‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 33 sur 199 · PARTIE THBOEIQYIE. — GHAP. II · texte numérisé non relu

PARTIE THBOEIQYIE. — GHAP. II

moralité , ni de principe d'action Traiment moral , tant que ce nom sacré n'aura point été posé et reça avec foi dans le cœur de Tenfant. C'est le point de départ de la religion et de la morale, liées entre elles comme le principe et la conséquence. Par là seulement le père, le maitre, ou qui que ce soit qui gouverne l'enfant, acquiert un droit véritable sur lui, comme représentant à sei| yeux son supérieur naturel. Jl y a entre celui qui commande et celui qui obéit une autorité plus baute qui domine et règle leur rapport , et à laquelle ils peuvent en appeler tous les deux dans Texercice du pouvoir et de Tobâssance. Si ce fondement vous manque, si la volonté divine ne vient à l'appui de la vôtre, comment sanctionnerez-vous la parole du commandement? Par la force ? Ce sera une brutalité. Tous d^fraderez rhomme-esprit en le traitant comme la bète, et puis la force ne fait jamais le droit , elle s'use avec le temps. La faiblesse, qu'elle opprime, devient force à son tour, et se révolte. On ne peut constituer l'ordre de cette manière. Parlerez- vous en votre propre nom, comme étant le plus raisonnable , le plus sage, le plus éclairé, sachant mieux que reniant ce qui lui convient? Alors, de deux choses Tune ; ou vous lui imposerez votre pensée sans explication et sans souffrir de réplique, ce qui nécessite Tintervention de la crainte ou de la violence, et ainsi vous ferez du despotisme, la chose la plus contraire à la dignité delà personne morale : ou bien vous raisonnerez avec l'enfant, pour lui prouver que vous avez raison ; il raisonnera avec TOUS, souvent mieux que vous, ou au moins plus subtilement, parce qu'il y a plus d'intérêt, et dans la collision de

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\oa raisons, qui décidera? Votre autorité est perdae \ vous raisonnez, et vous êtes un despote si vous ne rai sonnez pas. Vous ne pouvez sortir de cette alternative funeste dans les deux cas. Parlerez-vous enfin à leofai) au nom de son intérêt, de son avantage, de son plnsgran< bien , lui répétant sans cesse qu il doit être raisonnable! sage, se conduire en homme , etc. Vous perdrez votii temps et vos paroles ; car les mots sagesse et raison n od pas pour lui le même sens que pour tous , et vous o{ pourrez vous entendre. D'ailleurs, en le prenant par soi intérêt, vous en appelez à son jugement, yous le remette à sa propre direction; car chacun, en définitive, si croit le meilleur juge de ce qui M est utile. Dans tons ce^ cas, votre parole n a point de sanction, votre commande^ ment est sans autorité. Us n'en auront qu'en s'appuyan) sur une volonté supérieure à la vôtre et à celle de l'eflfant , volonté suprême dont Texpression fait la loi de tous.

L*homme ne pouvant commander légitimement à son semblable qu'au nom de Dieu , l'annonce du nom divin doit précéder toute législation, toute morale, toute discipline. L'influence religieuse est donc l'instrument nécessaire pour r éducation de l'individu et du peuple, et l'impression du nom de Dieu dans l'esprit et le cœar des hommes en est le principe. Voyons donc comment cette première révélation de Dieu doit être faite à Yenfant^ pour poser en lui la base inébranlable de la moralité.

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C'est comme Pér^ ^ comme Créateur et Cou-servateur de Thomm^ çt du nioi^fle, comme té^ moia secret de do3 pe^éea f ^e no$ psirples et de DOS actions, comme juge et rémunérateur de notre conduite qu'il faut annoncer Dieu à Tenfant. Dieu lui commande d'honorer ses parents ^ par conséquent de leur obéir; il Iqi défend de faire du tort à ses semblables. Telle est la n^orale de Vbomme eut fant. Ici la vie bumaine s'élève et prend un nou-* veau caractère. £lle n'e^t plus suspendue à la parole ou au geste de l'homme* £Ue dépend d'un Etre supérieur^ avec lequel sa volonté est entrée en rapport 9 et (|ui lui comi^wde légitimement. Les mots ùîen et ma/preqnent alors un sens moral. Le bien, c'est ce que Dieu ordonne pour le bonheur des créatures ; le malj c'est ce qu'il défend comme contraire à Tordre.

