PARTIE TIIËOniQUE. — CHAV. III
a cédé plus facilemenl à la Icnlation et qu'elle avait plus de motifs et de secours pour y résister. Une fois asservie par Tbabitude^ elle perd la jouissance de sa liberté et retombe sous l'empire de rinstinct.
La passion a deux racines, Tune dans le moi qui l'éprouve , laatre dans le non-moi qui la cause. La racine subjective est le besoin de la vie» de ce qui la nourrit et la réjouit. La racine objective est , dans l'objet, la propriété d'affecter agréablement la sensibilité, et, par le plaisir qa*il donne ou promet, de s'insinuer à travers les sens, fimagination et Tesprit jusqu'à la volonté ^ pour exciter sa concupisaenoe et son amour. Cette propriété est une conséquence de la constitution de l'objet, de l'esprit qui est en lui i et de Tinfluence , qu'il exerce sur nous , par l'analogie de sa nature avec la nôtre. Dans ce cas, fobjet est actif par rapport à nous, et nous sommes pas« sifs à son égard , n'agissant avec lui que pour réagir ; notre réaction est déterminée parlai, la volonté entraînée s'ajoute à son mouvement, s'abandonne à son impulsion et l'âme subjuguée par l'objet de son désir vit de sa vie , ne voyant plus que lui au monde et plaçant son suprême bonbenr à le posséder. De là l'emportement, l'aveuglement et le caractère exclusif de la passion. Quand la passion se forme, il y a un cbarme qui sort de l'objet , pénètre dans le sujet, s'empare de son cœur et en prend possession. Ce cbarme est physique et psychique à la fois, et plus l'un ou l'antre, suivant l'état des personnes et des elioses. Il suit de là que la liberté est singulièrement
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modifiée et restreinte par la passiou , qui va quelquefois au point de la suspendre , au moins dans les moments da paroiisme, comme dans un transport d'amour ou un accès de colère. Dans ce cas, Tusage de la raison est ôté; et alors manque une des conditions de Tacte libre , car sans la raison, Thomme n est plus apte à discerner les choses, ni leur rapport ayec la loi et entre elles, et ainsi il ne voit plus ce qu il faut faire ou éviter. Dans l'emportement de la colère , on perd le sens et le jugement ; on ne peut se maintenir, ni se diriger, et l'on suit l'impulsion du mauvais esprit qui s'est emparé de la volonté, et l'emploie comme un instrument. C'est donc réellement un accès de folie. Aussi l'homme doit éviter soigneusement ce qui peut le mettre en colère et le jeter hors de lui, afin de conserver sa présence d'esprit , l'exercice de sa liberté et sa dignité. Quand il est excité, il sent le moment où sa volonté va lui échapper, où les rênes de sa personne flottent pour ainsi dire entre ses mains; et s'il les abandonne, un autre esprit les saisit et le pousse malgré lui. Si au contraire il ne laisse point l'injure ou la provocation entrer dans son cœur, s'il le ferme àr l'esprit de violence qui tâche de l'entraîner, il reste maître de sa personne, voit mieux ce qui convient et s'y résout plus rapidement et plus sûrement.
Il y a toujours du mal pour l'homme à se laisser dominer par ce qui lui est inférieur ou égal , à se passionner pour les choses terrestres ou pour ses semblables; car, dans l'un et l'autre cas , il reçoit la loi de ce qui n'a pas droit de la lui imposer. La passion n*est excusable, justifiable , que si die est inspirée par de grandes ou de