‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 48 sur 199 · PARTIE TttéOfilQUE. — CHAP. III · texte numérisé non relu

PARTIE TttéOfilQUE. — CHAP. III

rcnfreindre. C'est ce pouyoir qui est Tessence de la liberté morale. Nous avons déjà parlé de la liberté dans la Psychologie expérimentale, et noas en avons analysé 1^ élém^its et les conditions, l^ous en reparlerons dans la Psycbolo^e pnre. En ce moment nous devons la consi-* dérer spécialement dans son acte, afin de constater comment elle contribue à former la moralité , quelles sont les conséquences de son exercice , et par quelles causes elle peut être affaiblie et même paralysée : coDsidératioos nécessaires pour apprécier exactement les qualités des aetions et la responsabilité des agents.

Le mot liberté s'emploie de tant de manières, qu'il est difficile de lui assigner une signification assez générale pour s'étendre à tous les cas, et assez exacte pour convenir à chacun. Cette signification doit cependant exister; il doit y avoir une idée , ou un idéal de la liberté sous toutes les formes qu'elle revêt , dans toutes les notions et images que nous en avons. Cette idée, extrêmement simple , et très-féconde comme ce qui est divin , tombe sons le sens commun des hommes , qui la connaissent par instinct^ avant de pouvoir s'en rendre compte par la réflexion*

On distingue ordinairement la liberté ipétaphysique, la liberté morale, la Uberté physique et la liberté politique. La première consi^ dans F alternative de la volonté de vonloir ou de ne pas vouloir telle choes ; la seconde, dans le choix entre deux termes opposés , le bien et le mal : la troisiènie , dans le pouvoir de faire ou de ne pas faire tel acte extérieur ; la quatri^e, dans la faculté d'accomplir (ont ce que laloicivile ne défend pas, à la condition qu'elle

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ne défende que ce qui est contraire à Tintérêt commun | Dans tous ces cas, au milieu de la yariétédes circons^ tances propres à chacun, il y a u» caractère commun ^ tous qui est l'essence de la liberté ou son idée , savoir , une certaine puissance de s'affranchir de la loi, soi] d'une manière absolue, comme dans la liberté méta^ physique complète, qui n'appartient qu'à Dieu, soij d'une manière relatiTC , comme dans les intelligences e^ les volontés créées. Il n'y a point d'opposition foncière entre la loi et la liberté, puisqu'en Dieu la souverain^ liberté est identique à la loi souveraine , et que dans 1^ créature^ la perfection de la liberté est précisément di coïncider pleinement avec la loi. D'ailleurs , Dieu ayant imposé la loi à l'homme et l'ayant fait libre, puisqu'il l'si créé à sa ressemblance , il est impossible qu'il y ait con-i tradiction dans son idée et qu'il ait mis dans son œuyr^ deux choses contraires. La loi est bonne , la liberté est bonne, et deux bonnes choses ne peuvent être essentielle^ ment opposées. La contradiction avec la loi n'est point inhérente à la liberté , et c'est une fausse opinion que dfi voir dans le mal et dans l'injustice non-seulement une preuve ou un signe de la liberté , mais encore une condition nécessaire de son acte. Mais ce qui est vrai, et de là sort Terreur que nous venons de signaler, c'est qu'il y a dans la liberté quelque chose qui implique le pouvoir de s'opposer à la loi , ou au moins de ne pas lui donner son consentement. L'idée de la loi est celle d'obligation ; la loi est un lien qui unit deux termes Tun à l'autre , en sorte que Finférieur est tenu envers h supérieur. Toute loi lie ou enchaîne plus ou moins edui

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auquel elle s'appliqae. La liberté , dans ce qu'elle a de plus général , est ce qui dégage la Tolonté du lien , la délie, et ainsi lui donne la puissance, ou de se mettre au-dessus de la loi , comme Celui qui est absolument libre parce qu'il n*a pas de supérieur, ou seulement de refuser la loi et de ne point l'accomplir, comme les êtres intelligents mais finis , qui , sans pouvoir effectivement se soustraire à ce qui est au-dessus d'eux , peuvent cependant, à leurs risques et périls et sous leur responsabilité , ne pas accepter la loi ou s'y opposer. Tel est le privilège et la dignité des créatures libres, que pour devenir ce qu'elles doivent être, elles doivent, en suivant leur loi , la connaître et y consentir. Par cela même qu'elles l'acceptent, elles peuvent la refuser, et c'est pourquoi dans tout ce qu'elles pensent , disent et font, il faut qu'il y ait un fait d'intelligence et de liberté, un acte de conscience , et l'adhésion de la volonté. Dans l'ordre intellectuel et moral , Dieu ne peut rien faire sans elles, autrement la dignité de leur intelligence et de leur liberté serait méconnue; ces nobles facultés deviendraient inutiles , le Créateur qui les a données se contredirait lui-même , ou retirerait ses dons, ce qui est impossible. L'homme réel ne correspondrait plus à l'homme idéal , à l'idée divine dont il est le produit et le symbole, il ne serait plus l'image de Dieu. La liberté de la créature consiste donc à se soumettre à la loi qu'elle a jugée bonne et à laquelle a consentie , c'est-à-dire à obéir avec conscience et parce qu'elle le veut, ce qui implique le pouvoir de repousser la loi ou de ne pas l'accepter.

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Telle est , ça effet y la liberté de T homme dans sonraj port avec Dieu. Diea , par son action sur rhomme , Ii impose la loi. Cette loi l'oblige moralement, nu| rhomme, être intelligent, a la faculté de rciamii^ et de la juger ; être volontaire et libre , il a le droit | Faccepter ou de la refuser. Si donc il obéit, il le f^ sciemment et volontairement, en conscience et ai^ amour; et c*est ainsi que Dieu veut être obéi parjj créatures qui lui ressemblent. Or, ce qai existe entj Dieu et l'homme doit avoir lieu dans les rapports (^ hommes entre eux. Partout où il y a de Tautoriti l'obéissance doit se donner aux mêmes condition^ r homme doit obéir en être raisonnable, dès qu'il entre ^ jouissance de la raison et de la liberté. C'est ce qui dij tingue les peuples intelligents et libres , parvenus à majorité politique. Ils ont le droit actuel de connaitn de discuter et de délibérer les lois auxquelles ils se soo mettent, ils les acceptent avec connaissance de caii9< Ils jugent la loi et y consentent par eux-mêmes ou par d( représentants. D'où il suit que le principe des gouTernj ments constitutionnels et libres , savoir le consentemei de la loi à laquelle on doit obéir, est fondé en nature i par conséquent de droit divin ; car ce qui ressort è notre véritable nature est voulu par Dieu qui l'a faitj Ici , le philosophe aperçoit la fusion des antinomies poli tiques , ou des théories du droit divin et de la soaverai netédu peuple. En effet, tout pouvoir venant nécessaifi ment d'en haut, puisqu'il représente l'autorité divin qui seule a le droit de commander à l'homme , ne peu imposer la loi aux peuples qu'à la même condition son

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