PARTIE THÉOIUQUE. — CHAP. III. i
La crainte entrave Texercice de la liberté sans le suspendre, sauf les cas où elle ôte la présence d'esprit et le pouvoir d'agir. Le trouble produit dans rame par l'appréhension d'un mal présent ou futur, la poussant instinctivement à s'y soustraire^ entraine le plus souvent la volonté. C'est pourquoi Faction mauvaise arrachée par la peur, soit de la mort ou des mauvais traitements, soit de la calomnie, du scandale ou du ridicule, quoiqu'elle soit libre encore et par conséquent coupable, l'est cependant moins que si elle était voulue et accomplie sans crainte. Comme aussi celui qui observe la loi pour éviter le châtiment, bien qu'il ait le mérite de la justice, agit cependant avec moins de liberté et a moins de dignité morale que s'il faisait le bien spontanément et par amour.
La crainte est une émotion pénible, causée par la menace ou rappréhension d'une dooleur on d'un danger ; elle provoque une réaction instinctive contre F objet qui la produit, afin de le repousser oii de le fuir ; ce qui se fait spontanément et de prime abord , quand l'existence est compromise. Mais toutes les craintes n'ont pas cet effet soudain. Celles qui naissent d'une prévision plus on moins lointaine , laissent à la volonté le temps de délibérer,^^ à l'esprit le loisir de réfléchir^ Dans tout choix, on
pèse les avantages et les inconvénients. On évite les inconvénients à canse des embarras qu'ils amènent; la crainte y est donc pour quelque chose , et ainsi , loin de détruire ou de suspendre F exercice de la liberté, elle y est comprise comme élément. Elle ne la paralyse que dans certains cas, par exemple, quand le trouble qu'elle excite, par une impression subite , est tel que l'agent n'est plus maître de lui et ne peut gouverner sa pensée, ni sa volonté. Qu'un individu soit dans une crainte incessante par une tyrannie qui s'impose à sa volonté, par la menace continuelle de la mort, de la violence, ou de quelque grande douleur, il est évidemment entravé dans l'usage de sa liberté, s'il n'a point le courage ou la force de secouer le joug ou de briser l'obstacle. La liberté n'est ici qu'empêchée» car il y a toujours possibilité de la délivrance, et la contrainte ne peut pénétrer au-dedans. La crainte n'excluant pas tout usage delà liberté, sauf le cas de déraison ou d'impuissance d'esprit, elle n'enlève pas entièrement la responsabilité , bien qu'elle l'atténue par des motifs d'excuse. En beaucoup de circonstances , le devoir ne peut être i^empli qu'aux dépens de l'intérêt et au risque de la vie. L'action morale implique toujours un sacrifice , et le plus grand sacrifice est celui de l'existence. Si l'on était dispensé d'accomplir la justice dès qu'elle devient dangereuse, le mal aurait toujours gain de cause en ce monde ; il n'aurait qu'à menacer pour vaincre. L'homme de bien doit braver ces menaces et passer outre ; il doit faire son devoir sans s'inquiéter des conséquences. L'acte le plus énergique de la liberté est de préférer la justice ou le bien à la vie. Tout homme peut se ti^ouver