‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 30 sur 199 · PARTIE TH£ORIQUfi. — GHAP. II · texte numérisé non relu

PARTIE TH£ORIQUfi. — GHAP. II

magination exaltée, comme le produit d*an faux enthousiasme : on le condamne sous le nom de mysticisme. L*homme de raison s'en moque. L'homme des sens , qui Tit de sensations et dans le positif de la matière, se moque aussi de Fhomme de raison, qui, dit-il, se repait d'abstractions et ne s'occupe que d'idées creuses. Le savant fait peu de cas de l'artiste et du poète, qui, selon lui , se nourrissent d'images , d'illusions et de mots. La raison commane méconnaît le plus souvent les intelligences supérieures, le génie dépasse la vue et la pensée vulgaires. Tous ceux qui ne sont pas éclairés et touchés par la foi religieuse, qui fait concevoir ou au moins pre3sentir les choses du ciel, s'accordent à blâmer, à persécuter ou à ridiculiser les âmes pures et sublimes qui laissent tout ce qui est humain pour se donner à Dieu, et renoncent aux affections de la terre pour fixer en lui tout leur amour, toute leur puissance d'aimer. Il en est ainsi depuis le commencement du monde. La foi de Noé et d'Abraham serait bafouée de nos jours comme de leur temps, et si ces hérauts de Dieu revenaient annoncer parmi nous les grâces et les châtiments du Très-Haut, sa justice ou sa miséricorde, la plupart des hommes d'aujourd'hui continueraient à raisonner, à penser et à spéculer, comme les hommes d'alors continuèrent à boire, à manger et à 86 marier.

Puisque la loi morale est Texpression de la vo lonté divine^ se posant avec une autorité souverain en face de l'homme, ou se promulguant împérativi ment dans son for intérieur j pour comprendr comment la conscience morale se forme en lui, o comment il acquiert la connaissance de sa loi, i faut voir d'abord comment il arrive à sentir et reconnaître l'état de dépendance et de subordina tion où il est nécessairement vis-à-vis de l'auteu de son être, et par quels moyens il apprend à dis cerner ce que Dieu veut de lui et pour lui : puis i faudra rechercher comment^ par les moyens le plus généraux de la société et de la civilisation tels que l'instruction, l'éducation, la législation toutes les institutions civiles et politiques, il parvient à savoir qu'il doit et ce qu'il doit; ou autrement qu'il a des obligations morales , des devoir de justice à remplir, et en quoi ils consistent.

Ici est le nœud de tout le développement qui va suivre 11 n'y a point de loi sans législateur, donc on ne peu! conuaitre la loi sans connaître celui qui la donne et sani lui reconnaître le droit et le pouvoir de l'imposer. A ceUt condition seulement on sent l'obligation de la recevoir et le devoir de laccomplir. Or l'auteur de la loi est aussi

PAETIB TflEOEIQUE. — GHAP. IX. 97

raatenr du monde, lecréateitr derhomme et de tous les êtres : la connaissanoe de la 1<h est donc enfermée dans la ooonaissance de Dien» L'une implique l'autre, comme le principe la conséquence ; et la loi se révèle nécessairement à l'homme ayec autorité, dès qu'il comprend le rapport qui l'unit à Dieu , dès qu'il sait qu'il est créé par Dieu et qu'il en dépend à tout instant pour sa conservation. La morale a donc le même principe que la religion , ou plutôt le principe de la morale est dans la religion ; car la religion est tout entière dans le lien qui rattache l'homme à Dieu et dans le sentiment de la dépendance où ce lien l'engage. Chercher comment nous acquérons la connaissance de la loi , c'est donc chercher comment nous acquérons la connaissanoe de Dieu , et comment nous pouvons «avoir ce que Dieu veut de noas et poor nous ; c'est demimder, en d'autres termes, par quel moyen la conscience morale est éveillée , développée et formée graduellement jusqu'à ce que Tàme soit devenue capable d'entrer en rapport immédiat avec celui-là même dont la loi dérive. Cependant, comme l'homme est sujet à Tireur et porté à s'eialter en lui-même, à s'égarer dans ses propres voies quand il ne sent plus rautorité audessus de lui, et que d'ailleurs, même dams les plus hautes iatelligaices et pour les volontés les plus pures, il y a des temps d'obscnrciss^nent-et de vacillation, la Providence Be l'a jamais abandonné à son propre jugement ni à ses seules forces. Pour la découverte de la vérité et dans la science , les esprits les plus sublimes sont maintenus et eontrèlés par le bon sens ou par ces croyances et ces con- Tictions irrésistibles , inhérentesî^ Fintelligence hunuiine, II. 7

