‹ Philosophie morale (volume 2)Chapitre 73 sur 199 · PARTIE THEORIQUE. — CHAP. III. 2l · texte numérisé non relu

PARTIE THEORIQUE. — CHAP. III. 2l

la constitae est troublé. Le corps, qui doit être le serviteur de l'àme , est servi à son tour et devient l'objet principal de l'attention. La vie s'y concentre et V esprit se trouve affaibli de deux manières , d'abord parce que l'organisme malade lui refuse le service : et ensuite parce que tout, dans l'angoisse de la douleur, dans l'inquiétude de TexisteDce menacée dérive vers le corps. Il suit de là que l'homme malade , n'étant pas dans son assiette, ne jouit point , de toutes ses forces , et n'a pas le libre osage de ses facultés ; qu'il ne peut bien savoir ce qu'il veut, ni choisir les meilleurs moyens de l'obtenir , que par l'embarras des organes et les souffrances éprou* vées , il lui est difficile de penser avec suite et intensité ; qu'il n'a point ,1a plupart du temps, la vigueur nécessaire pour se déterminer résolument; et qu'ainsi l'acte de sa volonté est invalidé dans son effet moral. Je dis invalidi et non détruit; car il y a bien des degrés dans la mala« die , depuis le malaise de l'iocubation jusqu'à la faiblesse de la convalescence. L'état intérieur varie constamment avec l'état extérieur , et la responsabilité morale reparait ou s'évanouit, suivant les crises de la maladie et la disposition actuelle du malade.

U faut alors traiter les malades comme des enfants qui n'ont pas la jouissance de leur raison. Cet état vague entre la raison et l'absence de la raison, où Ton n'est pas tout-à-fait hors de soi , sans cependant se posséder assez pour se gouverner, est très-péoible, surtout pour ceux qui approchent les malades. Car sans être exposés à leur mauvaise humeur et à leur caprico, il leur faut beaucoup de patience, de douceur, d'adresse, et en même temps

de fermeté pour les maioleair et les conduire sans quHls s en aperçohent.

Dans r ardeur de la fièvre, le cenreau est tellement surexcité par Tafflox du sang , que lesprit ne peut plus se maîtriser, ni se diriger lui-même ; et alors les impressions du moment et les ioaages qu'elles prodoiseut ou provoquent, dominent Tentendement et entraînent la Tolonté. Ces fantômes sont pris pour la réalité , ou bien ils se confondent avec elle , en sorte que la pensée qui combine ces matériaux amalgamés , forme des tableaux bizarres , des ensembles monstrueux. La volonté dans ce cas n est pas plus maîtresse de ses décisions que la raison de ses pensées , et il y a autant de contradicti^Ni et de décousu dans les actions que dans les paroles. Le même effet peut être amené par l'excès de la donleur ou de la faiblesse. La sensation de la souffrance peut aller au poiut de ne plus laisser à l'esprit ni à la volonté la puissance de s'exercer. La faiblesse est parfois telle, que pour penser et vouloir, il faudrait un effort auquel la vitalité du corps ne suffit plus; et il ne reste alors qu'à v^éter péniblement , en proie à la maladie et aux instincts de la nature. Quelle légèreté , quelle imprévoyance, de renvoyer à ces derniers moments de la maladie les actes les plus importants, soit pour l'arrangement des affaires de ce monde, soit pour mettre en ordre celles du Ciel! Gomment penser à des choses si graves, quand on jouit à peine de sa présence d'esprit, quand le moindre effort fatigue? Comment revenir sur soi , s'examiner à fond , et commencer une revue de sa vie entière , quand a peine on a la conscience du moment présent , et que la mémoire et toutes

Page 1