‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 67 sur 199 · PARTIE TH^OBIQUE. — CHAP. III · texte numérisé non relu

PARTIE TH^OBIQUE. — CHAP. III

de les traiter comme des animaux , les condaisant par la crainte da fbuet, par la menace de la douleur. Mais alors ce n'est pins une société humaine. On ne gagne jamais rien à abmtir les hommes par Tignorance, afin de les gou- Yemer plus facilement. Il y aura toujours dans les peuples assez d'esprit , de raison et de connaissance , pour apprécier un jour ou Fàutre ce qu'ils sont et ce qu ils devraient être; et il se fera tôt ou tard une explosion violente, d'autant plus terrible qu'elle sera moins éclairée. Sous ce rapport, il faut rendre justice aux gouvernements modernes. Llnstruclîon est à l'ordre du jour ; on la répand de tous côtés et sous toutes les formes ; on la met h la portée des pauvres et des plus petits. Mais comme il arrive toujours, quand on agit par esprit d'opposition, la réaction va au-delà des bornes , et donne dans l'excès contraire à celui qu'elle veut combattre. Il est bon d'apprendre à tous, s'il se peut, à lire et à écrire. La lecture et l'écriture sont les deux moyens généraux et préalables de toute instruction ; et il est difficile à celui qui en est dépourvu, de tenir digtiement sa place dans la société actuelle. Il appartient donc à l'état de procurer ces avantages à tous les citoyens, ou au moins de les mettre en mesure de les acquérir. Il ne faut pas croire ce- I)eadant que ces choses aient par elles-mêmes une vertu moralisante et civilisatrice. Il ne suffit pas de savoir lire et écrire pour devenir un honnête homme , un citoyen utile , un bon chrétien. Il faut avant tout avoir le sentiment du devoir et le désir du bien ; et c'est ce qui s'acquiert par renseignement religieux, qui peut, à la rigueur, se passer de livres, parce qu'il est traditionnel et

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vivant. ^Néanmoins ces deux moyens, bien employés, sont à la religion elle-même d'une grande utilité , et, dans tous les temps , TÉglise a joint dans son enseignement la lecture et l'explication des saintes Écritures à la traditioa orale.

Il y a encore des cas où l'ignorance est involontaire ; non qu'on ignore la loi, mais on ne voit pas Tapplicatioa présente de la loi ; cela arrive souvent dans les délits civils, portant sur des circonstances quun jurisconsulte peut seul discerner. Alors sans doute on est tenu de consulter avant d'agir, mais pour cela il faut déjà avoir une certaine expérience de la chose , et la première fois qu'on viole la loi sans connaissance aucune , on ne soupçonne même point qu'elle s'applique au fait en question. Pais il peut encore arriver que tout en connaissant la loi et les cas où elle s'applique, on ignore se trouver dans l'un de ces cas, comme un homme qui épouse une femme sans savoir qu'il y a entre eux des empêchements légaux. Ils pèchent par l'ignorance des faits ; et quoiqu'ils aient agi librement en se mariant , cependant , si leur ignorance a été complètement involontaire , ils ne sont pas moralement coupables.

Il y a une autre espèce d'ignorance involontaire, plus difficile à apprécier, celle des personnes auxquelles l'instruction n'a point manqué, mais qui l'ont reçue inutilement, sans succès, en sorte que la vérité na pu pénétrer dans leur âme , quoique peut-être elles l'aient désirée , ou du moins ne l'aient point repoussée expressément. Il y a dans le monde spirituel une espèce d'impénétrabilité comme dans le monde matériel ; la même

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place ne peat être occupée par deax choses à la fois. Qaand la place est prise dans un esprit , il devient quelgaefois impossible d'y établir autre chose, surtout quand les croyances, les convictions et les opinions ont leurs racines dans les impressions premières. Cest pourquoi il est si important que les impressions de l'enfance soient bonnes ; elles sont alors d* un immense secours , tandis que si elles ont été mauvaises, elles forment un immense obstacle. De là des préjugés bons et mauvais, qu'il est presque impossible de déraciner. I/éducation les a encore confirmés ; les intérêts et les passions sont venus ^'y joindre ; la conscience plus ou moins éclairée les a sauctionnés , et enfin T habitude, qui est une seconde nature, y a mis son sceau avec celui du temps ; en sorte que toute la personne morale est modifiée par cette manière de sentir et de voir. C'est un milieu à travers lequel elle aperçoit tout, et elle est devenue incapable de voir autre- ^*^î^t. Naturellement il n'y a point de remède à un pareil «t ; car les voies par où la vérité pourrait entrer sont ^*^8«ées, et ainsi tout s'altère en y passant. Les paroles ne ^t ^^mprises que sous le point de vue du préjugé ; c'est

you du gQieii traversant le ver coloré et se teignant de Sa w%

^ *^^aijce. Cette maladie ne peut être guérie que par

j, ^^coq^ extraordinaire de la grâce , qui renouvelle le ^^^^€Bt p^^ ^^^ lumière surnaturelle , ou change

T"^^ P^P une impression particulière.

can ^^^Hh e volontaire est celle dont nous sommes la

Poi ' ^h refusant l'instruction , soit en ne faisant

e|/g ^ Qei'^^ t jjécessaive pour l'acquérir. En ces cas,

^^0^^ jjOi^& avec ses conséquences , et nous

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sommes responsables de ce qu'elle peat produire, oueutmlner, dans le cercle de notre activité. Il est des choses que chaque homme est teuit de savoir, parce qu'elles imporLcat à la conduite de l'bomme en général ou à la position de chacun en parlicillier. On est coupable d'ignorer ce qu'il faut pour accomplir ane fonction dont on «st revéln , on exécuter ce dont oa est chargé. Chacun doit connaître ce que demande sa situation dans la famille, dans la société, dans l'état. Les moyens doivent répondre à la fin , et il est absurde et immoral d'entreprendre ce qu'on ne sait pas, et de promettre ce qu'on ne peot pas tenir. On compromet aioM la chose pnMiqae, les aotns et soi-même ; et plus la fonction est élevée , plus il ; a de risqae , de témérité et de démérite, la rcsponaabililé s'accroissant en raison du pouvoir. Ici encore, il y a plusiears degrés de culpabtUtë , suivant les motifs de l'ignorance volontaire. Elle provient souvent de paresse. On n^lige de s'instruire, parce que l'instraction coûte à acqaérfr et que le travail fatigue ; on aime mienx se laisser aller aux impressions des sens, aux rêves de rimagiaattoD et ma futilités de la conversatîoa. Réfléchir, penser, méditer, digérer des enseignements et des lectures pour se les approprier, c'est une cAose sériease qnî demande do temps, des efforts, de lapersévénittce; et pea d'hommes en sont capables. C'est la fente la pins ordinaire de l'en-

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