DaQs le moQdis actuel ^ Tesprit ne peut se manifester à Fetprit que par upe forme sensible. Le physique est le Téhienle néoessaira da métaphysique » et la vertu divine elle-même a besoin d'un signe pour se communiquer. D*où la nécessité de la figqre, du symbole et du nam^ Le nom d'une chose en est le représentant dans la langae, et si le nom est bien fait , cette représentation n'est ni arbitraire , ni parement conventionnelle. Il y a en

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elle quelque diose de naturel, qui procède de la natani même de l'objet représenté. C'est ce qai constitoe h Tcrtu des noms, et principalement du plus sublime de tous, du nom de Dieu. C'est pourquoi ce nom sacré doil être annoncé à l'enfant dès l'ftge le plus tendre , aussitôt qu'il comprend le langage, k quoi bon, s'écrie Jean- Jacques, puisqu'il ne peut en ayoir l'idée? Qu'est-ce qu'un mot sans idée? une lettre morte ^ un son vide: attendez donc qu'il comprenne la cbose pour lui en donner le signe.... En vérité, c'est le moyen qu'il ne la comprenne jamais; car c'est justement pour le mènera l'idée, qu'il faut d'abord lui dire le nom qui lui révèle l'objet. Dans tout enseignement on commence nécessairement de cette manière ; car il faut avant tout poser devant le disciple l'objet de l'enseignement , ce qu'on ne peut faire que par un ou plusieurs mots, obscurs à! abord à l'ignorant , et qui s'éclairciront peu à peu , à mesure qu'il s'instruira ou que la science se formera en loi. Tous les hommes apprennent à penser en apprenant à parler , recevant d'abord les termes sans en comprendre le sens, répétant presque machinalement la parole qu'ils entendent , et finissant par y attacher une signification , à mesure que leur intelligence, excitée par l'action continue du langage , aperçoit tous les rapports du mot avec la chose désignée, par les circonstances diverses où le mot est placé. Il faut annoncer le nom de Dieu à ïenfant, pour que son cœur, touché par la vertu mystérieuse de ce nom, se tourne vers Celui qu'il représente, et le cherche. Mais pour que cette annonce ait tout son effet, il faut deux choses. La première, et la principale, est qu'elle

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soit faite avec foi , arec le respect du au nom divin et à Celui qa*il désigne , et surtout avec le désir que la vertu du nom et de l'objet pénètre Tâme de l'enfant et T excite à réagir. Les mots ont une tout autre vertu selon la ma^ nière dont ils sont prononcés, et celui-là plus que tous les autres. Mais fût-il annoncé sans une foi vive, comme il arrive à ces parents qui veulent que leurs enfants prient Dieu, sans le prier eui-mèmes, s'ils ont l'intention sincère d'éveiller dans l'enfant le sens religieux , le nom de Dieu sera encore puissant en passant par leur bouche, même quand leur cœur n'en sentirait point actuellement la ver* ta ; comme l'effet des paroles et de l'acte sacramentel du baptême a lieu par le ministère d'un infidèle qui y joint r intention voulue; ou comme le prêtre , dans l'ordre de ses fonctions , transmet l'influence divine par le caractère indélébile dont il est revêtu. La seconde chose , c'est qu'à Tannonce du nom divin on joiçne des explications convenables, pour que l'enfant conçoive ce qu'il peut comprendre de Dieu dans sa position, et surtout pour toucher son cœur et le tourner vers Dieu par l'amour. On le lui représentera comme un père , comme le Père de ses parents et de tous les hommes. Ce que son père est pour loi, Dieu Test pour tous ; et en lui montrant le Ciel, que l'être intelligent contemple volontiers et où son regard se porte naturellement , il sera facile de lui faire entendre que Dieu est le Père céleste , et que de celte hauteur, il Yoit ce qui se passe sur la terre , et envoie aux hommes tout ce qui leur est nécessaire. Bien ne répond mieux à l'esprit et au cœur de 1 enfant, que ce qui se rapporte à la paternité et aux sentiments qu'elle excite. Puis , on II. 8

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lui dira que Dieu a tout créé par sa puissance et qa*il conserve tout ; on lui révélera le Dieu Créateur. Il ne saura point sana doute ce que c'est que créer, puisque les plus grands philosophes ne le savent point; mais l'enfant qui a agi 9 a par cela même le sentiment de son pouvoir et de la causalité. Déjà sa raison demande des causes à tous les faits, et par conséquent , il admet facilement une cause suprême de tout ce qu'il voit, et il y est porté si naturellement, qu'il commence par expliquer toutes choses par la toute-puissance de Dieu. Plus tard , quand il aura la conscience de sa pensée, vous lui parlerez de la science de Dieu, de son intelligence infinie, et il comprendra facilement que Celui qui a tout fait et qui peut tout, doive aussi tout voir et tout savoir. Si vous lui dites alors que Dieu lit dans son cœur ses moindres pensées , ses désirs les plus secrets , et qu'ainsi il ne peut rien lui cacher, il vous croira. Alors il ne sera plus tranquille quand il aura commis le mal à l'insu de ses parents, de ses maîtres, quand il aura déguisé la vérité; car il sera convaincu que le Bon Dieu l'a vu. Or, si le Bon Dieu le voit , comme il est son Père , il le regarde avec plaisir quand il fait bien, avec peine quand il fait mal. Il le récompensera dans le premier cas, le punira dans le second, et ainsi se forme la croyance au Juge suprême qui rend à chacun suivant ses œuvres, mais toujours avec plus de miséricorde que de justice, parce qu'il est père avant d'être |uge. Tout cela, sans doute, ne se fait pas en un jour y ni d'un seul coup. Ces points de vue divers, sous lesquels Dieu est présenté aux enfants, arrivent successiwement, avec les circonstances, mais ils ne peuvent man-

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