‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 71 sur 199 · PARTIE THÉORIQUE. — CHAP. III · texte numérisé non relu

PARTIE THÉORIQUE. — CHAP. III

Qomme absente du corps ; ses acles sont déterminés par les besoins et les désirs physiques , et il faut qu'une autre volonté s'empare de la sienne pour la diriger et la maintenir. Bien de plus triste que la Yue de Thomme ainsi dégradé par le temps ! C'est peut-être la preuve la plus frappante de l'état anormal où il vit sur la terre, par suite d'une faute primitive dont les conséquences se montrent si évidemment dans les misères de l'âme, de l'esprit et du corps. Végéter en ce monde sans intelligence et sans liberté , après y avoir régné par Tune et l'autre , se survivre pour ainsi dire à soi-même est une des choses les plus déplorables de notre condition présente«

L'insensé n^est plus dans les conditions de la liberté^ non qu'il ne puisse penser et raisonner , il le fait parfois très-subtilement , surtout s'il est dominé par une idée fixe. Toute la force de son esprit s'y attache, et, la tournant et retournant par toutes les faces, il la considère, la pénètre et l'analyse dans tous les sens. Ce q[ui lui manque, c'est la base de la pensée, les données nécessaires pour l'exercer convenablement et la mesure pour la régler. Cette base est le sens commun , ou la manière de sentir et de voir commune à tous les hommes, dont les organes ne sont ni troublés ni dérangés. Le sens commun est une espèce de cadre général, dont les compartiments sont déterminés, d'un côté par la réalité objective, et de l'autre par la similarité des esprits soumis aux mêmes influences. Toute raison , qui pense en ce monde, se meut dans cescompartiments, et en suit l'enchaînement, comme le corps s'agite dans l'espace et marche d'un point à un

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autre. Tant qae la pensée suit dans son mouTement l'ordre général établi par la réalité, et dans lequel toutes les autres pensées doivent s*exercer aussi , elle coïncide dans sa marche avec les autres et s*barmonise avec elles par des points de rapport , qui leur donnent les moyens de se comprendre. Si ces points communs sont dérangés , ou plutôt si un esprit n*en suit plus la série ^ il n'y aura plus accord entre lui et les autres esprits , et sa pensée , qui peut encore fonctionner très-habilement dans le système qu'elle se crée, s'isolant des autres pensées y travaillera pour elle , et sans correspondance avec Tordre extérieur. La pensée est un calcul ; et le calcul , qui combine les chiffres, doit commencer par déterminer la valeur de chacun; c'est ce qui se fait par le sens commun* Uinsensé change cette valeur et combine ses chiffres en conséquence. Il pose donc des nombres qui n'ont de sens que pour lui , et quand même il raisonnerait parfaitement, ce qui arrive souvent, il raisonne en pure perte , puisque les données sont fausses. En outre, la raison tirant ses matériaux des sens^ et l'imagination les façonnant, la mémoire les conservant, si les sens sont altérés par le dérangement des organes , Timaginalion exaltée par l'inflammation du cerveau , si la mémoire devieut infidèle et inexacte dans ses arrangements et ses classifications, il est clair que la pensée opère avec des matériaux viciés dans leur préparation, faussés par la mise en œuvre, et qu^ainsi l'édifice ou le système qu'elle construira ne sera en rapport ni avec la réalité des choses , ni avec la manière de voir des autres hommes. Enfin , ce qui nous soutient et nous redresse dans notre manière

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