PARTIE TH£OEIQUJE. — GHAP. III. 2I
les f «cultes défaillent avec le corps ! Le plas souvent , ce qu'on fait dans un tel état est presque machinal ; la eoooatssance et la volonté y ont peu de part » et les formes s accomplissent sans esprit. L'homme qui a de la foi et Thabitude, de la vie ehrétienoe, se prépare tous les jours à mourir; il n'attend point, pour se tourner vers Dieu, qa il n*ait plus de force pour k prier, plus de rai^ son pour penser à lui , plus de volonté pour Taimer ; il n'attend pas que Texténuation du corps, le transport de la fièvre ou le détraquement de l'organisme lui ôtmt la puissance de son esprit et de sa liberté pour accomplir les devoirs qui en demandent le plus. C'est une joie pour lai , et déjà une récompense que de pouvoir dans ses derniers moments , se restituer à Dieu tout entier, par toutes les facultés de son intelligence et avec la plénitude de sa volonté.
Le sommeil, nous ôtant la conscience , condition première de la connaissance , arrête l'exerdce de la liberté, quand la suspension de la conscience est complète. Mais on ne passe pas soMtement de la veille au sommeil pro* fond. La conscience ne s'éteint pas en un moment ; elle s'affaibUt par degrés, et la liberté la suit dans cette défaillance progressive. Alors les actes et les mouvements deviennent plus instinctifs, et bien qu'ils puissent trahir les goûts et les tendances de la volonté, comme les paroles incohérentes des rêves montrent ce qui préoccupe l'esprit , ils cessent d'être moralement imputables , dès que la direction intdligeiite lai abandonne. La personne n'est plus présente à ce qu'dle fidt , et par conséquent elle n'en est pas la cause, mais Finstrument. La causalité agit
tHO PHILOSOPHIE MORALE.
par elle, mais n'a plus son point de départ en elle. Il en est de même dans le somnambalisme, état mystérieux où la pensée s'exerce songent avec intensité , où l'inteUigence pent s'élever à une haute contemplation , où la volonté produit des suites d'actions très-bien combinées ; et tout cela s'opère sans la conscience de la personne , à son insu , tellement qu'au réveil elle n'en a aucun souvenir, et reprend sa vie où elle l'avait laissée en s'endormant. Il n'y a donc aucune moralité dans ces actes. 11 n'y en a pas davantage , quand le somnambulisme est produit artificiellement ; car, d'après les conditions et les lois du rapport eotre le magnétiseur et le magnétisé , le premier domine entièrement le second , qui est comme suspendu à sa volonté, et pense et veut à son commandement : état très-dangereux, qui tend à subjuguer l'homme dans le sanctuaire même de sa volonté ; et quoique la volonté du magnétiseur ne puisse y pénétrer qu'avec le consentement de celui qui s'y soumet, cependant, ce consentement une fois donné et le rapport formé, le patient ne peut résister sans de vives douleurs dans les moments de crise , et sa volonté est comme aliénée. La responsabilité , entière au point de départ dans l'acte du consentement , disparait avec la conscience.
L'ivresse suspend la liberté, quand elle est complète ; partielle , elle l'entrave plus ou moins. Dans le premier cas , la conscience se perd avec le pouvoir de réfléchir. Le cerveau, enflammé par les parties les plus subtiles des liqueurs et l'abondance du sang quelles y entraînent, ne peut remplir ses fonctions , en sorte que la raison et la volonté restent sans instrument, et sont même empêchées