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Ce qui précède s'applique à la société aussi bien qu a rindividu. Une société est un corps moral, une unité collective qui doit vivre comme un seul homme, et elle est aussi sous Tempire d'une triple loi pour son existence physique, intellectuelle et morale. Elle ne subsiste que par un ordre hiérarchique où il y a des gouvernants et des gouvernés, et puisque Thomme ne peut être régi légitimement par la volonté de son égal, il faut nécessairement qu'une volonté supérieure intervienne. Il faut une loi au-dessus de toutes les lois humaines ; il faut que cette loi suprême, et la volonté dont elle émane, soient reconnues et respectées, sous peine de n'avoir ni gouvernement ni société.
De la d^jûtion donnée de la loi sortent deux corolv kdres d'une immense portée , qui ruinent par la base la morale et la politique rationnelle ou parement humaine, dont la cruelle expérience n'a pas encore entièrement désabusé les hommes de nos jours. L'orgueil de F homme, toujours porté à s'exalter dans l'amour de lui-même et de sa gloire, vise à l'indépendance. Depuis qu'il a enliroint la défœse divine, il lui est resté une malheureuse tendance à combattre la loi et même à en usurper la puis* sance. Conséquence toute naturelle ; car, s'il renie Dieu ou refuse sa parole, c'est pour se mettre à sa place, c'est
pour se faire Dieu lui-même. Tons les systèmes d'autonomie ehez les anciens et las modernes sont fondés sur la yaine prétention de se commander à soi-même et de ne reconnaître d'autre loi que sa Tolonté , ce qui est un nonsens dans la créature, puisque le fait de son existence implique sa dépendance d'un terme supérieur, qui l'a posée et qui la conserve. Aussi ces doctrines, pour être conséquentes, sont-elles amenées à nier la création, afin d'échapper à la loi du Créateur. Elles vont nécessairement au panthéisme, si elles ont quelque rigueur, c'est-àdire que , pour affranchir l'homme et le rendre indépendant, elles doivent l'identifier avec Dieu , à qui seul appartient Findépendance. Bien de plus absurde que cette prétention de s'imposer la loi à soi-même , car il y a contradiction dans les termes. Comment le même individu peut-il se scinder en deux êtres dont l'un commande et Fautre obéisse ; et surtout comment une obligation interviendra-t-elle entre ces deux termes? Pois-je m'obUger envers moi , et , si je suis le maître de ma pensée et de mes actes, et que m» seule yokiolé fasse loi, qui m'empêche de la cbafng«r à tout moment et comme i) me plait? D'ailleurs rà prmdrai-je h mesmre de la bcmté delà loi? La meilleure loi sera eelle qui me eonvieiulra le mieux , et elle deviendra mauvaise oo sans valeur, dès qu'elle me gênera. C'est ce qui arrive en effet à toQs ces fuîseors de l^i^atiîon personnelle. Ils élaborent à grands frais de pensée un plan de conduite qui doit les mener à la sagesse et surtout à la gloire, et, quand le plan est fini et ratifié par leur vcdonté , il est dé)à usé; il à^' vieuft impuissant, dès qu'il s'agit de le réaliser. La raison
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hiQnaiiie a beau faire^ elk ne peut se suffire, et , quand die Fessaie, aott dans la sdefiee , soit dans la pratique de la yie , elle s'enferme daas ua œtde vkieax dent elle ne peut pJLiis sortùr, et o& reeommensaiit tei^oora laméaie Udbe sont avaneer, elk se déûouraga df renonce à eUe« Bkèffle, non pour ae re$tUuer à Fattloiité légitime dont; dleresaort, mais pour sTabandonnerÀce fuiest au^dessona d'elle et tomber aau le joug des scnaet de la matière^ Aiosi finisaentlapliipart des hommes, qui ont été le plus eaudtés daa» kur jeunesse p»r Tamorar de T indépendance^ Tout système qui pramet f indëpradance à rinditido oa an penple est une illnsioa ou un mensonge. La vie de riMmuBe ne se conserve que p«r la ckpeddance, et, dnjew où il ne dépendrait de personne , si cela était possible, i) eesserait d*eiister et d'être ; car la créature ne ^it que par ses rapports, et eHe leçint néœnairemeDt du deiior» œ que ses besoins réelament* La question pour elle n'est dcmc point de ne dépendre de personne , malade savoir de qui elle doit dépende , et commeul elk acceptera et rceonnaitra sa dépendance. C'est la question de la morale et de la polîtiqQe. Individu eu peopk , il faut reoennaître an flsqpéiieiir dont l'autorité fait vivre, et en ne peat bien vivre qa'en se soumettant : ce. qin nous amène au second eoEoUaire de notre exj^kalion de la loi.
