PARTIE THTORIQI]£. — CHAP. III
La passion rend d'autant plus coupable j que la volonté a plus de part dans les circonstances qui Tont amenée et qui Tentretiennent. Il y a des passions presque tontes Yolontaires, le sujet se donnant à Tobjet de tonte sa force, par toutes ses facultés et tclit son amour. Alors les deux causes, subjective et objective, concourant à la même fin , poussent Texaltation au plus haut degré, et, si l'habitude vient confirmer et cimenter un tel rapport, il devient presque indestructible. Dans ce cas , il n'y a plus de lutte , ni de scission dans rindividu, parce que sa volonté ne résiste pas. Il y a au contraire une certaine assurance dans le désordre, qui montre que la conscience est affaiblie ou étouffée. L'honune est livré tout entier à la loi du corps , des sens et de régoïsme. 11 ne sent plus, il ne comprend plus la loi de Tâme et de l'esprit, sauf peut-être , en quelques moments, par des éclairs rapides qui sillonnent ses té<nèbres. L'esprit du mal s'empare peu à peu de ces âmes ; il les séduit d'abord par ce qui charme leur sensualité, les entraine par l'appât du plaisir et de l'espérance, les accou^ tnme à la jouissance, les enchaîne par les liens de la concupiscence, qui deviennent plus étroits à mesure qu'on la satisfait davantage ; et les justifiant à leurs propres yeux, par Des sopbismes de la raison et les illusions de la vanité , il tend, partons ces moyens, à s'insinuer jusqu'à la volonté, pour la porter à se donner à lui. Une fois qu'il la tient de cette manière , en vertu d'un acte exprès de sa liberté, il est bien difficile qu'elle lui échappe, ou du moins il faut une grande surabondance de grâce et de secours , comme le prouve ce que la miséricorde divine a
328 PHILOSOPHIE UOmALE.
fait pour sauver rhamanité perdae. Tant que la liberté ne s*est pas aliénée , il y a ressooree et espoir de retour; Tennemi n'est que dans les puissances, il n'est pas maître du centre de l'âme. Mais s'il a pénétré dans Tintérienr de la place, et la liberté seule peut l'y introduire, il en reste trop souyent le maître, et c'est ce qui explique le déplorable état de quelques hommes, dominés par des passions ignobles dont ils ne peuvent s'affranchir. Ils yeulent parfois secouer le joug , surtout quand ils sont remués par ce qu'ils ont de plus sacré et de plus cher, mais leur résolution ne tient pas, et leur courage défaille à la première occasion. C'est qu'ils sont yaincus au fond, et comme expropriés de leur propre personne. A force d'en abuser, ils ont perdu l'usage de la liberté. Il y a peu de familles où ne se rencontre un individu de ce genre, qui en est l'opprobre et la désolation. On dirait que c'est la part de Satan, qui la rédame partout en ce monde, jusque dans les rangs de ceux que Jésus-Christ a choisis pour apôtres. < Je vous ai choisis, et cependant il y a un traitre parmi vous, il y a un fils de la perdition. » Cette impuissance à délivrer une âme ainsi subjuguée, paralysant par sa mauvaise volonté on sa MUesse tout ce que le bien et ses agents font pour elle, nous aide à comprendre l'élemeUe damnation, quand une créature a rendu inutile, par sa volonté obstinée, tout ce que Dieu a em|^yé ponr la ramener à lui, quand par l'acte exprès de sa liberté , elle s'est donnée au mal et l'a préféré à Dieu.