‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 72 sur 199 · PARTIE THÉOaiQUB. — GHAP. III · texte numérisé non relu

PARTIE THÉOaiQUB. — GHAP. III

de penser, c est le monde réel où nous sommes englobés* L'imagination, qui s égare si facilement, est sans cesse ra* menée, par les exigences de la \ie , à Tordre de choses qui nous entoure ; et nous ne pouvons divaguer long* temps sans que le contraste , ou la divergence de notre conduite, se fasse sentir. L'homme en démence est enlevé à cet ordre commun. U perd la conscience du inonde objectif et de son propre esprit. U est bon de chez loi, et se devient comme étranger à loi^-mteie , ne pouvant plus se posséder par la réflexion , ni se gouverner ; il est aliéné, alienus a $e ipso. Il n'a donc plus de lâgle, qui maintienne son imagination, sa sensibilité , son activité {. il est sous le joug de la pnissanoe mystérieuse qui s'est étaUie en lui, qui a pris possession de lui par divers moyens , et surtout par les passions. De là les idées fixes qoi l'obsèdent, se substituant dans son entendement à la réalité; et ces désirs obstinés dont rien ne peut détacher sa v<donté. Là se trouve certainement la raison la plus profonde de ce triste état, et c'est pourquoi les remèdes phyûqucs sont si peu efficaces. Il y a quelque chose d'analogue dans toute passion exaltée, et même dans les transports les plus sublimes de l'imagination et de la pensée. Dans l'inspiration, l'esprit derhommeest dominé par un antre esprit qui l'enlève àlui-m^e, et dont il devient momentanément l'initimnent. Or cela peut arriver pour le mal comme pour lebien ; car il y a de bonnes et de bmiivaises inspirations, de bons et de mauTais génies; ily a des transports sublimes et vertueux, et des transports violents et furieux. Tous les grands artistes ont quelque chose

d'étrange, et paraissent n'être pas maîtres d'eux-mêmes en certains temps. Il y a même pour chaque homme, dans le cours de la Tie , des moments d'entraînement et presque d'aliénation, où un autre esprit s'introduit pour ainsi dire dans sa personne, et semble lui ôter le gouvernement de lui-même. Jusqu'à quel point , dans ce cas , l'homme reste-t- il maître de lui, capable de discerner la loi et ses applications , d'apprécier toutes les circonstances qui peuvent motiver son choix, et d'agir en conséquence ; en un mot , jusqu'à quel point est-il moralement libre? C'est ce qu'il est humainement impossible de décider. Dieu seul en est le juge. La loi pénale est obligée de poser des limites, au-delà et en deçà desquelles il 7 a crime ou innocence, et elle adoucit, par l'admission des circonstances atténuantes, ce qu'il y a de trop tranché dans sa démarcation. On a abusé de cette vérité dans ces derniers temps , pour excuser des crimes tellement atroces , qu'ils ressemblent à la folie. Le mot de monomanie a répondu à toutes les accusations , comme dans le système phrénologique les proéminences du crâne expliquent tous les vices. Que beaucoup de crimes soient des actes de démence^ c'est ce qu'on ne peut nier, quand on connaît les hommes. Mais comme la folie s'amène le plus souvent par des passions que la volonté a produites, la liberté, et par conséquent la culpabilité, se retrouvent dans la cause , sinon dans l'effet ; et ainsi la peine est juste, puisqu'en définitive leseffetsreviennent à leur cause. Dans la maladie, l'ordre normal de la personne humaine est dérangé , et le rapport des deux natures qui

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