‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 66 sur 199 · PARTIE THEORIQUE. — CHAP. III · texte numérisé non relu

PARTIE THEORIQUE. — CHAP. III

coDDaitre la loi et ses applications. L'ignorance est encore involontaire quand^ par suite des pré-« jugés d'enfance et d'éducation*^ quand par la force de l'habitude^ elle est devenue invincible et comme impénétrable à la vérité; ce que Dieu seul, qui voit le fond des cœurs, peut juger. Elle est volontaire, et par conséquent imputable , si l'on néglige d'apprendre ce qu on est tenu de savoir , soit par légèreté ou paresse, pour s'épargner la peine du travail; soit par crainte de la vérité, soit par tout autre motif, qui fait repousser le vrai. L'acte interne ou externe, suite de l'ignorance involontaire, nest pas susceptible de moralité.

La liberté, propriété essentielle de la volonté bumaiae, ne peut entrer en exercice que sous certaines conditions. Upremère est un développement de T intelligence suffisant poar que Thomme comprenne ce qu'il doit faire. On ne peut choisir sans connaître, et pour opter entre deux choses, il faat les rapporter Tune et l'autre à un terme inoyen qui serve d'unité de comparaison, de mesure dans l'appréciation. L'acte de liberté implique au moins la con-r naissance nécessaire pour le choix , donc une certaine puissance de raison. L'ignorance complète le rend imr possible, et l'ignorance relative, difficile et hasardeux, Or, si celai qui agit avec ignorance n'agit pas librement^ il ne répond point de son acte ; car ne sachant ce qu'il fait, il n'y met point d*intention ; et l'intention seule donne une valeur morale à l'action. Cela est incontestable

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dans les cas d'ignorance absolae et dignoirance relative ir^voloiitaire. L'ignorance eàt involontaire quand elle ne provibnt point de la faute dé l'agent , si les moyens d'instruction lui Ont maiK[ué , sans qu'il ait pu se les procurer Bî Dièitie les soupçonner : ainsi l'enfant au berceau, le sau* Tage, qui est en dehors do déreloppeiïiént de la ciyiUsalion ; les peuples barbares, qui n'ont piolnteiHk)i*e entendu parler du Christianisme, de ses dermes et de sa morale; ainsi, au milieu de la société, ceux qui par leur âge oulear position n'en connaissent point les usages, les lois, les convenances , les délicatesses , et vivent quelquefois dans une ignorance singulière au milieu d'un pays civilisé. Ces hommes ne savent de la vie que ce qu'ils en éprouvent ; leurs besoins de chaque jour les renferment dans ud cercle étroit. S'ils étaient appelés tout d'un coup à agir dans une position nouvelle , ils seraient d'abord incapables de le faire librement, c'est-à-dire, avec connaissance de cause ; et il leur faudrait du temps pour connaître les règles qui doivent les diriger, les motifs entre lesquels i! faut opter, et les choses qu'ils ont à choisir. L'immense bienfait de la société, quand elle est ce qu'elle doit être, c'est de donner à tous ses membres l'instruction nécessaire pou^ eiercer dignement leur liberté , dans toutes les eirrconstances de la vie. Elle les y prépare de diverses manières, par la promulgation des lois, par l'enseignement religieux , et enfin par l'instruclion intellectuelle de tous les degrés. L'état doit tous ces secours à ses membres , parce qu'ils sont hommes , et ne peuvent le devenir effectivement qu'en agissant librement; sinon il ne peut espérer de les maintenir dans Tordre , à moins

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