivre conformément à cette nature corrompue, est donc on mal. Loin de lui obéir, nous devons nous efforcer de la vaincre, de la dianger, et le but de la religion, de l'éducation et de tonte discipline de morale et de perfectionnement , est de réformer l'état naturel de notre condition présente, afin de rétablir l'ordre divin dans notre personne, et de remettre nos deux natures dans le rapport hiérarchique de leur origine. U suit de là qu'il y a en nous une bonne et une mauvaise nature. La bonne est celle de l'âme , ou la substance psychique, en tant qu'elle reoonniat et accomplit la loi divine ; la mauTaiae est le corps ou la substance physique, quand elle refuse d'obéir à l'âme , et cherche à la dominer pour se satis-

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faire. Yi^re conformément à la nature ne signifie donc rien, ai Ton n'explique d*abord de quelle nature on Yeut parler. Le méchant yit conformément à la nature Ticiée , en soivant Tinstinct de la concupiflcenceet Ventrainement de l'égoïsme* L'homme de bien vit conformément à la nature pure ou régéqéjée , quand par sa. yolonié il a r^nis le corpa aous la loi de Tàme et Tâme sous celle de Dieu. On ne yit donc moralement ou comme il conyient à la destination de Tbomme, qu'en se conformant à sa yraie nature , teUe que Dieu Ta faite dans Tongine, pour sa gloire et le bonheur de la créature.

On peut dire la même chose de la fin ou de la destination. Un être n*est dans la yoie de la perfection qu'en marchant yers sa fin , en accomplissant sa destinée , ou ce pour quoi il a été créé. La fin seule explique les moyens et les dirige. Or telle la nature ^ telle la fin ; le terme est toigours analogue au principe, le bnt au point de départ. U y a donc autant d'opinions diyerses sur la destination de l'homme , que sur son origine et sa nature ; et la doctrine qui aura compris sa fin yéritable sera aussi la seule qni indiquera la yoie qui y conduit, les yrais moyens d'y paryenir, ou qui enseignera la yraie morale. Puis on peut encore s'égarer, en prenant un but secondaire pour le but final. Nous ayons plusieurs sphères à trayerser, plusieurs ères à parcourir ; les cycles s'en* chaînent, s'expUquentles uns par les autres, et le mystère de la yie n'est pleinement dévoilé qu'au dernier. Si l'on il'aperçoit pas ce terme supérieur, qui jettesa lumière sur les autres degrés, la yoie reste obscure, incertaine, et l'on

marche à tâtons dans la vie, se heurtant ou s' attachant à tout ce qu'on rencontre, et consumant sa volonté et ses forces à poursuivre un but factice , au milieu des illusions du temps et des prestiges du monde. C'est le sort de ceux qui ne croient point à l'avenir de l'humanité, à ses destinées telles que le christianisme les; révèle. Ni leur sens, ni leur imagination , ni leur raison, ne peuveiît suivre l'homme au-delà de ce monde, et personne, disentils, n'en est revenu pour nous apprendre ce qui s'y passe. Ils nient Timmortalité , ou s'ils l'admettent, ils ne savent comment se la représenter dans ce nouveau monde, où Fâme, dégagée du corps, leur semble dépouiller son individualité, pour s'évanouir dans l'immensité de la vie, se perdre dans le grand tout, ou être absorbée par Dieu. Ils tombent inévitablement dans le panthéisme, par le désespoir de comprendre la personnalité éternelle de Dieu et de l'homme. La plupart ne vont pas même jusque là. Ils s'arrêtent au grossier matérialisme , qui , n'admettant que ce qui se touche , ne croit plus à la vie quand il ne sent plus battre le cœur ou frémir la fibre. S'il n'y a rien au-delà du tombeau, si l'homme finit avec son dernier souffle, le but de son existence doit se trouver en deçà de la tombe ; la destination de cette vie est en elle-même : ce sera la jouissance de ce monde, sous une forme ou sous une autre, par les appétits, les désirs, les passions, par la sensualité, l'intérêt, la gloire, l'ambition , ou tel autre moyen d'exploiter cette existence éphémère. Livré à lui-môme , à la faiblesse et à l'obscurité de sa raison, l'homme systématise

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