PARTIE THEORIQUE. — GHAP. III
lexcés de la souffrance ôte la conscience et la direction de son esprit. En outre, le sommeil^ le somnambulisme naturel ou artificiel, l'ivresse, l'entrainement d'un instinct, et d'autres causes de ce genre suspendent ou entravent l'acte libre, en arrêtant ou affaiblissant l'exercice de la rstison.
L'incapacité complète de Tesprit suspend totalement la liberté , la pensée ne pouvant plus s'exercer dans les conditions normales de la raison , et conformément au sens commun. Dans ce cas les actes n'ont point de valeur morale, parce que l'intention humaine, c'est-à-dire la direction d'une volonté intelligente , y manque. Mais il y a des circonstances où la ligne de démarcation entre la rationalité et l'irrationalité n'est pas aussi nettement tranchée, principalement chez les enfants et les ignorants. Alors il est souvent difficile de déterminer jusqu'à quel point la liberté est engagée dans l'action , soit en raison de l'inexpérience de l'agent, soit à cause de sa faiblesse et de la prédominance de la sensibilité et de l'imagination dans sa conduite. Tant que les enfants ne sont point en possession du langage , ils sont incapables de penser, et par conséquent de discerner et de choisir. Celui qui ne connaît pas la loi, ne pèche pas, dit saint Paul. Mais même après que la loi leur a été annoncée, et qu'ils comprennent d'une manière générale ce qu'ils doivent faire et ne pas faire , bien qu'ils commencent à être responsables de leurs actes, et coupables jusqu'à un certain point 9 quand ils ne suivent pas le commandement ^ II. 14
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cependant leur Tolonté est encore si impresHionnable , si instable , si facile à entraîner, le corps a tant d'influence sur rcsprit) ils sont siendins à se laisser aller àla sensation et au désir du moment, se portant instantanément vers ce qui les réjouit et repoussant par instinct ce qui leur déplaît., que la plupart du temps leur action peut à peine être regardée comme exécutée librement. Le plus souvent les enfants en commettant le mal ne savent pas ce qu ils font, non qu'ils ne sentent plus ou moins qu ils agissent mal, mais ils ne peuvent juger de la gravité de l'acte, ni surtout en apprécier les conséquences. Ils cèdent à un premier mouvement de désir ou d'aversion. C'est ce que discerne un maître habile, et alors, tout en restant ferme dans le maintien de la discipline , et imposant nettement la règle , il aura une grande indulgence pour des fautes dont l'enfant n'a point conscience. Il laissera tomber beaucoup d'actions, qui paraissent méchantes au premier abord et qui sont réellement produites par l'étourderie et l'impression du moment , tellement que l'enfant , les oubliant lui-même, s'il est puni dans l'instant qui suit, ne comprend pas plus le châtiment que la faute. Aussi dans ces cas accuse-t-il le maître d'injustice ; il soutient qu'il n'a rien fait, et il a raison en ce sens que, n'ayant pas mis d'intention dans son acte, il n'a rien fait moralement. Il est très-important de savoir punir à propos et aussi de savoir ne pas punir, sans èxte faible. Par là on ménage à la fois la délicatesse de l'enfance et la force de l'autorité; on ne l'use point en des petites choses, qui deviennent aisément grandes , quand le maître s'y arrête avec une obstination pareille à celle de l'enfant. 11 faut