Ba eflet, si la kn snpfmse an supérkur et vn in£é« rieur ^ 'û mA évident qu'elle ne peut venir d' un égal, et qa'ainai personne ne peot imposer sa volonté cooHBe! loi à son aemUabfe : ce qni sape par la baae les deua doctrinea en apparence les pb» epposées, el cependant les mêmes par le fond ^ savoir : le despotisme d'un seul
et celui de tous , la monarchie absolue et la démocratie pure. Que ce soit un seul , plusieurs ou tous qui posent leur volonté comme loi , il y a toujours usurpation ; car Thomme individuel ou collectif s'arroge ce qui ne lai appartient pas ; il met la force à la place du droit , la volonté de tous n'ayant pas plus d'autorité l^slative qae la volonté d'un seul; car tous sont mes ^aux , et entre égaux, il peut y avoir des conventions d'intérêt et de prudence, mais il n'y a point de loi. Ainsi tombe la théorie tant vantée du contrat social , fondée d'un côté sur la prétendue indépendance de l'homme, dont la liberté eonûsterait à n'obéir qu'à lui-même, et de l'autre sur cette assertion tout aussi fausse, que la loi est l'expression de la volonté générale.
La loi fondamentale s*applique aux sociétés comme aux individus. Une nation est une personne morale dont les citoyens sont les organes et les membres, il doit y avoir en elle une Uiérarchie et un ordre , sans lesquels l'existence commune ne peut pas plus subsister que l'existence privée. Ainsi que l'homme individuel , elle vit par le corps , par l'esprit et par l'ftme , et sous ces trois formes elle s'entretient par ses rapports , en sorte que la loi dans ses applications diverses fait sa vie. Ainsi il y a pour tout peuple la loi de la nécessité physique, qui l'attache an sol où il est placé, à la région qu'il habite et dont il doit tirer sa subsistance ; et de là dérivent les lois particulières qui se rapportent à l'économie sociale, c'est-à* dire à la satisfaction des besoins matériels et à la conservation physique de la société : c'est la base de l'économie politique. Un peuple doit vivre par lame; il faut qu'il
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soit en rapport ayec ee qui est aa-dessus de lai et s j rattache étroitem^t, pour en tirer le principe de la irie morale ^ ou l'autorité, sans laquelle le droit y le devoir et la législation manquent de valeur, parce qu'ils manqaent de sanction. D*o& la nécessité de la religion , sooroe cachée ou manifeste de toutes les lois qui règlent la vie morale et civilisent les hommes. Du développement moral et physique d'un peuple, se pénétrant l'un par l'autre et se modifiant réciproquement, résidte son esprit, qui ti^dt des deux extrêmes et les met en rapport ; d'où la nécessité de l'instruction , à laquelle se rapportent les lois et les institutions qui dirigent la formation intellectuelle de la nation. Dans ces trois cas , le peuple est dominé ^ comme l'individu , par ce qui est au-dessus de loi, par la loi physique , par la loi logique et par la loi morale , qui vont refluer dans la loi constitutive de son existenee , laquelle est ou doit être l'expression de la loi divine on de la volonté de Dieu sur ce peuple. De eette volonté , source unique du bien , du vrai et du juste, et gai ne veut et ne peut vouloir que la perfection et le honheur de ses créatures , dérive la loi véritable et sans appel qui donne la vie en s'imposant , et qui anime et transfigure t<mt ce qu'elle touche. Les institutions et les formes politiques sont des moyens divers pour discerner et reconnaître ce que veut cette souveraine volonté dans une société, c'est-à-dire ce qui est bien , vrai et juste dans tdle situation donnée. Que ce bien , cette vérité et eette justice soient promulgués par un homme , par plusieurs, par le peuple entier, peu importe, pourvu que la loi posée énonce la divine volonté et en soit le fidèle
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interprète. La loi sopposant 1* autorité et la Boomisskni, la société est nécessairement divisée en deiu^ partie» y ks goayernants et les gouvernés ; et puisque Tinlérét on le bien des gouyemés est la 0n légitime de la loi , il anit que les gouvemauta sont pour les govreméa , qti*il mut posés et institués d*en haut pour ks «rrir. D<»ie si les peuj^es doivent respecter dans le pouvoir politique le rej^résentant de Dieu et le dél^é de son autorité y le pouvoir à son tour dcÂt voir dans ceux qu'il t^t des créatures , ol)}et8 de Tamottr diviu ^ conidea à ses soins, et dont on lui demandera compte un jour. La responsabilité a*augmenie avec la puissance^ et datid ce pwnt de vue , on peut dire que les sujets sont plu» que les rois , puisque tout est pour eut , et que leur bienêtre est le but de la yolouté suprême et de ses instraments« Pour que le. pouvoir ait de la force chef one nation , il faut donc qu il parle et agiâle wà rumt de la loi ; pour que la loi soit légitime et efficace, il fam quelle descende d'en haut, qu'dle exprime la rokmld d*un supérieur, et puisque Dieu seul est le supérieur de Ihomme , pour qu'il y ait cbez un peuple une loi Vfvt*. ment naturelle, une véritable législation , Il faut qu'il connaisse Dieu, qu il s(Àt en rapport avec Dieu, ftt'il eu admette la parole y en accomplisse ka conmandemeantSy en reçoive Tinflueiice et réagisse vers Lui par sa aou« mission , ses louanges et son amoor ^ en un mot , il faut qu'il y ait dans ce peuple^ M , culte et pratique feii^ gieuse. La religion est toujours et poitovt la piem âogtF-^ laire de la morale et de la législation.