98 VBILOSOPiUE MORALE.

et qoi posent infailliblemeat les ))ases et les lois de k pensée. Pour la morale , dans ses voies les plus élevées comme dans ses chutes les plus profondes, qu'il aspire à la perfection ou se précipite dans la dégradation, l'hamme a toujours devant lui une loi extérieure et sensible, maintenue providentiellement par un moyen ou paj^ un autre, suivant les temps. Ainsi 1^ voix du dedans se trouve contrôlée ou confirmée par la voix du dekors. Le for intérieur s'accorde avec le for extérieur, et des deux côtés c'est Dieu qui nous instruit et nous dirige, c'est le législateur suprême, écrivant sa loi devant nos yeux sur des tables de pierre' ou l'inscrivant profondément sur les tables vivantes de nos cœurs. Tous les autres moyens de former la conscience morale par la connaissance de la loi se ra^ mènent à ces deux formes de la révélation et n'oBt de force que par elle. Aussi, bien qu'ils puissent être trèsutiles en Goucourant avec ce moyen principal, seuls el réduits h eux-mêmes , ils seraient impuissants à fonder la morale et à développer la conscience. Ce sont des corol-^ laires qui ne valent que par le principe dont ils sortent , des rameaux sans vie dès qu'on les sépare du tronc qui les anime. C'est pourquoi les systèmes]] de morale, qui les prennent pour bases , n'ont ni vérité , ni autorité. On t recours à ces systèmes pour essayer de se passer d< Dieu et de sa parole. On prétend remplacer la religion qui gêne, par des institutions purement humaines, don1 on fait ce qu'on veut ; de là les morales humaines , doni l'homme est le législateur, et qui , n'exprimant en effei que sa. volonté ou sa pensée, sont variables et périssables comme elles. Dans toutes ces prétendues morales la raisox

PABTIE tUBOBK^fe. •— CHAP. lï. 90

yeut se goaTerner elle-même , Qt imposer sa volonté à autrui. L'un et Tautre est folie et ne peut mener qu'au désordre. On obtient seulement par cette voie une apparence d'ordre , imposé par la force ou maintenu par rintérèt , sans aucune sanction ni garantie. Chacun sent dans ce cas qu'il n'est pas lié au fond et qu'il reste toujours maître de se dégager, quand son avantage le demande ou que les circonstances le permettent. Heureusement que la plupart des hommes , même les plus forts, sont souvent inconséquents , dans la pratique, à ce qu'ils appellent leurs principes ou leur système. Beaucoup agissent encore sous l'influence de la religion , même en se déclarant contre elle. Formés dès le bas âge par la parole ehi?étienne, ils la suivent dans leurs actes, tout en la reliant dans la spéculation. Ils sont meilleurs qu'ils ne paraissent, qulls ne veulent être, et c'est pourquoi il y a en eux de la ressource pour le bien. État singulier, contradiction flânante, remarquable surtout de nos jours, où la science, qui veut se séparer de la foi, se débat sans cesse pour y échapper, et y retombe toujours !

Naissant en oe monde dans un corps de chair et soumis d'abord aux influences physiques, l'homme dans la première période de sa vie est dominé par les besoins et les appétits du corps ; il vit à proprement dire dans le corps et pour le corps. Aussi son discernement et son activité ne s'exercent

102 PHIL02(0PHIE IIORALE.

uimal, et il n'est guère sasceptible que de eette espèce d'éducation qu'on peut donner aussi à la bêle. II vit animalement , en ce sens que les besoins physiques absorbent son activité , tout ce qu'il y a en lui de vie , d'esprit, de volonté. La loi de la cbair, dont le but est la conservation du corps , le domine. Tous ses actes , tous ses mouvements tendent à chereher la jouissance et à fuir la douleur. Il veQt tout ce qui lui plaît , il s'approprie ce qui est à sa portée , ce qui lui convient , sans s'inquiéter le moinis du monde de la propriété dont il n'a point la notion , du droit et du devoir qu'il ne comprend pas , du juste et de l'injuste dont il n'a pas le sentiment. Cependant, comme dans cet enfant il y a un homme en puissance, et que l'existence humaine ne peut se développer sous une forme ou dans l'une de ses parties, sans que les autres y participent jusqu'à un certain point ; comme dans la nature rien ne se fait brusquement^ mais que chaque chose, arrivant en son temps, est déjà préparée dans ce qui la précède , et ainsi s'annonce avant de se manifester pleinement, il suit que dans cet homme animal on pressent l'homme spirituel, et l'intelligence et la liberté, perçant les ténèbres de la vie physique et les enveloppes grossières de la chair et du sang, envoient déjà au-dehors quelques éclairs, signes avant-coureurs de la vie qui leur est propre. CSontemplez l'enfant au berceau , quand la souffrance ne torture point ses traits , ne crispe point son visage, quand il repose avec calme et sourit avec innocence : il y a sur son front, sur ses lèvres , autour de sa bouche et surtout dans ses yeux, lorsqu'ils s'animent ou s'ouvrent de toute

Page 1