PARTIE THEORIQUE. — CHAP. III
ment nous trouvons repos et garautie. Nous Taimouft parce qu'elle part d'une volonté noble, généreuse , qui donne et se donne elie-méme; et qu'en définitive, n'aimant au fond que le bien , nous ne pouvons aimer que ce qui nous fait du bien. Mais ce que nous aimons le plus dors, ce n'est pas tant ce qui nous est donné que celui qui nous donne, à savoir un être libre qui nous préfère à iGi-mème, un moi qui «e dévoue au nôtre , ou du moins au bien et à la justice en nous et pour nous. Supposé que nous soupçonnions dans ces actes qui imraisseot généreux une intention contraire, ou seulement labsence de volonté, nous pourrons encore en profiter, mais l'admiration s'évanouira avec l'amour^ car il n'y aura plus de vertu. On condamne et déteste le vice par la même raison , parce qu'on y voit une volonté qui , violant sdemmrat la loi, devient la cause de mille maux et de nulle désordres* Mais si dans ce qui parait mal on entrevoit une bonne intention , ou seulement de la faiblesse pins que de la préméditation , le blâme est moins sévère , ravenion moins grande , et nous sommes portés à excuser plutôt qu'à condamner. Ce qui montre qu'on s'en prend toujours à la volonté , à cause de sa faculté de choisir le bien ou le mal* Chaque être libre a un compte ouTert qui lui sera r^lé un jour avec bénéfice ou perte ; car la puissance de choisir, qui lui a été accordée, a une destination, et il sera jugé en raison de l'usage qu'il en anra fait, par comparaison avec sa fin dernière. Il se jugera luir-mème , ou plutôt ses actes le jugeront ; il se juge tous les jours puisqu'il choisit tous les jours, et qu'à chaque moment se donnant au bien ou an mal , il se-
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rig^ un être sans Tolonté? Cest vouloir changer le deslin. La peine n'a pas pins de raison que la défense, et TOUS êtes comj^ètement dans l'absnrde. Déchirez vos codes, détruisez yos tribunaux, renvoyez vos juges, licenciez vos gendarmes, chasses vos ge^ers, vos bourreaux , et n essayez plus de violenter le cours nécessaire des dioses. Les hommes agissrat nécessairement, comme tout ce qui les entoure, et vous perdez votre temps à contrarier la nature. Hais alors il faut renoncer à la société; car, point de société sans la loi et ses conséquences; il faut renoncer aux avantages et aux perfectionnements dont elle est la condition. £h bien! renoncez-y, dit Bousseau, vous en serez plus libres, si Yonsn'en êtes plus heureux ; car la vraie perfection de rhonune est dans la liberté, dût-il en jouir au milieu des bois. Voilà rextrème conséquence où Ton est poussé , quand on nie la liberté morale. Que 'ceux qui ont le courage de lacoepter tentent sérieusement de réaliser leur système, et la pratique, si elle est possible, les en d^oùtera bientôt. Reste le grand fait de l'éducation, que nous retrouvons partout et dans tous les temps. Est-ce aussi une illusion? Est-ce encore une violence imposée depuis le Gommencemoit du monde à Thomme enfant, afin de le dresser oomme le dnen, le cheval, ou le bœuf , pour la chasse , la course ou le joug? Quelques hommes Font dit, et il y en a encore qui le croient ou qui s'imaginent le croire. Car là aussi la spéculatiou éL la pratique diffèrent singulièrement. L'éducation, comme son nom l'indique, est l'art de faire sortir TiMmime întdlectnel et moral de 1 homme physique et animal. Elle doit élever T homme,
IPAUTIE THBORÏQins. — CHAP. ÏII. 193
expression très-heureuse de notre langue, c *est>-à-dire ^ le &ire passer dn degré de Fanimalité à celai de la raison et de la moralité ; et pour cela il faut qu'elle instruise Fesprit et forme la volonté. SU n*7 a point de liberté , à quoi bon l'un et lautre ? On n'instruit pas un honunc malgré lui ou sans lui ; car instruire, c'est apprendre à reconnaître la vérité en la distinguant de Terreur ; ce qui suppose la liberté de Tesprit. Former la volonté , c*est lai donner une bonne direction , l'habituer peu à peu à goûter le bien , à aimer la justice , à la rechercher de préférence , donc à se détourner du mal , à le prendre en aversion et à le fuir ; c'est-à-dire à choisir entre le bieji et le mal , ce qui constitue la liberté de la volonté. La liberté est Tobjet de Téducation, qui veut, non façonner UDe chose ou une machine , de manière à ce qu'elle exécute régulièrement des mouvements utiles, ipais disposer une âme à recevoir les influences du bien, et à joindre sa force à celle de la loi pour coopérer de tonte sa puissance à son accomplissement. L'éducation veqt formerdes êtres intelligents et libres qui sentent, goûtent^ comprennent le beau , le vrai et le bien, s'y attachent par affection, s'y unissent avec amour et travaillent volontairement et par tous leurs moyens à effectuer ce qu'ils comprennent et ce qu'ils veulent. Si donc l'homme n'est pas libre, l'éducation n'a pas plus de sens que la religion et la législation ; il y a vanité , absurdité , et même cruauté à tqi^rmenter les enfants et les hommes par des méthodes et des disciplines d'enseignement, par des prescriptions religienses, des constitutions politiques et des codes criminels. Ce qui revient à dire que II. 13
]a société ya à rd>ours delà nature et da bon sens depuis r origine du monde, et que, pour remettre les choses dans Tordre véritable , il faut les renverser et prendre le contre-pied de tout ce qu'on a fiiit j nsqu'ict.
Pour que l'homme puisse opter avec conscience entre deux termes opposés ^ il doit d'abord les connaître. Il doit savoir ce qui est bien et ce qui est maK Nous avons vu dans le chapitre précédent comment il acquiert primitivement cette connais^ sance par Tannonce positive de la loi. Or, la parole d^autorité^ nécessaire pour éveiller dans Tenfant les idées du bien et du tnal, du juste et de l'injuste, est aussi la condition première pour lui donner la conscience de sa liberté. Car sentant la force de la loi qui lui fait opposition et ne fléchit points sa volonté est mise en demeure de Taccepter ou de la refuser. C^est en (Jiéissant ou en désobéissant à la loi quHl comprend sa liberté , et il ne la comprend que parce qu*îl Texerce.
Après avoir oonstalé Jeiisleiioe de la liberté morale , voyons ks eondilioiis de sou dévdcqppementy et d*abord cottOMiit jdie passe de la puîssaiMeàraicte.
Bien ne se iEait spontanéaicnt on de soi-même dans le ttiond^ ; car la erêalure u a point en die la raison de